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L'origine de Enseignement mutuel



Depuis la nuit des temps

On a dit que l'instruction des enfants par l'enseignement mutuel remontait à une époque infiniment reculée. On a cité la Bible pour faire voir que ce mode était usité chez les Hébreux. On a recherché dans les relations de voyages, des traces de cette méthode chez les Brames (Journal de l'éducation). On chercherait encore ailleurs, qu'on pourrait la retrouver dans tous les lieux et à toutes les époques : cela est tout simple.
Il est naturel que les enfants, comme les hommes, se communiquent leurs découvertes, et mettent en commun les acquisitions de leur intelligence. Si l'enseignement mutuel n'était pas avant nos jours en usage dans nos écoles, c'est qu'au lieu de suivre la marche indiquée par la nature, on avait eu la prétention de faire mieux qu'elle, et d'inventer d'autres méthodes que celles qu'elle a établies.


Le perfectionnement de l'enseignement mutuel en Angleterre

Ce dont il faut s'étonner, c'est que l'on ait songé si tard à perfectionner et à généraliser l'emploi régulier d'un moyen évidemment créé pour servir a l'amélioration de l'espèce humaine. Ce perfectionnement appartient de fait à la fin du XVIIIe siècle dernier et du XIXe. Ce fut en 1780 qu'eut lieu en France la première application régulière de renseignement mutuel, dans l'institution fondée à Paris par le chevalier Paulet, pour les orphelins militaires. Peu de temps après, deux hommes, en Angleterre, posèrent les fondements d'un édifice plus vaste et plus solide.
Le docteur Bell, qui dit avoir conçu l'idée de son système en observant la manière dont les enfants s'instruisaient entre eux à Madras, publia un plan d'instruction élémentaire basé sur ce principe. Le second, M. Joseph Lancaster, de la secte respectable des quakers, ayant de son côté conçu une pensée analogue, la développait et la mettait en œuvre avec des modifications et des différences importantes. Une utile émulation s'établit entre les apôtres des deux systèmes : elle augmenta l'activité et le zèle des uns et des autres. De nombreuses écoles s'élevèrent sur tous les points de l'Angleterre, et l'on put entrevoir l'époque où l'ignorance serait entièrement bannie du sein de cette nation.


La prise de conscience du retard français

Quoique les communications suspendues par la guerre ne nous permissent pas de connaître la grande amélioration qui s'opérait ainsi chez nos voisins, nous sentions nous-mêmes le besoin d'un perfectionnement dans l'instruction primaire de notre jeunesse, et surtout de nos classes industrieuses. En 1811, deux conseillers de l'université de France reçurent du gouvernement la mission d'observer l'état de cette instruction dans la Hollande, plus avancée que nous à cet égard ; leur rapport nous fit comprendre tout ce qui nous manquait.
A la paix de 1814, un grand nombre de Français profitèrent du rétablissement des communications pour passer en Angleterre. Quelques uns, de qui la pensée s'était dirigée sur l'éducation populaire, visitèrent les écoles de ce pays, et furent frappés du spectacle tout nouveau qui s'offrait à leurs regards. C'est ici le lieu de nommer les Français qui ont importé en France la première idée d'un perfectionnement dans notre instruction primaire : MM. le comte Alexandre de Laborde, le comte Lasteyrie, Joinard, et l'abbé Gaultier. Les deux premiers, à leur retour de Londres, publièrent sur le système anglais deux écrits qui produisirent en France une grande sensation.
Jomard fit connaître dans tous leurs détails les procédés du docteur Bell et de Lancaster ; enfin l'abbé Gaultier, qui retrouvait dans ces procédés un principe déjà connu et appliqué antérieurement par lui-même, seconda de tout son zèle l'importation et le perfectionnement de ces méthodes. Dans le même temps, M. le duc de la Rochefoucauld fit imprimer une traduction en français du Système anglais d'instruction, par Joseph Lancaster.


L'introduction d'une méthode d'instruction en France

Dès 1814, les pièces relatives au projet d'introduire en France une méthode perfectionnée d'instruction élémentaire furent déposées au ministère de l'intérieur, dont le portefeuille était alors confié à M. l'abbé de Montesquiou. Les lenteurs ordinaires des bureaux ministériels mirent assez de retard à l'obtention de l'autorisation sollicitée pour que les événements du mois de mars 1815 devançassent les premiers essais ; la naissance de la société pour l'instruction élémentaire avait donc précédé cette époque mais les premiers actes de cette société se présentent sous les ministres du roi Louis XVIII.

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