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L'origine de Manière noire



L'anecdote à l'origine de la gravure en manière noire

Genre de gravure dans lequel un prince palatin, nommé Rupert, s'est exercé, dit-on, le premier : voici, suivant des écrivains étrangers, à quelle circonstance fortuite il aurait dû cette découverte. Etant sorti de très grand matin pendant le temps de sa retraite à Bruxelles, il remarqua une sentinelle qui paraissait très occupée, à quelque distance de son poste, à faire quelque chose à son fusil. Le prince demanda au soldat ce qu'il faisait : celui-ci répondit que la rosée de la nuit avait rouillé son fusil, et qu'il travaillait à faire disparaître la rouille et à rendre son arme brillante.
Le prince, en l'examinant, fut frappe de voir une espèce de figure tracée par la rouille sur le canon, avec une multitude innombrable de petits trous liés ensemble comme un ouvrage glacé sur l'or ou sur l'argent et dont le soldat avait fait disparaître une partie. Le prince conçut immédiatement l'idée qu'il serait possible de trouver un moyen de couvrir une plaque de cuivre d'une certaine étendue de petits trous pressés les uns contre les autres, qui donneraient indubitablement une impression toute noire, et qu'en ôtant convenablement certaines parties, la superficie qui resterait unie laisserait le reste du papier blanc.

Ayant communiqué son idée à Walerant-Vaillant, peintre de quelque réputation, qui habitait à cette époque les environs de Bruxelles, ils firent plusieurs expériences ; et à la fin ils inventèrent un rouleau d'acier avec des pointes ou dents saillantes, à peu près comme une lime. Le cuivre, pressé contre le rouleau, recevait une empreinte qui produisait effectivement le fond noir ; et, raclé ou diminué à volonté, il laissait paraître toutes les gradations du blanc.
Telle fut l'origine de la gravure en demi-teinte, suivant lord Orford, M. Evelyn et M. Vertue.


Le véritable inventeur de ce genre de gravure

Suivant le baron d'Ueinecke, cette invention n'appartient pas au prince Rupert ; ce fut le lieutenant colonel de Siegen, officier au service du landgrave de Hesse, qui, le premier, grava ainsi en manière noire, et la gravure qu'il fit était un portrait de la princesse Émilie-Élisabeth de Hesse, qui porte la date de 1643. Le prince Rupert, ajoute-t-il, apprit le secret de cet officier, et l'apporta en Angleterre, lorsqu'il y revint la seconde fois avec Charles II. (Biographie universelle)


La gravure en manière noire en France

Nous ajouterons que Smith et G. Whitz, Anglais, se sont livrés avec le plus de succès à ce genre de travail ; et que la première personne qui y ait réussi en France a été mademoiselle Huguenot de Luciabel, originaire de Besançon. Cette artiste, qui savait réunir à l'exactitude du dessin un coloris pur et une touche spirituelle et libre, a donné, sur la fin de 1777, deux morceaux de la composition, en manière noire, auxquels le public a accordé l'accueil le plus favorable. On doit, dit Millin (Dictionnaire des beaux-arts), préférer ce genre de gravure à tous les autres pour représenter les fantômes, les enchantements, les lumières artificielles, comme celles d'une lampe, d'une bougie, d'un flambeau, en un mot tous les effets de nuit, ce qui, selon Lairesse, lui a fait donner le nom qu'il porte.

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