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L'origine de Majesté


Cette expression votre majesté est plus ancienne que l'on ne croit, puisque nous voyons, dans la première épître du deuxième livre d'Horace, que ce poète adresse la parole à Auguste, en traitant ce prince de votre majesté.


L'usage de cette expression pour les rois de France

On demande si c'est de tout temps qu'on a traité les rois de France de majesté, en parlant à leur personne ? Pasquier (Recherches) prétend que ce n'est proprement que depuis l'année 1559, et que ce fut la flatterie des courtisans qui introduisit alors cet usage. Mais il se trompe, et nous avons l'exemple d'un auteur français, qui, dans une épître dédicatoire au roi Charles VII, le traite de majesté royale.
Il semble qu'il faut distinguer : lorsque, dans les discours qu'on tenait, soit au roi, soit du roi, il s'agissait de choses privées, comme s'il voulait dîner, aller à la chasse, se coucher, ou dédire qu'il avait fait quelqu'une de ces choses, il eût été ridicule de le traiter de majesté ; et l'historien Varillas qui, parlant du roi Louis XI, lui donne de la majesté partout, aussi à propos que s'il disait, par exemple, qu'un tel jour le roi ayant été à la chasse, sa majesté en revint toute mouillée. Il est pourtant vrai que même sous les deux premières races, dans les actions solennelles, on a toujours traité les rois de France de majesté, et même de majesté royale ; mais c'était uniquement, lorsqu'aux états-généraux du royaume assemblés en parlement, le roi assis sur son trône, et revêtu de ses habits royaux, était regardé comme le chef représentatif de la monarchie. Pour ce qui est des étrangers, c'est-à-dire des princes, il semble que le roi de Naples et le duc de Milan ont été les premiers à donner dans leurs lettres le titre de majesté au roi Louis XI ; mais c'est qu'ils le craignaient, et d'ailleurs on sait que les civilités hyperboliques ne coûtent guère aux Italiens.


Les titres donnés aux autres rois d'Europe

Sébastien a été le premier roi de Portugal qui ait été traité de majesté, et ce fut Philippe II qui commença à lui donner ce titre dans leur entrevue de Guadaloupe, en 1576 ; encore, suivant la remarque de l'historien Cabrera, ne le lui donna-t-il que tout bas. Le cardinal Henri, qui succéda à Sébastien, se contenta du titre d'altesse, et lorsque don Antoine, prieur de Crato, fut proclamé roi à Santarem, les fidalgues (gentilshommes) ne lui prêtèrent serment que sous le nom d'altesse, pour ne rien devoir au roi Philippe.
Ferdinand, roi d'Aragon, et sa femme Isabelle, reine de Castille, n'étaient traités que d'altesses dans leurs audiences ; et leur gendre, Philippe Ier, roi de Castille, n'eut jamais d'autre titre. Charles-Quint fut le premier qui prit le titre de majesté en qualité, non de roi d'Espagne, mais d'empereur.
Autrefois les rois d'Angleterre recevaient celui de votre grâce. Henri VIII fut le premier qui se fit appeler altesse, puis majesté. Ce fut François Ier qui commença à lui donner ce dernier titre, lors de leur entrevue en 1520.
L'empereur Maximilien II ne donnait au roi Philippe II, chef de toute la maison d'Autriche, que le titre de votre sérénité. On voit, dans la longue instruction dont il chargea son frère l'archiduc Charles, lorsqu'il l'envoya à la cour d'Espagne pour opérer la réconciliation des Flamands avec Philippe, ce prince nommé plus de soixante fois sa serenidad, et pas une fois sa majesté.
Une distinction, qui paraît singulière, c'est que le même Philippe, répondant à la reine Elisabeth de Valois, sa troisième femme, qui lui parlait par vuestra majestad, ne la traitait que de vuestra altezza.
L'électeur, marquis de Brandebourg, pour qui l'empereur avait érigé la Prusse ducale en royaume, en 1701, obtint, par son traité avec la France, que cette cour, ainsi que l'Espagne, lui accorderait ce titre à l'avenir. On lui céda la ville de Gueldres, et il fut reconnu pour souverain de Neuchâtel et de Valengin. De son côté, le roi de Prusse renonça en faveur de la France, à tous les droits sur la principauté d'Orange, et s'engagea à rendre la ville de Rhimberg à l'électeur de Cologne.

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