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L'origine de Comédie



Issue des fêtes des vendanges

La comédie, selon la plupart des auteurs, doit sa naissance aux poèmes informes que l'on chantait dans l'Attique à l'occasion des vendanges. Dans ces jours consacrés à Dionysos, une partie des vendangeurs se déguisaient en satyres ou en Silènes, et ces hommes grossiers, montés sur des chariots, en allant et en revenant du pressoir, se tournaient en ridicule les uns les autres, et accablaient d'injures tous ceux qu'ils rencontraient.
Pendant les sacrifices en l'honneur de Dionysos, ces paysans, ivres, chantaient des couplets qu'ils avaient composés. Les danses, les gestes, les grimaces, étaient dans le même goût que les chansons. Ces farces donnèrent l'idée à des poètes qui avaient du talent pour ces sortes d'ouvrages d'en composer dans le même goût, et d'aller de village en village les réciter, montés sur des tréteaux ou sur des chariots. Mais leur licence effrénée fit qu'on ne voulut pas leur permettre l'entrée des villes, et qu'ils furent obligés de courir les campagnes. Voilà pourquoi la comédie fut inconnue pendant longtemps à Athènes, et pourquoi ses changements ne furent pas sensibles comme ceux de la tragédie, qui était à sa perfection avant qu'on eût commencé à cultiver la comédie.


La naissance de la comédie à Athènes

Enfin , vers l'an 562 avant J.-C., on commença à jouer la comédie à Athènes, et l'on proposa même des prix aux poètes comiques et à leurs acteurs. Alors la comédie prit une face toute nouvelle. Les poètes formèrent la disposition de leurs fables sur celle de la tragédie ; ils appelèrent la musique à leur aide ; ils empruntèrent des habits, des décorations, des machines, et composèrent de tout cela un spectacle qui eut quelque régularité.
La comédie, dit Rollin (Abrégé de l'Histoire ancienne), prit à Athènes, en différents temps, trois différentes formes, tant par le génie des poètes que par les lois des magistrats, qui y apportèrent divers changements.


La comédie anciennne

La comédie qu'Horace appelle la vieille, tenait quelque chose de sa première origine, et de la liberté qu'elle s'était donnée, étant encore informe, de dire des bouffonneries et des injures aux passants du haut du chariot de Thespis. Devenue régulière dans son plan, et digne d'un grand théâtre, elle n'en était pas plus réservée. Nul n'était épargné dans une ville aussi libre, disons mieux, aussi libertine, que l'était alors Athènes. Généraux, magistrats, gouvernement, dieux même, tout était livré à la bile satirique des poètes, et tout était bien reçu pourvu que la comédie fût réjouissante et assaisonnée du sel attique. Trois poètes surtout illustrèrent la comédie ancienne : Eupolis, Cratinus et Aristophane. A cette comédie satirique et mordante succéda la moyenne.


La comédie moyenne

Celle-ci ne nommait plus personne, conformément à la loi qu'en avaient fait
les magistrats. Elle se mit à saisir le ridicule dans les hommes, et à tracer des caractères vrais et reconnaissables ; de sorte qu'elle gagna l'avantage de satisfaire plus finement la vanité des poètes et la malice des spectateurs. Elle procura aux uns le plaisir délicat de se faire deviner, et aux autres celui de deviner juste en nommant les masques. Elle dura dans cet état jusqu'au temps d'Alexandre, lequel refréna cette licence des poètes qui s'augmentait de jour en jour.


La comédie nouvelle

C'est ce qui donna naissance à la nouvelle comédie, et, à proprement parler, à la belle comédie, qui est une imitation de la vie commune.
C'est à Ménandre que le théâtre athénien doit sa perfection pour cette partie. Au jugement de Quintilien, ce poète, par la beauté de ses ouvrages, a obscurci ou plutôt effacé la gloire de tous ceux qui ont écrit dans le même genre.
« Ménandre, dit Winkelmann, parut sur la scène comique, et charma les spectateurs par les termes les plus choisis, les vers les plus harmonieux, et le ton le plus décent ; il se proposa à la fois d'amuser, d'instruire et de corriger. Assaisonnant ses pièces du sel attique, il ne s'écarta jamais des lois austères de la bienséance : il fut le premier à qui la grâce comique se montra avec tous ses charmes. »


Dans la Rome antique

La comédie chez les Romains commença en même temps que la tragédie, environ 600 ans après la fondation de Rome. Les vers fescenins qui tinrent lieu aux Romains de pièces comiques pendant tout ce temps-là, étaient remplis de railleries grossières, et accompagnés de postures et de danses fort indécentes. A ces vers licencieux succéda une autre espèce de poème plus châtié et rempli de railleries plaisantes, mais qui n'avaient rien de déshonnête.
Ce poème s'appela satyre, satyra ou satura. Il y avait une musique réglée et des danses sans postures indécentes. Ces satyres étaient des farces honnêtes où les spectateurs et les acteurs étaient joués indifféremment. Telles furent les pièces comiques à Rome jusqu'à l'an 514, que Livius Andronicus commença le premier à faire jouer des comédies et des tragédies latines à l'imitation des Grecs, et dont le sujet était grec.
Les comédies de cette espèce furent appelées palliatœ, et celles dont le sujet était romain, togatœ, parce que la toge était l'habit des Romains, comme le pallium était celui des Grecs.


Les différentes sortes de comédies romaines

Il y avait différentes sortes de comédies romaines comprises sous le nom de togatœ. Les unes étaient des pièces sérieuses qui approchaient un peu du caractère de la tragédie, et dont les acteurs représentaient les principaux personnages de l'état. Elles étaient appelées prœtertœ, parce que ces personnages portaient la prétexte, c'est-à-dire la robe bordée de pourpre. Les autres étaient moins graves, et ne représentaient que les aventures des citoyens moins considérables : elles eurent le nom de togatœ. On nomma trabeatœ celles qu'inventa Melissus le grammairien, et dans lesquelles figuraient les magistrats et les prêtres. Toutes celles qui étaient au-dessous de celles-là furent appelées tabernariœ, parce qu'elles représentaient
les mœurs du petit peuple. Il y avait des pièces appelées atellanœ, qui servaient d'intermèdes, et que nous pourrions comparer à nos parodies.

La comédie latine demeura assez informe jusqu'à Plaute, qui la porta presque à sa perfection. Il ne fut égalé et peut-être surpassé que par Térence, dont le grand talent consiste dans l'art de peindre les mœurs et d'imiter la nature. Cependant Térence, malgré tout son talent, n'était qu'un demi-Ménandre, au jugement de César ; et Quintilien, en parlant de l'un et de l'autre, dit : « Nous sommes bien faibles pour la comédie en comparaison des Grecs. »


Les débuts comédie en France

La fin du règne de Charles V vit naître les commencements de la comédie en France, sous le nom de chant royal. Le premier essai s'en fit au bourg de Saint-Maur ; et l'on prit pour sujet la passion de Jésus-Christ. Le prévôt de Paris, qui en fut averti, défendit de continuer. Ces comédiens français se pourvurent à la cour, et pour se la rendre plus favorable, ils érigèrent leur société en confrérie, sous le nom de confrères de la Passion. Le roi voulut voir quelques unes de leurs pièces ; elles lui plurent, et ils obtinrent des lettres patentes du 4 décembre 1402 pour leur établissement à Paris.

François Ier confirma les privilèges accordés à ces confrères de la Passion par des lettres patentes du mois de janvier 1518, et ces pièces sérieuses durèrent près d'un siècle et demi ; mais insensiblement les joueurs y mêlèrent quelques farces tirées de sujets burlesques, qui amusaient beaucoup le peuple, et qu'on nomma les jeux des pois pilés. Ce mélange de morale et de bouffonnerie déplut dans la suite aux gens sages, et la maison de la trinité, où l'on représentait ces pièces, fut de nouveau convertie en hôpital, suivant sa fondation.
Les confrères de la passion, qui avaient fait de grands gains, achetèrent l'ancien hôtel des ducs de Bourgogne, qui n'était plus qu'une masure. Cet hôtel, qui avait d'abord été nommé hôtel d'Artois, et qui ne quitta son premier nom que lorsque Marguerite de Flandre, épouse en secondes noces du duc de Bourgogne, vint y résider, était situé rue Mauconseil. Les confrères y firent bâtir une salle et un théâtre, où, par arrêt du parlement du 19 novembre 1548, il leur fut permis de s'établir, à condition de n'y jouer que des sujets profanes, licites et honnêtes. Henri II, en 1559, Charles IX, en 1563, confirmèrent cet établissement par des lettres patentes.


Le renouvellement des comédiens

Les pièces profanes ne convenant plus au titre religieux qui caractérisait ces confrères de la passion, ils cédèrent leur privilège à de nouveaux comédiens, et se réservèrent seulement deux loges pour eux et pour leurs amis : c'étaient les plus proches du théâtre, et on les nommait les loges des maîtres.
Etienne Jodelle fut le premier qui donna des sujets sérieux ; c'était sous Charles IX et Henri III. Jean Baïf et La Péruse se distinguèrent ensuite ; mais Garnier l'emporta sur tous ses prédécesseurs. Il se forma quelques troupes de comédiens en province, d'où elles passèrent à Paris, et jouèrent à l'hôtel de Cluni. Le parlement les exclut en 1584.
Les accroissements de Paris obligèrent dans la suite les comédiens à se séparer en deux troupes : les uns restèrent à l'hôtel de Bourgogne, et les autres allèrent au Marais, à l'hôtel d'Argent.


Corneille et Molière

Enfin, Corneille parut, et la première pièce qu'il donna fut sa Mélite. On peut dire qu'il assigna sa véritable forme à la comédie française. Molière, qui vint après, atteignit un tel degré de perfection, qu'il semble aux meilleurs poètes qu'il n'est plus possible que d'approcher plus ou moins de cet inimitable peintre de l'homme.

Molière de son art sentit la vérité ;
Il le rendit parfait dès qu'il l'eut inventé.
Cendre de ce grand homme, autrefois avilie,
Parle, révèle-nous le secret du génie.
Mais pourquoi réveiller ses mânes assoupis ?
Son secret consigne repose en ses écrits :
Le livre est devant nous, et c'est à nous d'y lire,
La première des lois qu'il voulut nous prescrire
Fut d'étudier l'homme en ses folles erreurs,
D'aller, la sonde en main, jusqu'au fond des cœurs
Surprendre le mot vrai, le trait simple et sublime
Qui naît du caractère, et tout entier l'exprime.
Du contraste des mœurs tout s'anime, tout vit.

Molière a tous les tons, plaît à tous les esprits ;
Son siècle tout entier respire en ses écrits.
La comédie alors est le plaisir du sage ;
L'homme de tout état, de tout rang, de tout âge,
A l'école du rire y forme sa raison,
Et de tous ses devoirs y reçoit la leçon.

(De Chabanon, Épître sur la comédie.)


La comédie-ballet

Au théâtre lyrique, la comédie-ballet est une espèce de comédie en trois ou quatre actes, précédés d'un prologue. Le Carnaval de Venise de Regnard, mis en musique par Campra, et représenté sur le théâtre de l'Opéra en 1699, est la première comédie-ballet qui ait paru.


La comédie-héroïque

C'est celle où les principaux personnages sont pris dans un ordre supérieur, où l'on met en scène des rois et des princes. Le style bourgeois, qui convient si bien à la comédie et surtout le sel comique, ne saurait entrer dans ces sortes de pièces, du moins dans les scènes où l'on fait parler les personnages principaux.
Pierre Corneille fut le premier, suivant Bret (Avertissement sur les Amants magnifiques de Molière), qui hasarda le titre de comédie-héroïque pour le donner à sa pièce de Don Sanche d'Aragon, qui fut représentée en 1650.

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