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L'origine de Canal


On entend en général par ce mot tout conduit naturel ou artificiel qui reçoit, contient des eaux et les conduit en quelque lieu. Parmi les nombreux canaux qui existent, les uns servent au dessèchement des marais, à l'arrosement des jardins et des prairies, les autres à la navigation : nous n'aurons à nous occuper que de ces derniers.


Les canaux antiques

Dès les temps les temps plus reculés on a creusé des canaux pour faciliter le commerce, en joignant une mer à une mer, un fleuve à un autre. Les premiers habitants de la terre ont travaillé à rompre les isthmes et à couper les terres, pour établir entre les contrées une communication par eau.
Hérodote rapporte que les Cnidiens, peuples de Carie, dans l'Asie mineure, entreprirent de couper l'isthme qui joint la presque l'île de Cnide à la terre ferme ; mais qu'ils en furent détournés par un oracle. Plusieurs rois d'Egypte ont tâché de joindre la mer Rouge à la Méditerranée. Soliman II, empereur des Turcs, y employa 50 000 hommes, qui travaillèrent sans effet à rétablir ce canal qui avait comme disparu sous les sables. Les Grecs et les Romains projetèrent un canal à travers l'isthme de Corinthe, qui joint la Morée à l'Achaïe, afin de passer ainsi de la mer Ionienne dans l'Archipel. Cetisthme n'a pas plus de deux lieues ; en le coupant on épargnait aux commerçants un circuit de 160 lieues autour du Péloponèse ; on évitait aussi le dangereux passage du cap Mêlée, qui était si connu par les écueils.
Périandre le premier forma ce projet 576 ans avant l'ère chrétienne. Démétrius Poliorcète, roi de Macédoine, trois siècles après, essaya de faire véritablement une île du Péloponèse ; mais l'amour de volupté l'empêcha de continuer cette entreprise. Jules César, Caïus Caligula, Néron, et enfin Hérode Atticus, échouèrent dans cette tentative. Tant de diflicultés, regardées comme insurmontables, donnèrent lieu à ce proverbe latin : Isthmum fodere.
Suivant Strabon, la presqu'île de Leucade, située dans la mer d'Ionie, célèbre par son rocher d'où se précipitaient les amants malheureux, était jointe au continent, avant qu'une colonie de Corinthiens eût coupé l'isthme qui joignait le territoire de Leucade au continent. Les Grecs, suivant Wheler, appellent encore Leucada, Leucade, l'ancienne île de Leucade ; car ils n'appellent proprement Sainte-Maure que la forteresse, à cause d'un couvent de ce nom qui existait là du temps des Vénitiens.


Les canaux chinois

Si l'histoire des Grecs et des Romains ne nous présente que de grands projets restés sans exécution, relativement aux canaux de navigation, les Chinois offrent à la vue ce que l'imagination peut à peine concevoir.
La Chine est le pays du monde où il y a le plus de canaux. Suivant toutes les relations, les Chinois s'occupèrent dans les temps les plus reculés de la conduite et de la distribution des eaux. Sans parler des autres canaux, on peut se faire une idée des grands ouvrages des Chinois dans ce genre, par la description du grand canal entrepris vers l'an 1289 par l'empereur Chi-Tsou, chef de la dynastie des Yuen ; ce canal est encore connu sous le nom de Houpilaï ou Koublaï, cinquième successeur de Chinghis-Can.
Vainqueur de la Tartarie occidentale, Houpilaï transporta le siège de l'empire à Pékin, pour être plus à portée de ses vastes états. Ce grand canal est formé par une rivière médiocre, que l'on appelle Ouen-Ho, dont on divise les eaux, ainsi que par un étang, qu'on a conduit au travers d'une montagne. On a trouvé le point de partage, près de la petite ville de Ouen-Chon-Hien. Les deux tiers de l'eau sont conduits dans la partie du canal qui est vers le nord, où il reçoit les eaux d'une rivière. Après une assez longue course, le canal se jette dans la rivière de Pékin, qui passe le long de ses murailles, et va tomber dans l'Océan oriental. L'autre tiers des eaux de la rivière de 0uen-Ho, en coulant au midi, vers le fleuve Jaune, rencontre des étangs et des marais dont on a su mettre les eaux à profit, au moyen de rigoles qu'on peut ouvrir ou fermer à volonté, par de grosses traverses en bois, que l'on engage dans des coulisses formées le long des massifs de pierre qui sont bâtis au bord du canal, là où chaque rigole aboutit.
Ces ouvrages s'appellent tcha. Ce sont de demi-écluses ou pertuis, qui ne laissent que le vide suffisant pour faire passer une barque. Le canal a été coudé, et on lui a fait faire des détours pour retenir les eaux, surtout dans les temps de sécheresse.
Vingt-cinq à trente lieues au-dessus de la ville de Tum-Cheu, on trouve un temple appelé Fuen-Xiu-Miao, c'est-à-dire temple de l'Esprit qui divise les eaux. En cet endroit, les Chinois ont creusé deux autres canaux ; l'un vers le septentrion et l'autre vers le midi : tout cela avec tant de précision et un niveau si juste, que l'eau arrivant au milieu, devant le temple, descend également de part et d'autre, vers le nord et vers le sud. On dit qu'il y a 72 écluses sur ce canal. Il existe une écluse appelée la Reine et la maîtresse du ciel, afin d'exprimer, par ces termes hyperboliques, sa hauteur extraordinaire. Plus de quatre à cinq cents hommes sont quelquefois employés à élever une barque au niveau du canal supérieur, où ils l'abandonnent ensuite à la rapidité du courant.


Les canaux italiens

Les canaux d'Italie sont les plus anciens de tous ceux qui existent actuellement en Europe. La communication du Tésin avec l'Adda se fait par deux canaux de navigation. Le Ticinello naviglio digazano, fut commencé le 5 août 1179. Les Pavésans paraissent avoir commencé la partie supérieure de ce canal pour arroser leurs campagnes ; ce ne fut qu'en 1269 qu'il fut assez agrandi pour être navigable.
Le canal de Bereguardo, dérivé du précédent, a onze milles de long, et commence près du bourg de l'Abiate. Plusieurs auteurs disent qu'il fut commencé par François Sforce Ier en 1447, et terminé en 1457. Ce canal a onze écluses. Le canal de l'Adda ou Martesana se réunit au Naviglio, et s'en trouve plus élevé de cinq pieds. Pour faciliter leur communication, l'on a pratiqué cinq écluses.
On compte cinq canaux principaux dans le Piémont ; ils sont beaucoup moins anciens que ceux du Milanais et moins considérables.
La Toscane tire un grand avantage du canal de Livourne, qui établit une communication avec la ville de Pise. Ce canal a quinze milles de long, quarante-cinq pieds de large, quatre à cinq pieds de profondeur. Il fut construit sous
Côme de Médicis, en 1543. Si l'on compte encore plusieurs autres canaux en Toscane, leur peu d'importance permet de les négliger dans cet article.
De Padoue à Venise, il existe un canal, appelé Bacchiglione, dans la construction duquel on a imité les pertuis des Chinois. Ce sont des pièces de bois placées en travers du canal, que l'on fait glisser entre deux fortes murailles. On connaît ces cataractes sous le nom de Bove, et l'on donne celui de pianconi aux pièces de bois que l'on y place.
En 1481, les Vénitiens firent faire au canal de Piovejo une écluse à bassin avec double paire de portes ; c'est peut-être la première qu'on ait faite en Europe.
En 1314, les Padouans construisirent un canal dérivé de la Brenta, et qui se jette dans le lit du Bacchiglione. C'est ainsi qu'ils mirent les Vicentins dans l'impossibilité de les priver d'eau, comme ceux-ci l'avaient fait dans plusieurs circonstances. La Brenta fut détournée en 1480 et en 1554 ; on bâtit la fameuse écluse de Dolo, qui a une chute d'eau de vingt-deux pieds de Paris.


Les canaux espagnols

Le grand canal royal de Murcie, en Espagne, commencé en 1778, terminé en 1782, a cent milles de long ; il se divise en deux branches, dont l'une se dirige vers la pointe du cap Palos, et l'autre aboutit à la mer Mineure. Prolongé jusqu'au Guadalquivir, ce canal établirait la communication des deux mers ; l'Espagne compte encore quatre autres canaux commencés ou projetés.


Les canaux anglais

En 1758, le duc de Bridgewater, le premier en Angleterre, entreprit à ses frais, et pour faciliter l'exploitation des mines qu'il possédait , un canal de navigation dans la province de Lancastre. Jacques Brindley, habile ingénieur, conduisit les travaux. Ce canal a quarante-deux milles de long; il y a plus de 2500 toises creusées sous une montagne ; il traverse la rivière d'Irwell, a trente-huit pieds de hauteur; il est soutenu sur un aqueduc, dont l'arche du milieu a soixante-trois pieds de large.
En 1766, le gouvernement d'Angleterre ordonna la construction de six autres canaux. Le canal du Mersef ou Trent, commencé en 1770, la sixième année du règne de George III ; il a 88 milles. Le canal d'Oxford, destiné à faire communiquer l'Isis avec Coventry. Le canal de Liverpool, qui a 107 milles de long.


Les canaux français

La France a plusieurs grands canaux, mais l'étendue qu'a déjà cet article ne nous permet pas de les faire connaître tous.
Du temps de Néron, on avait déjà projeté de joindre le Rhin avec le Rhône, par le lac de Neuchâtel ; ce projet, qui pouvait être utile à la France, à la Suisse et à la Hollande, a été présenté de nouveau dans le plan du canal de Versoix.
Le canal de Briare fut commencé sous Henri IV, et achevé sous Louis XIII. Il établit la communication de la Loire à la Seine par le canal de Loing ; il a onze grandes lieues, depuis Briare jusqu'à Montargis. C'est à Buges qu'il finit dans le canal de Loing. Les eaux de ce canal sont soutenues par quarante-deux écluses.
Le canal d'Orléans fut entrepris en 1675, pour la communication de la Seine et de la Loire. C'est Philippe d'Orléans, régent de France, qui l'a fait achever sous la minorité de Louis XV. Ce canal porte le nom d'une ville où il ne passe point ; il fait sa jonction avec le canal de Briare, à Buges, où l'un et l'autre se perdent dans le canal de Loing, ainsi nommé de la rivière de ce nom qui l'alimente. Le projet du canal de Picardie pour la jonction des rivières de Somme et d'Oise, a été formé sous le ministère du cardinal de Richelieu, et reproduit sous ceux de Mazarin et de Colbert.
Mais un des plus grands et des plus merveilleux ouvrages de cette espèce, et en même temps un des plus utiles, c'est le canal de Languedoc, qui joint l'Océan à la Méditerranée, en franchissant un espace de quatre-vingts lieues environ. Quelques historiens ont avancé que le vaste projet de ce canal fut proposé sous l'empereur Charlemagne. Il est certain que des commissaires s'occupèrent du même projet par ordre de François Ier ; il fut reproduit sous Charles IX et sous Henri IV. Mais il était réservé à Louis XIV et à Colbert de le faire exécuter par les soins de deux hommes d'un rare mérite, Andréossy et Riquet. Commencé en 1667, il fut terminé en 1680.
Ce canal commence par un réservoir de 4000 pas de circonférence, et de 80 pieds de profondeur, qui reçoit les eaux de la montagne Noire ; elles descendent à Naurouse, dans un bassin de 200 toises de longueur, et de 150 de largeur, revêtu de pierres de taille. C'est là le point de partage d'où les eaux se distribuent à droite et à gauche dans le canal de 64 lieues de long, où se jettent plusieurs petites rivières, soutenues d'espace en espace par 104 écluses.
Ce canal est conduit en plusieurs endroits sur des aqueducs et sur des ponts d'une hauteur incroyable, qui donnent passage entre leurs arches à d'autres rivières. Il se joint d'un bout à la Garonne près de Toulouse, et de l'autre, traversant deux fois l'Aude, il passe entre Agde et Bézziers, et va finir au grand lac de Tau, qui s'étend jusqu'au port de Celte.
Ce monument est comparable à ce que les Romains ont tenté de plus grand.

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