Accueil > Les origines commençant par M > L'origine de mosaïque

L'origine de Mosaïque


On appelle ainsi une espèce de peinture faite avec de petits cubes de verre, de pierre, de bois, d'émail ou d'autres matières de différentes couleurs, fixés sur une surface par un mastic.


L'étymologie du mot Mosaïque

On donne, dit Millin, différentes étymologies au mot français mosaïque : les uns le trouvent dans l'italien mosaico, formé du grec musakion, usité dans le Bas Empire pour désigner ces sortes d'ouvrages ; les autres le dérivent du grec mouson, mousikon, poli, élégant, bien travaillé ; d'autres enfin du latin musivum, museum, qu'ils dérivent du terme grec qui signifie muse. Ainsi, selon eux, on appelait les peintures en mosaïque musea, musiva, parce que les lieux ou les édifices consacrés aux muses, nommés pour cela musées, en étaient principalement ornés.


La mosaïque dans l'antiquité

Les ouvrages de mosaïque sont fort anciens. Quelques uns en attribuent l'invention aux Perses. Nous voyons dans l'Ecriture sainte, qu'Assuérus, leur roi, fit construire un pavé de marbre, si bien travaillé qu'il imitait la peinture. D'autres prétendent que cet art prit naissance à Constantinople. Ce qu'il y a de certain, c'est que cet art ne commença à être connu des Romains que vers le temps d'Auguste. Il fut ensuite négligé, l'on pourrait dire abandonné, pendant plusieurs siècles ; mais, dans le XIIIe, l'Italie le vit fleurir de nouveau. On vit successivement Apollonius, Taffi, Gaddo-Gaddi et Giotto, se distinguer par des peintures à la mosaïque.
Parmi les ouvrages de mosaïque célèbres dans l'antiquité, on peut citer le pavé d'une chambre de l'immense vaisseau que fit construire Hiéron II, successeur d'Agathocle, élu roi de Syracuse, dans la cent vingt-septième olympiade. Ce pavé était une mosaïque qui représentait toute l'Iliade.
Et le pavé exécuté à Pergame par un célèbre artiste que Pline nomme Sosus. Il avait représenté sur ce pavé les balayures amassées, ouvrage fait de mille pièces rapportées. Sur ce même pavé, et sans doute vers le milieu, l'artiste avait figuré une colombe qui buvait dans une jatte et qui réfléchissait son ombre dans l'eau, tandis que, sur les bords de la même jatte, d'autres colombes se délectaient et se becquetaient au soleil.
Le plus grand morceau de mosaïque ancienne que nous possédions est celui du temple de la Fortune à Préneste, aujourd'hui Palestrine ; il représente une carte ou géographie de l'Egypte.


La découverte de mosaïques antiques à Lyon

De temps à autre, on a découvert et l'on découvre même encore aujourd'hui des mosaïques sur lesquelles le temps a exercé plus ou moins son empire. Vers le XIXe siècle, à Lyon, en creusant les fondements d'une maison à la droite du jardin des Plantes, non loin de l'enceinte où l'on a reconnu les vestiges d'une naumachie, on a découvert trois pavés en mosaïque, établis successivement les uns au-dessus des autres.
Le premier et le plus profond se trouvait à dix pieds au-dessous du sol actuel ; il posait sur un lit de cailloux légèrement incliné, dans un terrain rempli de roches ; il offrait, à sa surface, une réunion de cubes de différents marbres brisés, opus incertum, liés par un ciment dans le genre de ce qu'on appelle mosaïque à la vénitienne.
Le second, fondé à deux pieds au-dessus de celui-ci, était une véritable mosaïque, opus tesselatum, composée avec des cubes de diverses couleurs. On y voyait des tableaux et des compartiments carrés, madrés par des entrelacs, unis par des ornements en forme de labyrinthe. Dans le milieu paraissait un fragment historié où l'on reconnaissait le combat de l'Amour et du dieu Pan, sujet souvent répété sur les mosaïques de Lyon. De chaque côté étaient, ou devaient être, les quatre Saisons, et l'on en juge par les deux qui restent, Bacchus et Cérès, vus à mi-corps, et de grandeur naturelle.
Le troisième pavé, à trois pieds au-dessus de ce dernier, et à cinq pieds au-dessus du sol d'aujourd'hui, était aussi en mosaïque, combinée seulement avec des cubes noirs et blancs, formant des losanges et divers compartiments.
Ces trois pavés, chose fort remarquable, et que nous avons observée dans plusieurs quartiers de la ville, présentaient les mêmes traces d'incendie, c'est-à-dire une couche de charbon de trois à quatre pouces d'épaisseur, et par-dessus des débris de tuiles et de briques, ce qui, d'accord avec l'histoire, prouve clairement que Lyon, du temps des Romains, a été brûlé au moins trois fois : d'abord sous Néron, soixante ans après Jésus-Christ ; puis par Septime-Sévère ; enfin par Attila, en 443.
Le style de ces mosaïques semble se rattacher à ces époques désastreuses, bien qu'elles puissent leur être antérieures. La première, plus simple, annoncerait le commencement de cet art dans les Gaules ; la deuxième, plus historiée, indiquerait le temps où le luxe de ces peintures était en vogue ; et la troisième, plus grossière, sans variété de couleurs, conviendrait très bien au temps de la décadence de l'empire. Sur cette dernière, on a rencontré plusieurs objets intéressants, entre autres, deux bustes en marbre grec, de style romain, grands comme nature, l'un avec une longue barbe, l'autre sans barbe, tous deux d'un âge avancé. C'étaient vraisemblablement les images de deux Lyonnais qui avaient fondé quelque établissement, ou qui avaient choisi leur sépulture en cet endroit. A côté de ces portraits, on a rencontré des plaques de marbres de couleur, contre lesquelles ils avaient été adossés ; des ferrures de porte recouvertes de lames de cuivre, et plus loin, une médaille de Sévérina, femme d'Aurélien. Ce bronze nous a donné l'idée que ce lieu aurait pu commencer à être bouleversé sous cet empereur, qui vivait pendant les guerres des trente tyrans. Près de la mosaïque de l'Amour et du dieu Pan entourée des Saisons, on voyait trois réservoirs revêtus en laiton de six pieds en carré, et le long d'une muraille, un canal en pierre de choin de Fay, de dix-huit pouces de large. Tous deux recevaient les eaux d'une source voisine encore existante.


Les mosaïque autrefois utilisées pour les bains

Il paraît que ce pavé et d'autres, qui faisaient suite, appartenaient à des bains ; nous en jugeons par la mosaïque du Gourguillon, représentant Pan et l'Amour, qui, destinée au même usage, avait aussi prés d'elle un canal alimenté jadis par les eaux de la conserve des Ursulines ; nous en jugeons encore par la mosaïque de M. Michaud de Sainte-Colombe, offrant la même composition, et qui fait partie d'une salle de bains dont nous avons levé le plan.
Tout porte à croire que l'emplacement de la déserte, où l'on a trouvé, en différents temps, de riches fragments d'antiquités, renfermait les bâtiments dépendants de l'amphithéâtre naumachique, c'est-à-dire les salles de réunion pour les autorités et les députés des soixante nations, les logements des inspecteurs, les jardins publics, les thermes, etc. Ce qui fortifie cette opinion, c'est la découverte d'un aviron en bronze doré qu'un maçon a déterré dans ce local et qu'il a vendu à l'insu de son maître. Cet instrument, de trois pieds quatre pouces de long sur six pouces de large dans sa partie inférieure, a été préservé d'une destruction totale par un jeune homme passionné pour les arts, M. Carrond, à l'instant où un orfèvre allait en détacher la dorure ; mais ce qui donne beaucoup de regrets, c'est que cet aviron paraît avoir été fixé par deux tiges à une statue de fleuve ou de Neptune, qui était sans doute d'une grande richesse, et qu'on découvrirait vraisemblablement dans le même terrain, s'il était possible de reconnaître l'ouvrier qui l'a exhumé.
Quant à la peinture allégorique de l'Amour et du dieu Pan, dont nous avons parlé, ce sujet était sans doute particulièrement consacré aux pavés des thermes, dont les eaux salutaires excitent les forces et inspirent la volupté ; nous croyons que ces deux divinités athlétiques, placées dans l'enceinte d'un gymnase, représentent la nature aux prises avec un sentiment dont on ne peut se défendre.


Les mosaïques des temps modernes

Dans les temps modernes, on a aussi exécuté de très belles mosaïques connues en France sous le nom de marqueterie, et en Italie sous celui de tausia ou tarsia. L'ouvrage de rocailles peut aussi être considéré, suivant M. Millin, comme une espèce de mosaïque. Un des bosquets des jardins de Versailles est, dit cet auteur, un chef-d'œuvre de ce genre.
Mademoiselle Rosée, née à Leyde en 1632 et morte en 1682, au lieu d'employer des couleurs ou le crayon, se servait ingénieusement de soies de toutes les nuances à l'aide desquelles elle copiait le portrait, le paysage et l'architecture. Dans ses ouvrages, les traits, les couleurs, la peinture, étaient si bien imités, qu'ils faisaient illusion même de prés, et qu'on avait peine à se persuader que ce ne fût pas une véritable peinture.
Des peuples de l'Amérique ont inventé une manière de mosaïque composée de plumes d'oiseaux assemblés par filets. On a vu à Paris un homme qui faisait de ces sortes de tableaux.
M. Belloni, de Rome, d'après ce qu'on lit dans les Archives des découvertes, pendant l'année 1808, a établi à Paris une école de mosaïque exécutée par de jeunes sourds-muets. On ne se sert pas dans cet établissement de petits cubes de marbre, comme on en voit dans quelques mosaïques antiques, mais on emploie des émaux, comme en ont employé les anciens, et tels qu'on en voit dans les mosaïques gothiques du musée des monuments français.

Autres origines :