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L'origine de Héroïde


Épître en vers, composée sous le nom de quelque héros ou personnage fameux.


Une épître héroïque

On peut regarder comme des modèles du genre l'épître en vers que Gilbert a supposée écrite par la malheureuse Didon à Énée, avant le départ de son amant, et que le poète a intitulée Héroïde, Didon à Énée ; et encore l'héroïde touchante composée par Ovide sur la fidélité conjugale de Pénélope. Cette épître se trouve traduite à la suite du poème de Legouvé, intitulé Le mérite des Femmes, elle commence ainsi :

Ulysse, dont rien n'annonce
Le retour à mon cœur surpris,
Cher époux, c'est moi qui t'écris :
Toi-même à Pénélope apporte la réponse.

L'héroïde n'est autre chose qu'une épître héroïque, comme le terme lui-même le désigne. Suivant cette définition, elle est susceptible de tous les sentiments qui animent la tragédie. L'amour et la haine, la générosité, la fureur, la fermeté, le désespoir, peuvent s'y peindre tour à tour...


Une invention d'Ovide

Ovide fut l'inventeur de ce genre de poésie, qui nous met sous les yeux les situations les plus touchantes, avec toute la chaleur qu'elles peuvent avoir dans la bouche des personnages intéressés...
Il semble qu'on ait consacré l'héroïde uniquement à l'amour. C'est resserrer dans des limites trop étroites un genre qui peut s'étendre bien plus loin...
Tantôt ce serait une intrépidité tranquille ; et Charles Ier, adressant ses dernières paroles à son fils, pardonnerait à son peuple, et dévouerait Cromwell à la vengeance des rois et du ciel : tantôt ce serait un courageux désespoir, et Caton, écrivant à César avant de se donner la mort, déploierait cette âme indomptable, élevée au-dessus des revers, au-dessus du monde et de César, etc. (Laharpe, Essai sur l'héroïde)


Un exemple de discours plaintif

D'après l'extension que Laharpe donne à ce mot, extension que la raison et l'intérêt de l'art semblent approuver, on peut regarder comme une héroïde la lettre touchante et en vers du comte de Comminge à sa mère, ainsi que celle de Philomèle à Progné. Ces deux pièces sont de Dorat. On peut même douter qu'il soit absolument nécessaire que l'héroïde soit une épître, et il est probable qu'un discours plaintif ou véhément adressé directement par un personnage fameux à un autre absent dans une circonstance importante, s'il est d'une certaine forme, d'une certaine étendue, et si d'ailleurs il est en vers, rentre naturellement dans le genre que nous traitons ; on pourrait donc regarder comme une héroïde cette pièce où Ariane, abandonnée par Thésée dans l'île de Naxos, exhale sa plainte en ces mots :

Cruel, pourquoi m'avoir trahie ?
Je t'aimais de si bonne foi !
J'ai tout sacrifié pour toi,
Et c'est toi qui me sacrifie !
Tu m'as condamnée à la mort !
Je te déplais, je suis coupable !
Hélas ! s'il suffisait d'aimer peur être aimable,
Ingrat, je te plairais encor.

Si la douleur flétrit mes charmes,
C'est toi qui causes ma douleur ;
Mon teint reprendrait sa fraîcheur,
Si ta main essuyait mes larmes.
Mais tu fuis, et j'attends la mort.
Je te déplais, je suis coupable !
Hélas ! s'il suffisait d'aimer pour être aimable,
Ingrat, je le plairais encor.

Du moins à mon heure dernière,
S'il m'était permis de te voir !
Si je mourais avec l'espoir
Que tu fermerais ma paupière !
Mais je suis seule avec la mort.
Je te déplais, je suis coupable !
Hélas! s'il suffisait d'aimer pour être aimable,
Ingrat, je te plairais encor.

Adieu ! ton amante abusée,
Mais trop faible pour te haïr,
T'adresse son dernier soupir
Avec sa dernière pensée.
Je vole au-devant de la mort.
Je te déplais, je suis coupable !
Hélas ! s'il m'eût suffi d'aimer pour être aimable,
Ingrat, je te plairait encor.

(Demoustier)

Remarquons que la rime d'encor avec mort n'est pas régulière ; mais le pathétique de la situation, fait tolérer l'inexactitude.

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