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L'origine de Français



Un mot apparu au Xe siècle

Les Français avaient d'abord été nommés Francs, mot allemand par lequel se distinguaient les peuples de la Germanie qui s'établirent dans la Gaule. On ne connut guère le nom de français, qui n'est qu'une dérivation de franc, que vers le Xe siècle ; et les Francs eux-mêmes, avant leur transmigration dans la Gaule, étaient appelés Germains.


L'origine du nom Franc

L'auteur de la préface en tête du deuxième volume du Recueil des historiens des Gaules et de la France (1739), après avoir rapporté diverses étymologies données au mot Franc, et en avoir démontré l'absurdité, ajoute :
« Vopisque rapporte qu'Aurélien, tribun de la 6e légion gallicane à Mayence, défit les Francs qui s'étaient jetés dans les Gaules, et qu'après en avoir tué sept cents, il en prit trois cents autres qu'il vendit : et c'est la première fois que l'histoire parle des Francs. Cet auteur ajoute qu'on fit à la louange d'Aurélien cette chanson : Nous avons tué mille Francs et mille Sarmates : nous cherchons des milliers de Perses. Comme la chanson paraît avoir été faite dans le temps qu'on était sur le point de faire la guerre aux Perses, et que cette guerre commença sous le consulat de Gordien et de Pompéien, c'est-à-dire en 241, il s'ensuit que le nom des Francs était déjà connu avant cette année-là.
Mais d'où leur est venu ce nom ? L'opinion la plus probable est que plusieurs peuples situés entre le Rhin, le Mein et l'Elbe se sont unis et ligués ensemble pour se garantir ou se délivrer du joug des Romains, et qu'ils ont pris le nom de Francs, qui dans la langue germanique, et encore dans la nôtre, signifie un homme libre, pour faire voir qu'ils voulaient ou éviter la servitude ou s'en affranchir. (Ce sentiment est conforme à celui de Latour-d'Auvergne, que nous allons rapporter).
Ce qui est certain, c'est que les historiens comprennent souvent sous ce nom divers peuples plus anciens, ou du moins dont les noms ont été connus avant celui des Francs. On compte entre ces peuples les Attuaires, les Bructères, les Camares, les Saliens, les Frisons, les Cauques, les Ampsivères et les Cattes. Les Francs sont aussi quelquefois appelés Sicambres, parce qu'ils occupaient le pays de ces peuples, qu'Auguste avait entièrement ruiné. On croit que cette association se lit du temps de l'empereur Maximin, ou après sa mort, et que la sanglante victoire qu'il avait remportée sur les Germains, et les cruautés qu'il avait exercées envers eux, y donnèrent occasion. »


Un peuple libre, franc et généreux

Le nom de Français, en latin franci, en tudesque franxen, franken, dérive du celtique frank, dit Latour-d'Auvergne, dans ses Origines gauloises ; il indique que la condition de nos ancêtres fut de toute antiquité celle d'hommes libres, francs et généreux. Ces peuples se glorifiaient de n'avoir jamais été soumis, et de n'avoir jamais payé aucun tribut aux Romains. Les Francs, dont les anciennes demeures étaient, selon les uns, entre le Rhin et l'Elbe, et, selon les autres, entre l'Elbe et le Weser, passèrent de la Belgique dans le reste des Gaules, dont ils firent la conquête, après avoir vaincu, à différentes époques, les Romains, les Visigoths et les Bourguignons.
Les historiens sont partagés de sentiment, non seulement sur l'origine de ces peuples, mais même sur l'origine de celui de leurs chefs qui, le premier, prit le titre de roi dans les Gaules. Les suffrages de ces écrivains, si on les compte, attribuent cet honneur à Pharamond, fils de Marcomir ; si on les pèse, il semble appartenir à Clodion. Sidoine Apolliuaire dit que les Francs combattaient la tête nue ; que la vitesse avec laquelle ils fondaient sur l'ennemi égalait celle des traits qu'ils lançaient. Le grand nombre pouvait les accabler, mais jamais les étonner, et le courage était encore peint sur leur front, même après la mort.


La constitution de la France et des Français

Les Gaulois s'appelaient Welchs, nom que le peuple donne encore aux Français, au XIXe siècle, dans presque toute l'Allemagne ; et il est indubitable que les Welchs d'Angleterre, que nous nommons Gallois, sont une colonie de Gaulois.
Lorsque les Francs s'établirent dans le pays des premiers Welchs, pays que les Romains appelaient Gallia (Gaule), la nation se trouva composée des anciens Celtes ou Gaulois subjugués par César, des familles romaines qui s'y étaient établies, des Germains qui y avaient déjà fait des émigrations, et enfin des Francs qui se rendirent maîtres du pays sous leur chef Clovis. Tant que la monarchie qui réunit la Gaule et la Germanie subsista, tous les peuples, depuis la source du Weser jusqu'aux mers des Gaules, portèrent le nom de Francs ; mais, lorsqu'en 843, au congrès de Verdun, sous Charles-le-Chauve, la Germanie et la Gaule furent séparées, le nom de Francs resta aux peuples de la France occidentale qui retint seule le nom de France. On ne connut guère, avons-nous dit, le nom de Français que vers le Xe siècle ; le fond de la nation est de familles gauloises, et le caractère des anciens Gaulois a toujours subsisté.


Les français : de sages négociateurs

Quoique cette nation ait été taxée de légèreté par César et par tous les peuples voisins, cependant ce royaume, si longtemps démembré, et si souvent près de succomber, s'est réuni et soutenu principalement par la sagesse des négociations, l'adresse et la patience. La Bretagne n'a été réunie au royaume que par un mariage ; la Bourgogne, par droit de mouvance, et par l'habileté de Louis XI ; le Dauphiné, par une donation qui fut le fruit de la politique ; le comté de Toulouse, par un accord soutenu d'une armée ; la Provence par de l'argent ; un traité de paix a donné l'Alsace ; un autre traité a donné la Lorraine. Ainsi si cette légèreté, reprochée à notre nation, semble caractériser la jeunesse française, elle paraît étrangère aux hommes d'un âge mûr, surtout lorsqu'ils tiennent les rênes de l'état.


Quelques citations

Quelques portraits en profil termineront cet article.
« On dit que l'homme est un animal sociable ; sur ce pied-là, il me paraît, dit l'auteur des Lettres persanes, qu'un Français est plus homme qu'un autre. C'est l'homme par excellence, car il semble être fait uniquement pour la société. »
« Semblable à ce sexe délicat et léger qui montre et inspire le goût de la parure, le Français domine dans les cours, au moins par la toilette ; son art de plaire est un des secrets de sa fortune et de sa puissance. D'autres peuples ont maîtrisé le monde par des mœurs simples et rustiques qui font les vertus guerrières ; il était réservé au seul Français d'y régner par son amabilité et quelquefois même par ses défauts. » (Raynal)

Tel est l'esprit français je l'admire et le plains.
Dans son abaissement quel excès de courage !
La tête sans le joug, les lauriers dans les mains,
Il chérit à la fois la gloire et l'esclavage,
Ses exploits et sa honte ont rempli l'univers.
Vainqueur dans les combats, enchaîné par ses maîtres,
Pillé par les traitants, aveuglé par des prêtres,
Dam la disette il chante, et dame avec ses fers.
Fier dans la servitude, heureux dans sa folie ;
De l'Anglais libre et sage, il est encore l'envie.

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