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L'origine de Inquisition



L'étymologie du mot Inquisition

Inquisition, du latin inquisitio (recherche). Ce mot inquisitio, dans le sens de juridiction ecclésiastique, se trouve aussi dans Martène, Veterum scriptorum collectio, tome IV : male sibi conscius et processum inquisitionis formidans (celui dont
la conscience n'est pas pure, et qui redoute le procès de l'inquisition).


Un tribunal créé au XIIe siècle

Un jésuite portugais, François Macedo, fait remonter l'origine de ce tribunal au temps du Paradis terrestre. Il prétend que Dieu commença d'y faire les fonctions d'inquisiteur, et qu'il les exerça ensuite sur Caïn et sur les ouvriers de la tour de Babel. Mais on peut, à ce qu'il paraît, assigner l'an 1184 comme l'époque de la création de ce tribunal qui juge jusqu'aux pensées des hommes.
Au concile de Vérone, les deux puissances se réunirent pour l'extirpation des hérésies. L'Eglise y employa l'excommunication et les autres censures ; les souverains et les magistrats, les peines temporelles. Il fut ordonné aux évêques de s'informer, par eux-mêmes, ou par leurs commissaires, des personnes suspectes d'hérésie. On y distingua les degrés de suspects, convaincus, pénitents, et relaps ; et on infligea à chacun d'eux des peines proportionnées. Après avoir employé contre les coupables les peines spirituelles, on les abandonna au bras séculier, pour exercer contre eux les peines temporelles. Ce fut le pape Luce qui présida à ce conseil.


L'établissement de l'inquisition en Europe

Cette juridiction fut adoptée par le comte de Toulouse en 1229, et confiée aux dominicains par le pape Grégoire IX, en 1233. Innocent IV étendit son empire, en 1251, dans toute l'Italie, excepté à Naples. L'Espagne s'y vit entièrement soumise, en 1448, sous le règne de Ferdinand et d'Isabelle. Le Portugal l'adopta sous Jean III, l'an 1557, conformément au modèle reçu par les Espagnols. Douze ans auparavant, en 1545, Paul III avait formé la congrégation de ce tribunal sous le nom de saint-office, et Sixte V confirma cette congrégation en 1588. Ainsi l'inquisition, relevant toujours immédiatement de la cour de Rome, fut portée, malgré plusieurs contradictions, dans un grand nombre d'états de la chrétienté.


L'inquisition en France

En 1255, le pape Alexandre III établit l'inquisition en France, sous le roi saint Louis. Le gardien des cordeliers de Paris et le provincial des dominicains étaient les grands inquisiteurs. Ils devaient, par la bulle d'Alexandre III, consulter les évêques, mais ils n'en dépendaient pas. Cette étrange juridiction, donnée à des hommes qui font vœu de renoncer au monde, indigna le clergé et les laïques, au point que bientôt le soulèvement de tous les esprits ne laissa à ces moines qu'un titre inutile.


L'inquisition espagnole

Ce fut un dominicain, nommé Torquemada, devenu ensuite cardinal, qui donna au tribunal de l'inquisition espagnole sa forme juridique, et qui est opposée à toutes les lois humaines. Pendant quatorze ans, il fit le procès à plus de quatre-vingt mille hommes, et en fit brûler cinq à six mille, avec l'appareil des plus augustes fêtes.
Tout ce qu'on nous rapporte, est-il dit dans l'Esprit de l'Encyclopédie, des peuples qui ont sacrifié des hommes à la divinité n'approche pas de ces exécutions accompagnées de cérémonies religieuses. Les Espagnols n'en conçurent pas d'abord assez d'horreur, parce que c'étaient leurs anciens ennemis et des Juifs qu'on sacrifiait : mais bientôt eux-mêmes devinrent victimes ; car, lorsque les dogmes de Luther vinrent à éclater, le peu de citoyens qui furent soupçonnés de les admettre furent immolés. La forme des procédures devint un moyen infaillible de perdre qui l'on voulait.
Voici quelle est cette forme : on ne confronte point les accusés aux délateurs ; et il n'y a point de délateur qui ne soit écoulé : un criminel flétri par la justice, un enfant, une courtisane, sont des accusateurs graves. Le fils peut déposer contre son père, la femme contre son époux, le frère contre son frère ; enfin l'accusé est obligé d'être lui-même son propre délateur, de deviner et d'avouer le délit qu'on lui suppose, et que souvent il ignore. Cette procédure, inouïe jusqu'alors, fit trembler l'Espagne. La défiance s'empara de tous les esprits ; il n'y eut plus d'amis, plus de société : le frère craignit son frère, le père son fils, l'épouse son époux. C'est de là que le silence est devenu le caractère d'une nation née avec toute la vivacité que donne un climat chaud et fertile. Les plus adroits s'empressèrent d'être les archers de l'inquisition, sous le nom de familiers, aimant mieux être satellites, que de s'exposer aux supplices.
M. Des Essarts, dans son Essai sur l'histoire générale des tribunaux, etc., nous apprend qu'il y avait en Espagne plusieurs tribunaux de l'inquisition, mais qu'un seul avait le droit de juger souverainement. « Le tribunal souverain, dit-il, tient ses séances à Madrid, et s'appelle le grand conseil de l'inquisition. Il est composé du grand inquisiteur, qui en est toujours président, de huit conseillers, d'un fiscal, d'un alguazilmajor, etc. Les dominicains y ont de droit une place de conseiller. Les tribunaux inférieurs de l'inquisition sont établis dans les capitales des provinces : la nomination aux places qui les composent appartient au grand inquisiteur. »
Malgré le progrès des lumières et l'horreur qu'inspirait ce tribunal inique, cette monstrueuse institution n'était pas tombée en désuétude en Espagne, comme quelques personnes se plaisent à le croire, puisqu'on trouve encore un procès instruit par l'inquisition, en 1808, dans le temps même où les Français faisaient la conquête de l'Espagne.

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