L'origine de Fleuve


Les fleuves et les dieux

Les fleuves eurent part aux honneurs de la divinité, chez tous les peuples de l'antiquité. Les Perses portaient le respect pour eux jusqu'à défendre de s'y laver les mains, et d'y faire rien d'indécent. Hésiode les fait enfants de l'Océan et de Téthys, et en compte trois mille. Selon lui, on ne devait point passer les fleuves sans les invoquer en se lavant les mains. On leur immolait des chevaux et des taureaux.


A chaque fleuve son dieu

Chaque fleuve, suivant la fable, était gouverné par un dieu. Les peintres et les poètes les peignaient sous la figure de vieillards respectables, symbole de leur antiquité, ayant la barbe épaisse, la chevelure longue et traînante, et une couronne de jonc sur la tête. Couchés au milieu des roseaux, ils s'appuient sur une urne d'où sort l'eau qui forme la rivière à laquelle ils président. Cette urne est penchée ou de niveau, pour exprimer la rapidité ou la tranquillité de leur cours.


Les représentations des fleuves

Sur les médailles, les fleuves sont posés à droite ou à gauche, selon que leur cours est vers l'Orient ou vers l'Occident. On les représente quelquefois sous la forme de taureaux ou avec des cornes, soit pour exprimer le mugissement de leurs eaux, soit parce que les bras d'un fleuve ressemblent à des cornes de taureau. On a dit que les fleuves qui se jettent dans la mer sont représentés en vieillards, et que les rivières qui se jettent dans les fleuves sont exprimées par de jeunes hommes imberbes, ou par des femmes. Elien nous apprend que les Agrigentins, pour exprimer le peu de cours du fleuve qui traversait leur ville, l'honoraient sous la figure d'un bel enfant auquel ils consacrèrent une statue d'ivoire dans le temple de Delphes. Chaque fleuve a un attribut qui le caractérise, et cet attribut est ordinairement choisi parmi les animaux qui habitent les pays que le fleuve arrose ou parmi les poissons qu'il renferme dans son sein.


La poésie et les fleuves

Le tableau des fleuves que nous a laissé M. Boucher peut sans contredit être opposé à la belle peinture que Thomson en a faite dans son poème des Saisons. L'amateur de la belle poésie ne nous reprochera pas de pareilles digressions.

Admire les ces rois de l'humide élément,
Le Gangs où l'indien plongé stupidement,
En l'honneur de Brama voudrait finir sa course,
L'Yrtis impatient de voir les feux de l'Ourse ;
Le Volga, vaste mer tributaire des czars,
La Seine dont les bords embellis par les arts
Tout envier leur gloire à la fière Tamise ;
La Saône, tendre amante à son époux soumise ;
Le Rhône, cet époux qui l'entraîne et, grondant,
Et brise sur des rocs son orgueil imprudent ;
La Loire dont les eaux, captives sans contrainte,
Se creusent chaque année un nouveau labyrinthe ;
Le Tibre qui, déchu de les antiques droits,
Veut quelquefois encore intimider les rois ;
Le Nil, le Sénégal, et l'immense Amazone,
Trompant l'aridité de la brûlante zone,
Tous fleuves bienfaiteurs que doit cet univers
Aux nuages, aux vents, sombres fils des hivers.

(Roucher)

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