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L'origine de Magnétisme animal


Le magnétisme animal est cette science occulte, connue aussi sous le nom de Mesmérisme, du nom de son auteur, Antoine Mesmer, médecin allemand, né en 1734 à Mersbourg, en Souabe.


Inventé en Allemagne

Il faut rapporter à l'esprit inquiet des malades, à cet amour du merveilleux que des esprits ascétiques ont éveillé chez des personnes faibles et crédules, la réputation dont a joui pendant longtemps le magnétisme animal. L'Allemagne fut son berceau ; c'est aussi dans ce pays que l'on comptait un grand nombre de thaumaturges et de visionnaires qui ont infecté la médecine de leurs recettes et de leurs formules pour guérir les possédés du démon. Les diableries du P. Gassner et de l'aubergiste Schrœffer à Leipsick occupaient encore les esprits des personnes de tous les rangs, et des théologiens même ajoutaient une confiance entière au récit des guérisons opérées par ces deux illuminés.


Les cures de Jean-Joseph Gassner

En 1774, Jean-Joseph Gassner, religieux, opérait à Vienne en Autriche des cures miraculeuses. Il assurait qu'en étudiant attentivement sa constitution valétudinaire et les douleurs de tête continuelles qui l'assiégeaient, il était parvenu à reconnaître que ces incommodités ne dépendaient que d'une cause naturelle, mais avaient une origine démoniaque, et que dès lors il s'était attaché à essayer de repousser ces atteintes du diable par le nom de Jésus.
Supposant que les maladies que le diable détermine se manifestent par des spasmes et des convulsions, il tourmentait les personnes délicates en réveillant leurs accès, et se vantait d'avoir guéri l'affection, lorsque l'épuisement des forces amenait naturellement la fin de l'accès. Quelques personnes croyaient que Gassner opérait ses guérisons par la seule efficacité de sa foi, d'autres pensaient qu'il produisait ces effets à l'aide du magnétisme animal parce que pendant l'opération il avait coutume de se frotter les mains à sa ceinture. On parle aussi de certains attouchements indécents et voluptueux qu'il se permettait chez les femmes ; nous verrons plus tard le rapport qui existe entre la méthode de Gassner et celle de Mesmer.


Le magnétisme né dans un contexte propice à la superstition

L'histoire des superstitions d'un peuple est également celle de toutes les autres ; un désir ardent de disposer de l'avenir, des souffrances ou des incommodités auxquelles on ne trouve pas de remède, livrent les personnes qui en sont atteintes à la discrétion des charlatans et des fourbes. Les cures miraculeuses opérées dans les XVIIe et XVIIIe siècles, l'histoire des vampires si accréditée dans une grande partie de l'Allemagne, celles du bienheureux Pâris et des miracles opérés dans le cimetière de Saint-Médard, les cures opérées en France par les appelants, les guérisons opérées dans l'abbaye de Port-Royal, et tant d'autres superstitions, peuvent servir d'introduction au magnétisme animal. Ces faits ne prouvent-ils pas assez qu'en exaltant l'imagination on peut produire des effets dont il serait quelquefois difficile de se rendre compte ?


La théorie de Mesmer

En 1760, Mesmer se fit connaître aux savants par une thèse intitulée de Planetarum influxu, dont le but était d'établir que les corps célestes, en vertu de la même force qui produit leurs attractions mutuelles, exercent une influence sur les corps animés, et particulièrement sur le système nerveux, par l'intermédiaire d'un fluide subtil qui pénètre tous les corps et remplit tout l'univers. Cette théorie, qui n'était pas nouvelle et qui rappelle l'influence que les Grecs attribuaient à la lune sur la grossesse et les maladies des femmes ; ainsi que les rêveries des prétendus philosophes, disciples de l'école d'Alexandrie, de Paracelse, d'Albert-le-Grand, de Jean ab Indagine et de beaucoup d'autres, prouve combien l'esprit de Mesmer était déjà prévenu (si cet auteur était de bonne foi).
Il joignit plus tard, en 1773, à cette théorie, l'action des aimants, à laquelle on attribuait alors des vertus surprenantes pour la guérison des maladies. Ce qui fut cause d'une contestation très vive entre lui et le P. Hell, qui était à Vienne et qui guérissait, au moyen des aimants artificiels, presque toutes les maladies. Aussi Mesmer abandonna-t-il ce moyen, annonçant qu'il ne lui était pas nécessaire. Continuons l'exposé du système de Mesmer. Suivant lui, le fluide subtil qui pénètre les corps est le même que l'électricité ; il s'accumule de même que cette dernière dans le corps humain, et il prétendait, d'après cela, pouvoir magnétiser tout ce qu'il touchait d'une certaine manière. Il pensait même pouvoir, par sa seule volonté, et sans le moindre contact, produire chez les malades des effets parfaitement semblables à ceux que l'aimant artificiel détermine. Il crut aussi remarquer que la réceptivité pour le magnétisme animal naît seulement avec la maladie, et disparaît en même temps qu'elle. Quoique Mesmer n'avouât point avoir besoin de l'aimant artificiel pour opérer ses guérisons, cependant il s'en servit jusqu'en 1776.
En 1775, Mesmer écrivit aux plus célèbres académies de l'Europe une lettre dans laquelle il développait ses principes, et donnait connaissance de ses cures magnétiques. L'académie de Berlin fut la seule qui l'honora d'une réponse, dans laquelle on disait que les phénomènes observés chez les personnes atteintes de maladies nerveuses sont de bien faibles preuves à alléguer en faveur de la force magnétique, et que la circonstance qui rend le magnétisme animal encore plus suspect, c'est que la réceptivité pour cet agent doit cesser à l'époque où la maladie disparaît ; qu'au reste il est contraire aux lois connues de la nature d'accorder la puissance magnétique à tous les corps qui la composent. Cette même année Mesmer entreprit la guérison de la jeune Paradis, qui, depuis l'âge de 3 ans, était atteinte d'amaurose, avec des convulsions dans les muscles de l'organe de la vue. Nous rapportons ce fait comme un des plus marquants dans l'histoire du magnétisme animal, par les controverses auxquelles il a donné lieu, et la supercherie dont Mesmer fut convaincu dans cette occasion, ce qui lui mérita, dit-on, l'ordre de quitter Vienne dans les vingt-quatre heures.


Les premières cures magnétiques de Mesmer

En 1778, Mesmer se rendit à Paris, quoiqu'il assure que son projet n'était pas d'y entreprendre aucune cure, parce que les savants étaient très peu disposés en sa faveur ; et que le roi lui-même regardait les effets du magnétisme, chez les malades, comme le produit de l'imagination. Cependant il entreprit quelques cures, invitant et récusant tour à tour les savants appelés comme témoins de ses opérations ; se refusant à tous les moyens d'investigation qui pouvaient éclairer des personnes instruites dont les yeux ne pouvaient être éblouis facilement. A cette époque, au mois de septembre 1778, il fit connaissance de Deslon, membre de la Faculté de médecine, et médecin du comte d'Artois. Trouvant ce médecin assez bien disposé en faveur de son système, il se lia d'une étroite amitié avec lui, et lui expliqua sa théorie. Cette liaison ranima son courage ; il publia alors un ouvrage où son système se trouve exposé dans quelques aphorismes. A cette époque, il donna une nouvelle explication du magnétisme animal, et le regarda comme tout différent du magnétisme minéral (ou aimant).
Les contradictions de Mesmer et ses contre-sens en physique ne purent éclairer les personnes mêmes de la plus haute distinction. Après les vives discussions des Piccinistes et des Gluckistes, Paris avait besoin de distraction, et le magnétisme échauffa les esprits comme la musique faisait tourner les têtes. Cependant beaucoup de médecins et d'autres personnes instruites refusaient de croire. Deslon avait été vivement réprimandé par la Faculté de médecine. En 1780, cette même société décida que Desion perdrait, pendant un an, sa voix dans son sein, pour avoir publié un ouvrage apologétique du magnétisme. Peu s'en fallut, à cette époque, que Mesmer ne quittât Paris, rebuté par son peu de succès ; mais les esprits étaient trop échauffés : on entama des négociations. La reine, dit-on, lui fit conseiller de rester. Le ministre Breteuil promit à Mesmer une pension annuelle de quarante mille francs, s'il voulait rester et former des élèves. Vers cette époque, Deslon se sépara de son maître, dès qu'il se crut en état de pouvoir continuer seul les cures magnétiques.


L'établissement de l'ordre de l'Harmonie

Pour fixer définitivement Mesmer à Paris, quarante personnes se réunirent, qui payèrent chacune cent louis pour apprendre à magnétiser, et promirent d'observer un profond silence. Le nombre des adeptes s'étant accru, la société prit le nom d'ordre de l'Harmonie, et se constitua selon le rite de la franc-maçonnerie.
Alors Mesmer établit une grande cuve remplie d'eau sulfureuse, garnie d'un couvercle, et traversée par des tiges de fer recourbées qui servaient de conducteurs au fluide magnétique animal. A chacune de ces tiges pendait un cerceau que les malades attachaient à une partie quelconque de leur corps : on donna à cette cuve le nom de baquet magnétique. Les malades s'asseyaient tous en cercle autour du baquet, et posaient leurs pieds sur un coussin de paille ; souvent aussi ils formaient une chaîne en se tenant mutuellement par le pouce et le doigt indicateur. Rien n'avait été oublié pour frapper l'imagination : une musique douce et appropriée, la manière dont la lumière était répandue dans cette salle, concouraient à séduire les sens et à exalter l'imagination des personnes que certains attouchements ne manquaient pas de jeter ensuite dans un état difficile à décrire. Aussi la haute société accourait en foule chez Mesmer et Deslon, qui était devenu son rival ; les femmes surtout ne pouvaient résister aux nouveaux charmes du magnétisme animal.


Le discrédit porté aux théories de Gassner et de Mesmer

Il est temps ici de faire un rapprochement entre Mesmer et le père Gassner, entre leur théorie et le mode d'application. Gassner, esprit ascétique, voit dans les maladies l'influence du démon ; par la foi et l'exaltation de son imagination, il lit à l'intérieur du corps et jette ensuite les malades dans un état de convulsion qu'il appelle crise. Mesmer a de l'esprit, il est bien fait, avide de renommée ; il saisit facilement le côté faible des individus ; à la possession du diable, il substitue un agent universel, répandu dans les corps, et qu'il met en action à volonté ; il rapproche sa théorie de celles déjà connues en physique ; il détermine des crises, des mouvements de convulsion. Gassner parle à l'imagination par des formules de prières et de conjurations, aux sens par des attouchements. Mesmer à son tour exige de ses malades une foi ferme, une confiance entière ; il captive les sens par des moyens appropriés à l'état de société d'aujourd'hui et s'adresse surtout aux femmes, toujours faibles et crédules ; aussi toutes les commissions nommées par la faculté et le gouvernement n'ont-elles vu dans le magnétisme animal que des effets de l'imagination.
En 1784, deux commissions, l'une de la société royale de médecine, l'autre de l'académie des sciences et de la faculté de médecine, furent nommées, par ordre du roi, pour examiner d'une manière plus particulière le magnétisme animal et les cures magnétiques. Les commissaires de l'académie des sciences furent, Franklin, Leroi, Bailly, de Bory et Lavoisier ; ceux de la faculté de médecine, Bavie, Majault, Sallin, D'Arcet et Guillotin ; et ceux de la société royale de médecine, Poissonier-Desperrières, Caille, Mauduyt, Andry et Jussieu. L'imagination et l'esprit d'imitation sont, d'après l'opinion des commissaires, les principales causes des phénomènes magnétiques ; mais on doit aussi prendre en considération la manière dont on touche, frotte ou presse les parties sensibles ; les commissaires terminent en disant que le magnétisme animal est une chimère, et que les cures magnétiques, effets de l'imagination, sont toujours suspectes et quelquefois dangereuses.
Ce dernier coup porté à sa doctrine dérouta Mesmer ; il quitta la France, emportant avec lui près de 340 000 francs des souscripteurs auxquels il avait promis de révéler son secret. Il alla d'abord vivre quelque temps en Angleterre, sous un nom supposé, puis passa en Allemagne, où il publia, en 1799, une nouvelle exposition de sa doctrine, qui ne fit aucune sensation : enfin cet homme, qui avait un moment occupé l'Europe, mourut ignoré dans sa ville natale, en 1815.


Les variantes du magnétisme animal

Plusieurs sectateurs de Mesmer ont apporté différentes modifications à la théorie du magnétisme animal, ainsi qu'à la manière de l'employer. En 1784, le marquis de Puységur, seigneur de Buzancy, près de Soissons, et le comte Maxime de Puységur propagèrent le système et la méthode de Mesmer dans différentes provinces de la France ; mais entre leurs mains ce système et cette méthode éprouvèrent de grands changements. Au lieu d'établir des baquets, ils rassemblaient leurs malades sous de vieux arbres garnis d'un feuillage fort épais. Les crises qu'ils leur procuraient se caractérisaient par l'exaltation des facultés de l'âme, et par une connaissance fort exacte de l'état intérieur de son corps propre et de celui des autres. Cet état de clairvoyance avait été jusqu'alors inconnu.
En 1785, il s'établit à Strasbourg deux sociétés, l'une fondée par le comte de Puységur, l'autre par les soins du docteur Ostertag. Ce dernier se servit pendant un certain temps de boules de verre auxquelles étaient fixés des fils et des chaînes de fer. Chez lui la clairvoyance des somnambules était moins fréquente que la motilité extraordinaire des personnes magnétisées. Le chevalier Barbarin, qui se donnait pour un élève de Mesmer, ne reconnaissait cependant d'autres agents du magnétisme que la volonté et la foi ; il établit en 1786 une école à Ostende, sous le nom de société de l'harmonie, dans laquelle, au moyen d'une volonté bien décidée, ou même de prières, on communiquait à l'eau une saveur désirée, et l'on produisait tous les effets du magnétisme animal, même à de très grandes distances. Que ne peut l'enthousiasme en délire ? On alla jusqu'à expliquer les miracles de Jésus-Christ par le magnétisme de Barbarin. Dans plusieurs contrées de l'Allemagne, de la Suède, etc., le magnétisme fut exercé par quelques personnes de bonne foi, et par des fourbes qui surent exploiter à leur profit la crédulité publique.
Un dernier trait nous servira à caractériser le fanatisme de quelques disciples de Deslon : dans un ouvrage publié en 1785, on propose pour rappeler à la vie les personnes asphyxiées, de les enterrer, et de jeter beaucoup de pierres pesantes dans et sur leur tombe, afin que le fluide général agisse plus efficacement par la gravitation ; il ne faut laisser qu'un seul trou, pour que l'individu puisse respirer dès qu'il est revenu à la vie. Voilà les idées du XVIIIe siècle, et ce système que plusieurs personnes voudraient défendre et propager.

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