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L'origine de Esclavage


Nous appelons esclaves ceux que les Romains appelaient servi, et les Grecs douloi : le plus ancien monument que nous ayons de ce nom d'esclave, est le testament d'un Ermangaut, archevêque de Narbonne, qui lègue à l'évêque Frédélon son esclave Anaph, Anaphum slavomium. L'Iliade est un des livres les plus anciens où il est parlé d'esclaves.


L'esclavage plutôt que le massacre

C'est, dit Goguet (De l'origine des lois, des arts, etc.), dans l'abus que les premiers vainqueurs firent de leurs victoires, qu'on doit chercher l'origine du droit d'esclavage ; ce droit odieux qu'on voit établi d'une antiquité presque immémoriale, originairement on ne faisait aucun quartier aux vaincus ; cependant l'avarice, qui trouve place même dans les âmes féroces et sanguinaires, vint au secours de l'humanité. Les vainqueurs ne tardèrent pas à ouvrir les yeux sur l'intérêt le plus réel qu'ils pouvaient tirer de leurs avantages. Ils comprirent bientôt qu'au lieu de massacrer les vaincus, il valait mieux faire des prisonniers, les priver de leur liberté, pour les employer ensuite à tous les différents travaux auxquels on les jugerait propres. D'ailleurs on pouvait vendre ces prisonniers, s'ils se trouvaient en plus grand nombre qu'on n'en voulait garder. L'avarice fit donc épargner le sang et cesser le carnage.
L'abus extrême de l'esclavage est lorsqu'il est en même temps personnel et réel. Telle était chez les Juifs la servitude des étrangers, que Moïse essaya plus d'une fois d'adoucir par ses conseils, et dont il fut obligé de modérer la rigueur par ses lois.


Les esclaves dans la Grèce antique

Les Lacédémoniens furent les premiers de la Grèce qui introduisirent l'usage des esclaves, ou qui commencèrent à réduire en servitude les Grecs qu'ils avaient faits prisonniers de guerre. Ils allèrent plus loin : ils traitèrent avec la dernière barbarie les Ilotes, peuples du territoire de Sparte qu'ils avaient vaincus, et qu'ils condamnèrent à un esclavage perpétuel.
Il n'en était pas de même chez les autres peuples de la Grèce, le joug de la servitude y était allégé ; et Plutarque nous apprend que les esclaves trop rudement traités par leurs maîtres pouvaient demander d'être vendus à un autre. Les Athéniens, en particulier, traitaient leurs esclaves avec beaucoup de douceur. Ils punissaient avec sévérité, quelque fois même de mort, celui qui avait maltraité l'esclave d'un autre ; aussi ne voit-on pas que les esclaves aient troublé l'état d'Athènes, comme ils ébranlèrent celui de Lacédémone.


L'esclavage dans la Rome antique

Les Romains avaient, comme les Grecs, des esclaves de trois sortes : ceux qu'on prenait à la guerre, ceux qui étaient nés de pères et mères esclaves, et ceux qu'on achetait de marchands qui en faisaient trafic dans les marchés. Il y avait encore une autre espèce d'esclaves ; c'étaient ceux qui étant libres se vendaient volontairement, ou devenaient esclaves de leurs créanciers ; car une loi romaine permettait aux créanciers de se faire adjuger pour esclaves les débiteurs qui n'étaient pas en état de payer. Il est vrai que, vers les derniers temps de la république, cette loi fut abrogée.
Les Romains faisaient instruire avec soin ceux de leurs esclaves en qui ils reconnaissaient des dispositions pour les sciences, et leur confiaient ensuite l'éducation de leurs propres enfants, ou les vendaient à d'autres pour en faire cet usage. Ceux en qui l'on ne reconnaissait point ces dispositions exerçaient des métiers au profit de leurs maîtres, ou faisaient valoir les terres de ceux-ci, qui réservaient les mieux faits pour le service de la maison de ville.
Chaque esclave avait son pécule, c'est-à-dire son petit trésor, qu'il possédait aux conditions que son maître lui imposait. Il faisait valoir ce pécule du côté où le portait son génie : celui-ci faisait la banque, celui-là se donnait au commerce ; l'autre s'appliquait à quelque art mécanique, affermait ou faisait valoir des terres ; mais il n'y en avait aucun qui ne s'attachât à faire profiter ce pécule, qui lui procurait en même temps l'aisance dans la servitude et l'espérance d'une liberté future. Ces esclaves, une fois enrichis, se faisaient affranchir et devenaient citoyens. Tel fut l'esclavage chez les Romains tant qu'ils conservèrent leurs mœurs et leur probité.
Mais lorsqu'ils se furent agrandis par leurs conquêtes et enrichis par leurs rapines, leurs esclaves ne furent plus les compagnons de leurs travaux, mais les instruments de leur luxe et de leur orgueil. Comme il n'y avait plus de mœurs, on eut besoin de lois. Il en fallut même de terribles pour établir la sûreté de ces maîtres cruels qui vivaient au milieu de leurs esclaves comme au milieu de leurs ennemis. La barbarie fut poussée si loin, qu'elle produisit la guerre servile, que Florus compare aux guerres puniques, et qui, par sa violence, ébranla l'empire romain jusque dans ses fondements.


L'esclavage en France

Quand les Germains eurent fait la conquête des Gaules, ils envoyèrent leurs esclaves cultiver les terres qui leur échurent par le sort ; et c'est de ces esclaves ou serfs que la France fut depuis peuplée. Leur multiplication fit presque autant de villages des fermes qu'ils cultivaient, et ces terres retinrent le nom de villæ, que les Romains leur avaient donné, d'où sont venus les noms de village et de villains, en latin villa et villani, pour dire des gens de la campagne et d'une basse extraction. On vit donc en France deux espèces d'esclaves, ceux des Francs et ceux des Gaulois.
Ces esclaves appartenaient à leurs patrons ; ils devinrent avec le temps sujets à de rudes corvées, et tellement attachés à la terre de leurs maîtres, qu'ils semblaient en faire partie ; en sorte qu'ils ne pouvaient s'établir ailleurs, ni même se marier dans la terre d'un autre seigneur sans payer ce qu'on appelait le droit de fors-mariage ; et même les enfants qui provenaient de l'union de deux esclaves qui appartenaient à différents maîtres se partageaient, ou bien l'un des patrons, pour éviter ce partage, donnait un autre esclave en échange.
Un gouvernement militaire où l'autorité se trouvait partagée entre plusieurs seigneurs devait dégénérer en tyrannie ; c'est aussi ce qui ne manqua pas d'arriver : les patrons ecclésiastiques et laïques abusèrent partout de leur pouvoir sur leurs esclaves ; ils les accablèrent de tant de travaux, de redevances, de corvées, et de tant de mauvais traitements, que les malheureux serfs, ne pouvant plus supporter la dureté du joug, firent en 1108 cette fameuse révolte décrite par les historiens, et qui aboutit finalement à procurer leur affranchissement.


L'affranchissement des esclaves en France

Cependant le christianisme commençant à s'accréditer, l'on embrassa des sentiments plus humains ; d'ailleurs nos rois, déterminés à abaisser les seigneurs et à soustraire le peuple au joug de leur puissance, prirent le parti d'affranchir les esclaves. Louis-le-Gros donna le premier l'exemple ; et en affranchissant les serfs, en 1135, il réussit en partie à reprendre sur ses vassaux l'autorité dont les seigneurs s'étaient emparés ; Louis VIII, en 1223, signala le commencement de son règne par un semblable affranchissement ; enfin, Louis X, dit Hutin, donna sur ce sujet un édit qui nous paraît digne d'être ici rapporté : « Comme selon, le droit de nature chacun doit naître franc... Nous, considérant que notre royaume est dit et nommé le royaume des Francs , et voulant que la chose en vérité soit accordante au nom... Par délibération de notre grand conseil, avons ordonné et ordonnons que généralement, partout notre royaume, franchise soit donnée à bonnes et valables conditions... et pour ce que tous seigneurs qui ont des hommes de corps prennent exemple à nous de ramener à franchise, etc. Donné à Paris, le tiers juillet, l'an de grâce 1315. »
Ce ne fut toutefois que vers le XVe siècle que l'esclavage fut aboli dans la plus grande partie de l'Europe.

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