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L'origine de Fard



L'étymologie du mot Fard

Le nom de fard, en latin fucus, était encore plus étendu autrefois qu'il ne l'est aujourd'hui, et faisait un art particulier qu'on appela commotique, d'un mot grec qui signifie l'art de farder, qui comprenait non seulement toutes les espèces de fards ; mais encore tous les médicaments qui servaient à ôter, à cacher, à rectifier les difformités corporelles.


Une pratique antique

L'amour de la beauté a fait imaginer, de temps immémorial, tous les moyens qu'on a crus propres à en augmenter l'éclat, à en perpétuer la durée, à en réparer les pertes.
L'auteur du livre d'Enoch assure qu'avant le déluge l'ange Azaliel apprit aux filles l'art de se farder, d'où l'on peut du moins inférer l'antiquité de cette pratique.
L'antimoine est le plus ancien fard dont il soit fait mention dans l'histoire. Job donne à une de ses filles le nom de vase d'antimoine, ou de boîte à mettre du fard. Isaïe, dans le dénombrement qu'il fait des parures des filles de Sion, n'oublie pas les aiguilles dont elles se servaient pour peindre leurs paupières : la mode en était si bien reçue, que Jésabel, ayant appris l'arrivée de Jéhu à Samarie, mit les yeux dans l'antimoine, ou les plongea dans le fard, pour se montrer à cet usurpateur.
Ces vers de Racine sont dans la mémoire de tout le monde :

Ma mère Jésabel à mes yeux s'est montrée
Comme aux jours de sa mort pompeusement parée.
Ses malheurs n'avaient point abattu sa fierté,
Même elle avait encore cet éclat emprunté
Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage,
Pour réparer des ans l'irréparable outrage.

(Athalie)

Cet usage du fard, tiré de l'antimoine, ne finit pas avec les filles de Judée ; il s'étendit et se perpétua partout. Nous trouvons que Tertullien et saint Cyprien déclamèrent à leur tour contre cette coutume usitée de leur temps en Afrique, de se peindre les yeux et les sourcils avec du fard d'antimoine.
Les Athéniennes faisaient usage du fard et de toutes les drogues qu'elles croyaient propres à blanchir et à nettoyer la peau.


Les recettes des fards

Les femmes grecques et romaines empruntèrent des Asiatiques la coutume de se peindre les yeux avec de l'antimoine ; mais, pour étendre encore plus loin l'empire de la beauté, et réparer les couleurs flétries, elles imaginèrent deux nouveaux fards inconnus auparavant, et qui ont passé jusqu'à nous : le blanc et le rouge.
Nous avons dans Ovide des recettes détaillées de fards qu'il conseillait-de son temps aux dames romaines ; en effet, le fard blanc et le rouge étaient réservés aux femmes de qualité sous le règne d'Auguste ; les courtisanes et les affranchies n'osaient point encore en mettre.
Mais on inventa bientôt une recette plus simple que celle d'Ovide, et qui eut la plus grande vogue : c'était un fard composé de la terre de Chio ou de Samos, que l'on faisait dissoudre dans du vinaigre. Pline nous apprend que les dames s'en servaient pour se blanchir la peau, de même que de la terre de Selinuse, qui est, dit-il, d'un blanc de lait, et qui se dissout promptement dans l'eau.
Poppée, femme de Néron, inventa une pâte qui couvrait tout le visage , et qui ne tombait qu'après avoir été lavée avec une grande quantité de lait, lequel en détachait les parties, et découvrait une extrême blancheur. Poppée mit ce nouveau fard à la mode, et lui donna son nom : poppœana pinguria.


L'usage du fard ces derniers siècles

Si nous poursuivions l'histoire du fard jusqu'à nos jours, il nous serait facile de prouver que la plupart des peuples de l'Asie et de l'Afrique sont encore dans l'usage de se colorier diverses parties du corps de noir, de blanc, de rouge, de bleu, de jaune, de vert, suivant les idées qu'ils se sont formées de la beauté.
Revenons en Europe, nous trouverons que le blanc et le rouge ont fait fortune en France. Nous en avons l'obligation, si c'en est une, aux Italiens qui passèrent à la cour de Catherine de Médicis ; mais ce n'est que sur la fin du XVIIe siècle que l'usage du rouge est devenu général parmi les femmes de condition.

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