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L'origine de Jardinage


Cet art charmant, né du travail le plus opiniâtre et de la plus heureuse industrie, nous a enrichis de fleurs doubles, de fruits aussi admirables par leur grosseur et par l'éclat de leur robe, que par la délicatesse de leurs sucs et la diversité de leurs goûts.
« Nous lui devons, dit M. Castel, les tendrons, les asperges, les herbes potagères, les savoureux légumes. Toutes ces richesses s'évanouiraient, si l'homme suspendait ses peines. Les plantes qui nous donnent d'aussi précieuses dépouilles, abandonnées à elles-mêmes dans un sol négligé, reprendraient leur naturel agreste. Ainsi la vigne, mère du doux raisin, n'en produirait que d'acides ; à la suavité de la rainette succéderait l'âpreté de la pomme sauvage ; au lieu des sucs délicieux de la poire, une chair revêche offenserait le palais ; l'abricot, charme de l'odorat et du goût, la pêche, pleine d'un suc relevé, n'offriraient qu'une substance sèche et pâteuse ; plus de douces amandes ; l'asperge résisterait aux dents ; la cerise les agacerait ; les laitues s'armeraient d'épines ; tous les légumes enfin et tous les fruits, détériorés, deviendraient vils et rebutants. »


Dès la plus haute antiquité

Le jardinage ne fut pas inconnu aux patriarches, et l'Ecriture nous parle des magnifiques jardins de Salomon, qui étaient remplis d'arbres fruitiers, de plantes et de fleurs.
Quant à ces superbes jardins suspendus qui ornaient, dit-on, la ville de Babylone, plusieurs auteurs nient leur existence. Hérodote, qui est entré dans les détails les plus circonstanciés sur les merveilles de cette ville célèbre que lui-même avait exactement visitée, garde un silence absolu sur un ouvrage si remarquable. Quinte-Curce pense qu'ils n'ont guère existé que dans les fables des Grecs et dans leur amour pour le merveilleux ; et Goguet établit à ce sujet une conjecture qui paraît fort raisonnable « Il y avait, dit-il, vraisemblable
ment à Babylone quelque colline revêtue de terrasses et ornée d'arbres. Cette espèce de jardin aura suffi pour donner lieu à une imagination échauffée d'enfanter les descriptions que nous lisons aujourd'hui dans certains auteurs. »
Dès la plus haute antiquité les peuples de Syrie et de Phrygie connaissaient l'art du jardinage. En parlant des superbes jardins de Midas, Hérodote nous apprend qu'il y croissait des roses superbes et d'un parfum délicieux ; et la description des jardins d'Alcinoüs fait connaître jusqu'à quel point le jardinage était porté chez les peuples de l'Asie.
« Au palais d'Alcinoüs touche un beau jardin, qui embrasse quatre arpents, et autour duquel est conduite une haie vive. Là, toutes les espèces d'arbres, rejetons les plus heureux de la terre, portent jusqu'au ciel leurs rameaux nombreux et florissants ; là, se confondent la poire balsamique, l'orange éclatante, la pomme charme de l'œil et de l'odorat, et la douce figue, et l'olive toujours verte. Ces arbres, soit l'été, soit l'hiver, sont éternellement chargés de fruits ; tandis que les uns sortent des boutons, les autres mûrissent et cuisent à la constante haleine des zéphyrs : l'olive, à son automne, fait voir l'olive naissante qui la suit ; la figue est poussée par une autre figue, la poire par la poire, la grenade remplace la grenade, et à peine a disparu l'orange qu'une autre orange s'offre à être cueillie.
D'un autre côté, rangés avec ordre, étaient fortement enracinés dans la terre de longs plants de vigne qui portaient des raisins en toute saison. Sans cesse les uns, dans un lieu découvert, séchaient aux feux du soleil ; les autres étaient coupés par les vendangeurs, et d'autres encore foulés dans le pressoir. Les fleurs, dans ces vignobles, étaient confondues avec les noires grappes. A l'extrémité du jardin, est un beau potager dont les nombreux parterres sont symétriques, où, durant toute l'année, verdissent les plantes les plus variées, et où brillent et font la joie du possesseur mille espèces de fleurs odorantes. On voit jaillir deux fontaines limpides ; l'une, utile au roi, en dispersant ses ondes, arrosait chaque plante du jardin ; l'autre, coulant en canaux sous le seuil de la cour, formait devant le palais un large bassin où les citoyens venaient puiser en foule. Ainsi les immortels embellirent de leurs riches dans la demeure d'Alcinoüs. » (Odyssée, chant VII).


Les jardins dans la Grèce et la Rome antiques

Les Grecs avaient leurs jardins dans les villages ou en pleine campagne. Epicure paraît avoir été le premier qui eut dans Athènes un jardin où il tenait son école de philosophie.
Au rapport de Pline, les rois de Rome se sont appliqués au jardinage, et l'exemple de Tarquin qui expédiait dans le palais de son jardin les plus importantes affaires de l'état, semble être une preuve de ce qu'il avance. L'agriculture, et par conséquent le jardinage, était, après les affaires du gouvernement, la principale occupation des consuls ; et ce fut sous les empereurs que parurent les savants traités sur l'agriculture, de Caton, de Varron, de Columelle et de Palladius.


Les jardins en France

Sous la première et la seconde race de nos rois, le goût des Français pour les jardins fut fort simple et très borné ; ce n'a été que sous François Ier que les jardins ont commencé à prendre une forme régulière, et ce ne fut que sous Louis XIV qu'ils parvinrent, par les soins de deux hommes dont la mémoire ne périra pas, la Quintinie et le Nôtre, à ce degré de magnificence qui joint l'utile à l'agréable.
C'est au règne de Louis XIV qu'on doit surtout fixer l'époque de la culture des jardins fruitiers et potagers. Sous les règnes précédents, ces jardins n'étaient qu'un amas confus d'arbres fruitiers presque tous de haute tige en plein vent, avec quelques buissons taillés à l'aventure, et très peu ou point d'espaliers. Point de promenade, nulle propreté. On semait sous ces arbres, sans aucun arrangement, les herbages et les légumes les plus communs, qui n'y réussissaient que dans les saisons où la nature les donne elle-même.
Dès que Louis XIV eut marqué quelque attention pour les jardins, ils commencèrent à prendre une face plus ornée et plus riante. On décora les murs de treillages peints, et on les garnit d'espaliers de fruits auxquels ce secours est nécessaire, ou du moins très utile dans ce climat. On accompagna ces espaliers de plates-bandes larges et bien cultivées, pour y conserver pendant l'hiver des plants délicats. Toute l'étendue des jardins de Versailles fut partagée par des allées larges, propres pour la promenade, et en carrés à peu près égaux, autour desquels sont des lignes d'arbres taillés ordinairement en buissons. Cette taille est fondée sur des principes ignorés avant Louis XIV. Ce qui était principalement inconnu avant ce règne, ce sont les nouveautés dont on jouit chaque année. Il n'y a presque point d'herbages et de légumes dont l'art n'ait avancé la saison de plusieurs mois. Parmi les fruits, les melons ne se mangeaient à Paris que vers la lin d'août et en septembre, encore les tirait-on de Langets. Aujourd'hui ils paraissent en abondance depuis le mois de juin. Les figues, autrefois si rares dans ce climat, sont à présent très communes, et même on en avance la maturité plus que d'aucun autre fruit. En 1750, la reine commença à en manger du potager du roi, dès le 23 avril.

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