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L'origine de Mastodonte


M. Cuvier a donné ce nom, qui signifie dents mamelonnées, à un genre d'animaux perdus, très voisins des éléphants par leur structure, et qui, comme eux, doivent être classés dans l'ordre des pachydermes (à cuir épais) et dans la tribu des proboscidiens (à trompe).


L'animal de l'Ohio

Les espèces de ce genre sont au nombre de six, toutes caractérisées par des différences de forme et de proportion dans les dents molaires qui fournissent les débris qu'on en trouve le plus ordinairement. Une seule d'entre elles, dont la taille est au moins égale à celle de l'éléphant, est connue depuis longtemps, non seulement par ses énormes molaires, qui ne sont pas rares dans les cabinets d'histoire naturelle, mais encore par de nombreux ossements qui ont mis à même de prendre une idée exacte et assez complète de son organisation.
Cette espèce, généralement désignée sous la dénomination d'animal de l'Ohio, a été confondue, surtout par les Anglais et les habitants des États-Unis, avec l'éléphant fossile, le mammouth, ou le mammont, et en a même reçu les noms.


Les lieux où les dépouilles ont été découvertes

Les dépouilles de ce grand animal, le père aux bœufs des Indiens, l'éléphant carnivore de quelques auteurs, le mastodon giganteum de M. Cuvier, ont été trouvées très abondamment dans le sol d'atterrissement des principales vallées des fleuves de l'Amérique septentrionale. Les lieux principaux des Etats-Unis où ses ossements ont été recueillis sont : 1° Big-Bone-Strick, ou Great-Bone-Lich, marais salé, dont le fond est une vase noire et puante, et qui est situé sur la rive gauche de l'Ohio, à quatre milles de ce fleuve, et à trente-six milles de sa jonction avec la rivière de Kentucky, presque vis-à-vis la rivière appelée Grande-Miamis ; 2° Newbourg, sur la rivière d'Hudson, à soixante-sept milles de Philadelphie ; 3° Albany, dans l'état de New-York, également près de celle de Hudson ; 4° plusieurs points des rives de l'Ohio et de la rivière des grands Osages ; 5° les bords du Nord-Holston, branche du Tennessee, dans des marais salés ; 6° les alluvions du Mississippi, etc. On n'en a point rencontré plus haut vers le nord que le 43e degré de latitude, du coté du lac Erié.
Quant à ceux que l'on dit avoir été découverts dans l'ancien continent, M. Cuvier ne prétend pas infirmer les preuves de leur existence, mais il a commencé à ne plus les regarder comme suffisantes. Les ossements de cet animal paraissent plus exclusivement propres à l'Amérique septentrionale. Ils sont mieux conservés et plus frais qu'aucun des autres os fossiles connus. Néanmoins il n'y a pas la moindre preuve, le moindre témoignage authentique propre à faire croire qu'il y ait encore, ni en Amérique, ni ailleurs, aucun individu vivant.


Une extinction récente

Quelques faits particuliers paraissent indiquer que la destruction de cette espèce est très récente.
Dans le nombre nous citerons d'abord la découverte faite en Virginie, près de Williamsbourg, à cinq pieds et demi de profondeur, et sur un banc calcaire, de nombreux débris, au milieu desquels on trouva une masse à demi broyée de petites branches, de gramen, de feuilles, etc. ; le tout enveloppé dans une sorte de sac que l'on regarde comme l'estomac de l'animal, renfermant encore les matières même que cet individu avait dévorées. Nous y ajouterons également la mention faite par Barton, d'une tête de mastodonte trouvée par des sauvages, en 1763, laquelle avait encore un long nez, sous lequel était la bouche ; et celle de Kalm, qui dit, en parlant d'un squelette découvert dans le pays des Illinois, que la forme du mufle était encore reconnaissable, quoiqu'il fût à moitié décomposé.
Au XIXe siècle, les sauvages de plusieurs tribus de l'Amérique du nord croyaient encore à l'existence de ces animaux ; d'autres reconnaissaient que leur espèce était détruite. Au rapport de M. Jefferson, ceux de Virginie, entre autres, disent qu'une troupe de ces terribles quadrupèdes détruisant les daims, les buffles et les autres animaux créés pour l'usage des Indiens, le grand homme d'en haut avait pris son tonnerre, et les avait tous foudroyés, excepté le plus gros mâle, qui se mit à fuir vers les grands lacs, où il se tient jusqu'à ce jour. Selon Barton, les Shavanais croyaient que ce mâle existait avec ces animaux d'une taille proportionnée à la leur, et que le grand être foudroya les uns et les autres.


La découverte des fragments de dents

Les débris du mastodonte à dents étroites ont été trouvés en Europe et dans l'Amérique méridionale. Le gisement le plus remarquable est celui de Simone, dans la montagne Noire (département du Gers). Depuis longtemps les dents qu'on y a découvertes et qui étaient teintes en vert bleuâtre par le fer, sont connues sous les noms de turquoises de Simorre et de turquoises occidentales. Des fragments de dents de la même espèce, recueillis à Sort, près de Dax, par Borda, étaient placés au milieu d'une couche vraiment marine, ainsi que l'indiquaient les autres fossiles qui y étaient contenus. Une dent trouvée à Trévoux était au milieu du sable ; d'autres ont été découvertes en Bavière à Reichenberg, et en Italie, spécialement dans le val d'Arno, à Padoue, au mont Follonico, près de Monte-Pulciano, et non loin d'Astie en Piémont. Enfin, on doit à Dombey et à M. de Humboldt la connaissance de plusieurs molaires trouvées au Pérou, et notamment prés de Santa-Fé de Bogota.

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