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L'origine de Mainmorte



Autrefois un droit réservé aux seigneurs

Le droit de mainmorte était, dans les temps de la féodalité, le droit qu'avait le seigneur de faire couper la main droite de son main mortable décédé, pour marquer que cette main avait appartenu au seigneur, et qu'elle ne pouvait plus le servir. L'abbé Dutemps, dans le panégyrique de saint Louis, prononcé dans la chapelle du Louvre, en présence de MM. de l'académie française, le 25 août 1780, retrace avec autant de courage que de vérité, l'origine de cette coutume humiliante pour l'humanité. « Jour, dit-il, qui éclairas le premier tyran, jour à jamais déplorable, que ne puis-je effacer jusqu'à la trace des malheurs que tu as vus naître ? Que ne puis-je oublier pour toujours les paroles que le premier oppresseur a fait entendre à son esclave ! Tiens, lui a-t-il dit, voilà des fers pour toi, pour ta postérité ; courbe ta tête sous le joug que j'impose à la faiblesse ; je sais qu'un guide intérieur te dirige ; mais je te défends de penser et de sentir. Je connais la noblesse de ton origine ; mais, au nom de l'orgueil, je te dégrade. Je n'ignore point que tu es libre par essence ; mais, au nom de la force, je t'asservis. Si je te permets d'avoir une compagne, elle partagera ton infortune et tes fers ; si le ciel te donne des rejetons, héritiers de la servitude, ils seront ma proie ; si un téméraire ose approcher de ces lieux pour te donner un égal, je l'enchaîne au sol où tu respires. Va, arrose cette terre de tes sueurs, mon mépris sera la récompense de tes travaux : fais-moi vivre au sein de la volupté, je te ferai mourir au sein de la peine et de l'avilissement ; et lorsque ton corps épuisé descendra nu dans la poussière, on m'apportera ta main sanglante, pour qu'elle serve de trophée à ma puissance. »


L'abolition du droit de mainmorte

Par un édit du mois d'août 1779, Louis XVI abolit le droit de mainmorte dans ses domaines : les poètes, et surtout les poètes philosophes, montèrent leurs lyres pour chanter cet acte par lequel un jeune monarque reconnaissait les droits de l'homme, et l'académie française en fit le sujet du prix de poésie. Parmi les pièces présentées au concours on remarqua le poème de M. de Maisonneuve ; le tableau qu'il fait des malheureux sujets à ce droit est digne des plus grands éloges :

Vois ces infortunés, vouer, à la misère,
Porter du nom de nerf l'opprobre héréditaire.
Accablés sous le poids des travaux, des tributs,
Et comme un vil bétail achetés et vendus.
En vain d'un maître avide ils fuiraient le domaine,
La coutume les suit, les rappelle à leur chaîne ;
Ou si la loi permet qu'au prix de tout son bien
Un serf puisse acheter le droit de citoyen,
L'espoir ou le besoin d'un reste d'héritage
Enchaînent pour jamais sa vie à l'esclavage :
Et l'habitude enfin, pour comble de malheur,
A tant d'ignominie accoutumant ton cœur,
Plongé dans la paresse, il ne peut se connaître,
Et mérite la bonté où le sort le fit naître.

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