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L'origine de Chirurgie


La chirurgie n'est qu'une branche de l'art de guérir, et ne peut être séparée de la médecine. Si les progrès de la première furent plus lents, l'on en trouve la raison dans les préjugés et la superstition des peuples anciens. La chirurgie n'avait jamais formé un corps de doctrine particulier, lorsqu'en 1163 elle fut séparée de la médecine, pour des raisons que nous indiquerons.


Depuis la nuit des temps

L'origine de la chirurgie, ainsi que celle de la médecine, se perd dans la nuit des temps : il est difficile d'en préciser l'époque. Les Égyptiens, peuple chez lequel les institutions sociales et les sciences paraissent avoir pris naissance, confondent dans une même origine la médecine et la chirurgie. Ils attribuaient à Isis, femme ou sœur d'Osiris, l'origine de ces deux sciences : nul doute que cette divinité ne fût le symbole de la lune, dont les diverses phases occasionnent, à ce qu'il paraît, le retour périodique de plusieurs maladies. Orus tenait de sa mère la connaissance des maladies et de la manière de les guérir. On attribuait au roi Athalis ou Taaut des livres sur l'anatomie.
On conserve encore des livres écrits en langue grecque, que l'on attribuait à Hermès, connu aussi sous le nom d'Anubis, et que les Grecs appelaient Mercure-Trismégiste ; mais il est évident que ces livres ne remontent pas au-delà de la naissance de Jésus-Christ, et qu'ils doivent être attribués aux platoniciens, magiciens d'Alexandrie. Du temps de Jamblique, les prêtres d'Egypte montraient quarante-deux livres attribués à Hermès ; les derniers traitaient des maladies et des instruments de chirurgie. Apis, autre roi d'Égypte de la race des dieux, est aussi regardé comme l'inventeur de la médecine. On adorait à Chemmin ou Panapolis, sous le nom de Mendès, le dieu Pan des Grecs. Le même dieu était encore connu sous les noms de Esmum ou Schemin, qui est d'origine phénicienne. Astronoé, dit Damascius, lui donna le nom de Paion, Esculape ; le bouc lui était consacré à Panapolis. Sérapis, confondu plus tard avec le Pluton des Grecs, depuis la conquête de l'Égypte par Alexandre-le-Grand, était déjà regardé comme une divinité de la médecine du temps de ce conquérant. C'est dans le temple de Sérapis que Vespasien opérait ses miracles.


La médecine chez les Israélites

Les Israélites paraissent avoir emprunté aux Égyptiens les connaissances en médecine ainsi que la plupart de leurs institutions, quoique soumis aux lois du vrai Dieu, ils observèrent un grand nombre des coutumes de ces peuples. Rapportant à la divinité la plupart des maladies, ils confiaient aux prêtres le soin des malades. Le prophète Jesajah guérit le roi Hiskiah d'une affection du système glanduleux par l'application d'un cataplasme de figues.
Moïse a donné des preuves certaines de ses connaissances profondes en médecine, dans la partie de ses lois qui contient des préceptes d'hygiène, et l'indication des caractères auxquels on peut reconnaître la lèpre blanche. Cependant il paraît que, du temps de Joseph, il existait des médecins, 1672 ans avant Jésus-Christ. Il dit que Joseph ordonna à ses médecins d'oindre son père, et les médecins oignirent Israël. Il est difficile de distinguer par ces paroles les médecins proprement dits des esclaves qui remplissaient certaines fonctions.


La médecine chez les Grecs

L'origine de la chirurgie ou de la médecine, chez les Grecs, n'est pas plus facile à distinguer que chez les Égyptiens. Une multitude de fables et de superstitions sont les sources où l'on est obligé de puiser. L'histoire de la Grèce ne commence à se dépouiller du voile fabuleux qui l'enveloppait jusqu'alors qu'au temps de Cécrops, 1772 ans avant la naissance de J.-C. Cependant on conjecture que les Hindous, peuple au moins aussi ancien que les Égyptiens, furent les premiers maîtres des Grecs. Vers l'époque où les Israélites s'enfuirent d'Égypte, une colonie de prêtres, originaires du mont Caucase, de la Bactriane ou de la Colchide, sous la conduite de Deucalion, vint s'établir en Grèce.
Bientôt après, les Cabires, ayant Cadmus à leur tête, vinrent de Phénicie. Guerriers, philosophes et médecins, tels la fable nous présente les premiers héros de la Grèce, et ses fondateurs. Chiron, fils de Saturne et de Philyre, fille de l'Océan, vivait sur le mont Pélion avant la fameuse expédition des Argonautes ; c'est lui qui instruisit la plupart des héros grecs. C'est ici le lieu de rapporter l'origine du nom donné à certains ulcères. Chiron mourut d'une blessure que lui fit une des flèches d'Hercule, trempée dans le sang de l'hydre de Lerne : comme cette plaie prit un caractère malin, et devint incurable, les ulcères qui offrent le même aspect furent depuis appelés chironiens.

Reprenons l'histoire de la chirurgie. Asclépias, ou Esculape, le plus renommé de tous les disciples de Chiron, eut deux fils, Machaon et Podalyre. Ils étaient aussi habiles dans les sciences et l'éloquence que dans l'art militaire ; ils pansaient les plaies en y appliquant des remèdes externes. Ils étaient au siége de Troie. L'occupation du chirurgien consistait alors à retirer la flèche ou le javelot, comme cela fut pratiqué sur Ménélas, ou à faire des incisions pour faciliter l'évulsion du trait, ainsi que Patrocle le pratiqua sur Laryphylle, etc. Plus tard, les Grecs ayant adopté plusieurs divinités d'Egypte, placèrent Hainpocrate et autres au rang des divinités de la médecine.


La chirurgie chez les Chinois

Les Chinois attribuent à Hoang-Ti le code d'après lequel les médecins chinois se dirigent, et auquel ils donnent quatre mille ans de date ; mais il paraît avoir été substitué à un plus ancien détruit par l'incendie d'une grande bibliothèque, arrivé 230 ans avant l'ère vulgaire. Quelle que soit la date de ce livre, l'esprit des Chinois, l'attachement qu'ils portent aux coutumes routinières, leur superstition qui s'oppose à ce qu'ils puissent disséquer des cadavres, font aisément concevoir quel peut être l'état de la chirurgie chez eux.
On leur attribue la découverte de la circulation du sang ; mais les idées étranges qu'ils professent à ce sujet ne permettent pas de ravir à Harvey l'honneur de cette découverte. Le moxa est un des moyens fréquemment employés par eux. Ils pratiquent l'acupuncture avec une aiguille d'or ou d'argent, pour donner issue aux vents. Par l'origine de cette opération et l'intention de ses auteurs, on pourrait élever quelques doutes sur les avantages que l'on s'en promet, aujourd'hui que cette opération apparaît chez nous comme une mode.


L'art de guérir chez les Celtes

Chez les Celtes (on comprenait sous ce nom les Gaulois et les Belges), les druides étaient en possession de l'art de guérir. Le gui était pour eux la panacée universelle ; ils y joignaient des formules empreintes de l'ignorance de ces premiers temps. Leurs femmes, appelées alrounes, exerçaient aussi le métier de sorcières ; elles recueillaient des plantes, auxquelles elles attribuaient des vertus magiques, et soignaient les blessés. Les femmes en couche surtout imploraient leur assistance.
La chirurgie et la médecine n'avaient point de principes fixes ; il n'existait aucun corps de doctrine. Des observations éparses, gravées sur les colonnes des temples d'Esculape, etc., des traditions transmises secrètement, et conservées dans l'intérieur du sanctuaire des temples par des prêtres qui en profitaient pour abuser le peuple et le subjuguer, tel était l'état de la médecine avant Hippocrate.


A partir d'Hippocrate

Né dans l'île de Cos, 460 ans avant Jésus-Christ, il eut pour père, suivant quelques auteurs, Gnodosicus, ou Hippocrate Ier, qui fut contemporain de Thémistocle et de Miltiade. Il existait dans l'île de Cos un temple célèbre par le culte qu'on y rendait à Esculape. Doué d'un grand génie, d'un rare talent d'observation, Hippocrate rassembla les observations de ses prédécesseurs, y ajouta les résultats de sa longue expérience, et composa le premier traité de médecine. Depuis cette époque, les prêtres perdirent de jour en jour de leur influence, la médecine commença à briller, et fut affranchie pour jamais de l'aveugle routine.
Après lui vint Archagatus, le premier médecin grec qui s'établit à Rome, 219 ans avant Jésus-Christ, sous le consulat de Lucius Æmilius et de Marcus Livius. Asclépiade, né à Prusa, en Bithynie, parut à Rome, environ cent ans après Arcbagatus. Vint ensuite C. Celse, qui vivait à Rome sous les règnes d'Auguste, de Tibère et de Caligula, trois ans après la naissance de Jésus-Christ. Il ne paraît pas avoir exercé la médecine, mais, écrivain élégant et judicieux, il a laissé plusieurs traités qui lui ont mérité le surnom de Cicéron des médecins.
Galien, né à Pergame, dans l'Asie mineure, vint à Rome sous le règne de l'empereur Marc-Aurèle, vers l'an 165 de l'ère chrétienne. Il a laissé plusieurs ouvrages marquants. A cette époque l'anatomie n'avait pas encore fait de progrès sensibles.

En 641, l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie, commandé par Amrou, vice-roi d'Égypte, en détruisant ce vaste dépôt des connaissances humaines, replongea les sociétés dans l'ignorance dont elles commençaient à secouer le joug. Plus tard, les Arabes traduisirent et commentèrent quelques ouvrages grecs qui avaient échappé à la destruction.


La séparation de la chirurgie et de la médecine

En 1163 la chirurgie fut séparée de la médecine. Le concile de Tours défendit aux ecclésiastiques toute opération sanglante, sous prétexte que l'église abhorre le sang. On sait que ce furent les chanoines de Paris qui, sur la fin du règne de Louis VII, déchiffrèrent les écrits des Grecs et qu'ils prirent le nom de physiciens, ou observateurs de la nature. La chirurgie fut abandonnée aux charlatans et aux empiriques.
Boyer, Roland, Lanfranc, Guillaume de Salicet, Gordon, ne firent que commenter les Arabes. Guy de Chauliac, docteur en médecine de Montpellier, prêtre, chambellan, chapelain et médecin du pape, s'éleva au-dessus des préjugés de son temps pour se livrer à la pratique des opérations chirurgicales.
Les lettres recommençaient à fleurir en Italie ; mais la chirurgie demeurait dans l'oubli, par l'ignorance où l'on était des connaissances anatomiques. Mundius, qui fut le premier professeur de cette science, disséqua, en 1306 et 1315, trois cadavres humains, ce qui n'étonna pas peu le monde entier. Vint ensuite l'anatomiste Vésale ; parmi les chirurgiens, l'on compte Bérenger de Carpi, Fallope, Eustachi, etc.


La chirurgie en France

Ambroise Paré de Laval, fut le plus illustre des chirurgiens français de cette époque. Il acquit une telle célébrité, que sa seule présence dans une ville assiégée suffisait pour ranimer le courage des combattants : sa réputation le fit épargner à la Saint-Barthélemy.
Depuis cette époque jusqu'en 1737, les progrès de la chirurgie en France restèrent stationnaires. Les Anglais, les Allemands, les Hollandais, présentèrent quelques noms qui méritent d'être illustrés. L'art des accouchements était à la chirurgie ce que celle-ci pouvait être à la médecine, c'est-à-dire sans règles fixes, et soumis à une aveugle routine. Roo-Huissen, Raw, Moriceau, donnèrent de bons principes basés sur l'expérience. En 1737, on fonda l'académie de chirurgie. On établit des professeurs publics pour l'enseignement de cette science. L'histoire de la chirurgie à cette époque est renfermée dans les Mémoires et les Prix de cette académie.
Desault, Bichat, son élève, sont les noms les plus remarquables qui remplissent l'espace de temps jusqu'en 1795, où, sur la proposition et par les soins du professeur Fourcroy, on créa l'école de médecine. Cette école réunissait dans le même enseignement la médecine et la chirurgie.

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