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L'origine de Jurement



Le jurement par les dieux

Les Grecs et les Romains juraient tantôt par un dieu, tantôt par deux, et quelquefois par tous ensemble ; ils ne réservaient pas aux dieux seuls le privilège d'être les témoins de la vérité, ils associaient au même honneur les demi-dieux, et juraient par Castor, Pollux, Hercule, etc. Les femmes juraient généralement par leurs Junons, et les hommes par leur génie ; mais il y avait certaines divinités au nom desquelles on jurait plus spécialement en certains lieux qu'en d'autres. Les particuliers avaient eux-mêmes certains serments dont ils usaient davantage selon la différence de leur état, de leurs engagements et de leurs goûts. Ainsi les vestales juraient volontiers par la déesse Vesta, les femmes mariées par Junon, les laboureurs par Cérès, les vendangeurs par Bacchus, les chasseurs par Diane, etc.
Non seulement on jurait par les dieux et les demi-dieux, mais encore par tout ce qui relevait de leur empire ; par leurs temples, par les marques de leur dignité, par les armes qui leur étaient particulières.


Le jurement par les parties du corps, les destins, les charmes, etc.

Quelquefois les anciens juraient par une des principales parties du corps, comme par la tête ou par la main droite : J'en jure par ma tête, dit le jeune Ascagne, par laquelle mon père avait coutume de jurer.
Dans la célèbre ambassade que les Troyens envoient au roi Latinus, Ilionée, qui porte la parole, emploie ce noble et grand serment : « J'en jure par les destins d'Enée, et par sa droite, aussi fidèle dans les traités que redoutable dans les combats. »
On ne doit pas être surpris que les amants jurassent par les charmes, par les beaux yeux de leurs maîtresses ; mais on est indigné de voir que, sous les empereurs romains, la flatterie introduisit l'usage de jurer par leur salut, leur génie, leur fortune, leur éternité. Tibère ne voulut pas le souffrir, dit Suétone ; mais Caligula faisait mourir ceux qui refusaient de le faire ; et il en vint jusqu'à cet excès de folie, d'ordonner qu'on jurât par le salut et la fortune de ce beau cheval nommé Incitatus, qu'il voulait faire son collègue dans le consulat.


Les jurements des rois de France

Quelques uns des anciens rois de France ont eu des jurements particuliers : le jurement de Louis XI était par la pâque Dieu ; celui de Charles VIII : jour de Dieu ; celui de Louis XII : le diable m'emporte ; celui de François Ier : foi de gentilhomme ; celui de Charles V : foi d'homme de bien ; celui de Henri IV : ventre-saint-gris. Quant à Charles IX, il jurait de toutes les manières, et tel qu'un sergent qui mène pendre un homme, suivant l'expression de Brantôme.


Les jurons au XIIIe siècle

On jurait dans ce bon vieux temps (le XIIIe siècle), par Dieu, par la mort Dieu, par le corps Dieu, par la tête Dieu, par le sang Dieu, par le ventre Dieu. Du Cange nous apprend que l'on jurait aussi par la gorge de Dieu, par sa langue, par sa dent, par sa chair, par sa figure, par le poitron (la poitrine) de Dieu sanglant, par la forcelle Dieu, par le faire Dieu, etc. Tous ces jurons, et ceux dont le pape Innocent III fait mention, qualifiés au XIIIe siècle de vilains serments, furent sévèrement prohibés par saint Louis, et tombèrent dans la suite en désuétude, soit par l'effet des châtiments rigoureux que ce saint roi infligeait à ceux qui les proféraient, soit plutôt par les progrès de la civilisation : ce changement se fit avec lenteur, et n'est pas aujourd'hui complètement opéré. Cependant ces jurements reçurent des modifications qui les rendirent moins sacrilèges.
On substitua au mot Dieu les syllabes di, die, dienne, bleu, guieux, etc. ; au lieu de par Dieu, mort Dieu, tête Dieu, ventre Dieu, sang Dieu, etc., on dit pardié, pardi, pardienne, mort bleu, mordienne, tête bleu, cap de dis, ventre bleu, sang bleu, sang dis. Dans les conversations familières, au XIIIe siècle, le juron des femmes était diva (déesse), et celui des hommes par l'âme mon père, ou foi que je dois à l'âme mon père, ou foi que je dois à tel saint, et même par la foi de mon corps.
Au XIXe siècle, on jurait encore dans quelques départements par mon âme, et, presque dans toute la France, par ma foi. Mais ces jurons sont innocents, si on les compare à ceux qu'on proférait aux XIIe et XIIIe siècles ; en fait de jurements grossiers et sacrilèges, nos bons aïeux sont incontestablement nos maîtres. (Dulaure, Histoire de Paris)

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