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L'origine de Langue française


Le celtique fut le premier idiome des Gaulois comme des autres peuples de l'Europe. Du joug des Romains la Gaule ayant passé sous la domination des Francs, chacun de ces peuples chercha à faire prédominer son langage. Les Alains, les Goths, les Arabes et les Anglais pénétrèrent aussi dans ce pays ; ils en furent chassés ; mais leurs jargons jetèrent quelques semences, et notre langue porte encore les empreintes du passage et du séjour de ces divers peuples.


La naissance de la langue française au Xe siècle

« La langue française, dit Voltaire, ne commença à prendre quelque forme que vers le Xe siècle ; elle naquit des ruines du latin et du celte, mêlées de quelques mots tudesques. Ce langage était d'abord le romanum rusticum, le romain rustique, et la langue tudesque fut la langue de la cour jusqu'au temps de Charles-le-Chauve. Le tudesque demeura la seule langue de l'Allemagne, après la grande époque du partage en 433. Le romain rustique, la langue romance, prévalut dans la France occidentale ; le peuple du pays de Vaud, du Valais, de la vallée d'Engaddine et quelques autres cantons, conservent encore aujourd'hui des vestiges manifestes de cet idiome. »
A la fin du Xe siècle, le français se forma : on écrivit en français au commencement du XIe siècle ; mais ce français tenait encore plus du romain rustique que du français d'aujourd'hui. Le roman de Philoména, écrit au Xe siècle en romain rustique, n'est pas dans une langue fort différente des lois normandes. On voit encore les origines celtes, latines et allemandes. Les mots qui signifient les parties du corps humain, ou des choses d'un usage journalier, et qui n'ont rien de commun avec le latin ou l'allemand, sont de l'ancien gaulois ou celte, comme : tête, jambe, sabre, pointe, aller, parler, regarder, aboyer, crier, etc. La plupart des termes de guerre étaient francs ou allemands : marche, alte, maréchal, bivouac, reître, lansquenet. Presque tout le reste est latin ; et les mots latins furent tous abrégés, selon l'usage et le génie des nations du Nord : ainsi de palatium, palais ; de lupus, loup ; d'auguste, août ; de junius, juin ; d'unctus, oint ; de purpura, pourpre ; de pretium, prix, etc. A peine restait-il quelques vestiges de la langue grecque, qu'on avait si longtemps parlée à Marseille.


L'introduction de nouveaux termes à partir du XIIe siècle

On commença au XIIe siècle à introduire dans la langue quelques termes de la philosophie d'Aristote ; et vers le XVIe siècle on exprima par des termes grecs toutes les parties du corps humain, leurs maladies, leurs remèdes ; de là les mots de cardiaque, céphalique, podagre, apopleclique, et tant d'autres. Quoique la langue s'enrichît alors du grec, et que, depuis Charles VIII, elle tirât beaucoup de secours de l'italien déjà perfectionné, cependant elle n'avait pas pris encore une consistance régulière.
François Ier abolit l'ancien usage de plaider, de juger, de contracter en latin ; usage qui attestait la barbarie d'une langue dont on n'osait se servir dans les actes publics ; usage pernicieux aux citoyens, dont le sort était réglé dans une langue qu'ils n'entendaient pas. On fut alors obligé de cultiver le français, mais la langue n'était ni noble ni régulière. La syntaxe était abandonnée au caprice. Le génie de la conversation étant tourné à la plaisanterie, la langue devint très féconde en expressions burlesques et naïves, et très stérile en termes nobles et harmonieux : de là vient que dans les dictionnaires de rimes on trouve vingt termes convenables à la poésie comique, pour un d'un usage plus relevé ; et c'est encore une raison pour laquelle Marot ne réussit jamais dans le style sérieux, et qu'Amyot ne put rendre qu'avec naïveté l'élégance de Plutarque.


L'enrichissement du français au cours des siècles

Le français acquit de la vigueur sous la plume de Montaigne ; mais il n'eut point encore d'élévation et d'harmonie. Ronsard gâta la langue en transportant dans la poésie française les composés grecs dont se servaient les philosophes et les médecins. Malberbe répara un peu le tort de Ronsard. La langue devint plus noble et plus harmonieuse par l'établissement de l'académie française, et acquit enfin dans le siècle de Louis XIV la perfection où elle pouvait être portée dans tous les genres.
Plusieurs personnes ont cru que la langue française s'était appauvrie depuis le temps d'Amyot et de Montaigne : en effet on trouve dans ces auteurs plusieurs expressions qui ne sont plus recevables ; mais ce sont, pour la plupart, des termes familiers auxquels on a substitué des équivalents. Elle s'est enrichie de quantité de termes nobles et énergiques ; et sans parler ici de l'éloquence des choses, elle a acquis l'éloquence des paroles. C'est dans le siècle de Louis XIV, comme nous l'avons dit, que cette éloquence a eu son plus grand éclat, et que la langue a été fixée. Quelques changements que le temps et le caprice lui préparent, les bons auteurs du XVIIe et du XVIIIe siècle serviront toujours de modèles.

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