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L'origine de Ballade


Espèce d'ancienne poésie française, composée de couplets faits sur les mêmes rimes, et qui finissent par le même vers. La ballade contient ordinairement trois strophes ou couplets et un envoi.


Des chansons pour danser

De baller, qui s'est dit anciennement pour danser, on a fait ballade, suivant le sentiment de Sebilet, du célèbre prote de Poitiers, et de la Frenaie Vauquelin :

Des troubadours
Fut la rime trouvée en chantant leurs amours ;
Et quand leurs vers rimés ils mirent en estime,
Ils sonnaient, ils chantaient, ils ballaient sous leur rime :
Du son se lit sonnel, du chant se lit chansons,
Et du bal la ballade, en diverses façons.

(Art poétique, chant 1)

En suivant la marche de l'esprit humain, nous trouvons d'abord les premières poésies pastorales nommées Ballades : ce sont des contes de village, des dialogues rustiques, des descriptions d'objets naturels, ou des narrations d'incidents de la vie champêtre. Leur langage est celui de la nature simple et sans recherche, l'imagination n'y invente rien ; c'est l'histoire des mœurs des cabanes, la peinture des champs, et l'expression des émotions communes à toute l'humanité Bibliothèque britannique.


Les ballades de Clément Marot

Dans les ballades de Clément Marot les strophes ont huit, dix, et même quelquefois douze vers, et les vers sont tantôt de huit, tantôt de dix syllabes ; mais ils sont tous de la même mesure dans la même ballade. Les ballades les plus exactes ont toujours un envoi de quatre vers, lorsque les strophes sont de huit ; de cinq lorsqu'elles sont de dix ; et de six, lorsqu'elles sont de douze, ce qui est rare. Cependant on trouve dans Voiture deux ballades qui n'ont point d'envoi.

Plaisant assez, et de bien de fortune
Un peu garny, me trouvai amoureux :
Voire si bien, que tant aime fort une,
Que, nuit et jour, j'en estois langoureux
Mais tant y a, que je fus si heureux,
Que, moyennant vingt écus à la rose,
Je lis cela que chacun bien suppose.
Alors je dis, connoissant ce passage :
Au fait d'amour babil est peu de chose,
Riche amoureux à toujours l'avantage.

Or c'est ainsi que, durant ma pécune,
Je fus traité comme amy précieux ;
Mais tout après, sans dire chose aucune,
Cette vilaine alla jeter les yeux
Sur un vieillard, riche, mais chassieux,
Laid et hideux trop plus qu'on ne propose.
Ce néanmoins, il en jouit sa pose (tranquillement) ;
Dont moi confus, voyant un tel ouvrage,
Dessus ce texte allay bouter (mettre) en glose :
Riche amoureux a toujours l'avantage.

Or elle a tort, car noyse, ny rancune
N'eut one (jamais) de moi, tout lui fus gracieux,
Que s'elle (si elle) eust dit donne-moi de la lune,
J'eusse entrepris de monter jusqu'aux cieux :
Et nonobstant son corps tant vicieux
Au service de ce vieillard expose.
Dont, ce voyant, un rondeau je compose,
Que lui transmets. Mais, en peu de langage,
Me répond franc : Pauvreté te dépose,
Riche amoureux a toujours l'avantage.

Prince tout bel, trop mieux parlant qu'Orose,
Si vous n'avez toujours bourse déclose (ouverte),
Vous abusez. Car Meung, docteur très sage,
Nous a décrit que pour cueillir la rose,
Riche amoureux a toujours l'avantage.

Il y a encore une espèce de ballade qui a deux refrains différents à chaque strophe, comme on le peut voir dans la suivante qui est de Clément Marot :

Pour courir en poste à la ville,
Vingt fois, cent fois, ne sçai combien ;
Pour faire quelque chose vile,
Frère Lubin le fera bien ;
Mais d'avoir honnête entretien,
Ou mener vie salutaire,
C'est à faire à un bon chrétien :
Frère Lubin ne le peut faire.

Pour mettre (comme un homme habile)
Le bien d'autrui avec le sien,
Et vous laisser sans croix ne pile,
Frère Lubin le fera bien.
On ha (a) beau dire je le tiens,
Et le presser de satisfaire,
Jamais ne vous en rendra rien :
Frère Lubin ne le peut faire.

Pour débaucher par un doux style
Quelque fille de bon maintien,
Point ne faut de vieille subtile,
Frère Lubin le fera bien.
Il presche en théologien ;
Mais pour boire de belle eau claire,
Faites la boire à nostre chien :
Frère Lubin ne le peut faire.

Pour faire plus tost mal que bien,
Frère Lubin le fera bien ;
Mais si c'est quelque bonne affaire,
Frère Lubin ne le peut faire.

(Extrait du Gradus français)

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