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L'origine de Loterie



L'étymologie du mot Lotterie

Une étymologie, plus ingénieuse que vraie, dérive ce mot de l'italien lotta (lutte), parce qu'on y lutte en quelque sorte avec la fortune et avec un nombre infini de concurrents ; mais il semble surtout dérivé de l'allemand lot, qui signifie sort, pareeque les chances dépendent du sort.


Une invention romaine

Il paraît qu'on est redevable aux Romains de l'invention des loteries, si l'on prend ce mot dans une acception générale.Ils imaginèrent, pendant les saturnales, des espèces de loteries, dont tous les billets qu'on distribuait gratis aux conviés, gagnaient quelque prix ; et ce qui était écrit sur les billets se nommait apophoreta. Cette invention était une adresse galante dont on usait pour marquer sa libéralité et rendre la fête plus vive et plus intéressante, en mettant d'abord tout le monde de bonne humeur.
Auguste goûta cette idée ; et quoique les billets de loteries qu'il faisait consistassent quelquefois en de pures bagatelles, ils étaient imaginés pour donner matière à s'amuser encore davantage ; mais Néron, dans les jeux que l'on célébrait pour l'éternité de l'empire, étala la plus grande magnificence en ce genre. Il créa, en faveur du peuple, des loteries publiques de mille billets par jour, dont quelques uns suffisaient pour faire la fortune des personnes entre les mains desquelles le hasard les distribuait.
L'empereur Héliogabale trouva plaisant de composer des loteries moitié de billets utiles et moitié de billets qui gagnaient des choses risibles et de nulle valeur. Il y avait, par exemple, un billet de six esclaves, un autre de six mouches, un billet d'un vase de grand prix, et un autre d'un vase de terre commune ; ainsi du reste.


La loterie en France sous Louis XIV

En 1685, Louis XIV renouvela en France la mémoire des anciennes loteries romaines : il en fit une fort brillante au sujet du mariage de sa fille avec M. le Duc. Il établit, dans le salon de Marly, quatre boutiques remplies de ce que l'industrie des ouvriers de Paris avait produit de plus riche et de plus recherché. Les dames et les hommes désignés pour être du voyage, tiraient au sort les bijoux dont ces boutiques étaient garnies. La fête de ce prince était sans doute très galante, et même, à ce que prétend Voltaire, supérieure en ce genre à celle des empereurs romains. Mais si cette ingénieuse galanterie du monarque, si cette somptuosité, si les plaisirs magnifiques de sa cour eussent insulté à la misère du peuple, de quel œil les regarderions-nous ?
Il paraît donc que les premières loteries n'ont point été publiques. M. Dusaulx, dans un ouvrage intitulé De la passion du jeu, depuis les temps anciens jusqu'à nos jours, cite un des premiers arrêts rendus par le conseil-d'état en faveur des loteries ; le préambule est curieux ; on y fait parler ainsi le monarque : « Sa Majesté ayant remarqué l'inclination naturelle de la plupart de ses sujets à mettre de l'argent aux loteries particulières... et désirant leur procurer un moyen agréable et commode de se faire un revenu sûr et considérable pour le reste de leur vie, et même d'enrichir leur famille, en donnant au hasard... a jugé à propos d'établir à l'Hôtel-de-Ville de Paris, une loterie royale de dix millions, etc. »


Les première loteries publiques en France

C'est sous le ministère du cardinal Mazarin que s'établirent chez nous les premières loteries publiques, que le règne de Louis XV vit pulluler à un excès inouï jusqu'alors. « La frénésie du jeu, est-il dit dans le Mercure de France, du 16 octobre 1779, qui n'avait jamais été qu'un vice de particuliers, devint tout-à-coup un vice du gouvernement. En sorte que le mot de jeu n'a plus rien conservé de sa signification primitive ; c'est aujourd'hui un objet de spéculations profondes, une grande affaire d'état. Le jeu est à nos yeux une sorte d'idole qui a ses temples, ses prêtres, ses adorateurs, ses jours de solennité ; on annonce ses faveurs au bruit des instruments militaires (les fanfares et les tambours de la ville, qui toujours avant la révolution et encore quelquefois aujourd'hui viennent faire retentir leurs instruments à la porte des bureaux de loterie où de forts lots sont échus). On couronne de guirlandes les tableaux où sont déposés ses oracles (les billets dont les numéros sont sortis, sont posés dans des cadres à la porte des buralistes et entourés de rubans) ; on affiche de nouvelles espérances dans nos rues et nos carrefours ; ses inscriptions brillent de toutes parts ; partout on entend retentir la voix de ses hérauts ; partout on rencontre de nouveaux pièges tendus à la crédulité publique. »


Les différentes loteries françaises

La Loterie des enfants trouvés avait été établie par arrêt du conseil du 9 décembre 1754 ; la Loterie de piété, par arrêt du conseil du 7 septembre 1762 ; et celle de l'Ecole militaire, inventée, dit-on, par les Génois, avait été introduite en France en 1758. Par arrêt du conseil d'état, donné à Marly, le 30 juin 1776, le roi supprima les loteries de l'Hôtel-de-Ville de Paris, de l'Ecole royale militaire, et créa une nouvelle loterie, sous le nom de Loterie royale de France, dont le premier tirage s'est fait le 1er septembre 1776. Supprimée de nouveau en décembre 1793, et recréée en vendémiaire an VI (septembre 1797), sous le nom de Loterie nationale de France, cette loterie a ensuite été appelée Loterie impériale, et en dernier lieu Loterie royale de France.
« On se plaint, a dit un journaliste du XIXe siècle, des appâts que les loteries françaises offrent de jour en jour à la cupidité des joueurs ; mais la fureur du jeu a bien d'autres excitants. On ne voit dans les journaux des départements que prospectus de loteries de terres, de moulins, de châteaux qui ne sont pas en Espagne, mais bien en Autriche, en Hongrie, etc. Comment résister à ces brillantes amorces ? quel plaisir de se réveiller un beau matin, possesseur, pour la bagatelle de vingt francs, de la seigneurie d'Isvonitz, ou de celle de Wrokanka ! Ces noms sont un peu durs ; mais qu'ils sonneraient agréablement à l'oreille de l'heureux protégé du destin ! Qu'est-ce qu'un misérable quaterne de la loterie française auprès d'un pareil lot ? On n'a pas seulement des métairies, des pays, des bois, des jardins, etc. , on a des sujets ; c'est le prospectus qui le promet, et des sujets tenus à des servitudes, des corvées d'attelage, des corvées de travail de main que sais-je, moi ? car on est tenté de demander au prospectus : N'est-il encore sur cette terre aucun autre droit du seigneur ? »

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