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L'origine de Mystère


Nos pères appelaient ainsi la représentation de certaines pièces de théâtre dont le sujet était tiré de la Bible, et où ils faisaient intervenir les anges, les diables, etc.


L'apparition de ces spectacles de dévotion

Il est certain que les pèlerinages introduisirent ces spectacles de dévotion. Ceux qui revenaient de la Terre-Sainte, de Sainte-Reine, du mont Saint-Michel, de Notre-Dame du Puy et d'autres lieux semblables, composaient des cantiques sur leurs voyages, auxquels ils mêlaient le récit de la vie et de la mort de Jésus-Christ, d'une manière véritablement très grossière, mais que la simplicité de ces temps-la semblait rendre pathétique.
Ils chantaient les miracles des saints, leur martyre, et certaines fables auxquelles la croyance des peuples donnait le nom de visions. Ces pèlerins allant par troupes et s'arrêtant dans les places publiques, où ils chantaient, le bourdon à la main, le chapeau et le mantelet chargés de coquilles et d'images peintes de différentes couleurs, faisaient une espèce de spectacle qui plut ; ce qui inspira à quelques bourgeois de Paris l'idée de former des fonds pour élever dans un lien convenable un théâtre où l'on représenterait ces moralités les jours de fête.


Les représentations des mystères au théâtre

L'Italie avait donné l'exemple ; on s'empressa de l'imiter. Ces sortes de spectacles parurent si beaux dans ces siècles d'ignorance, qu'on en fit les principaux ornements des réceptions des princes ; et, comme on chantait Noël, Noël, au lieu des cris de Vive le roi, on représentait dans les rues la samaritaine, le mauvais riche, la conception de la Sainte Vierge, la passion de Jésus-Christ, et plusieurs autres mystères pour les entrées des rois.
Cependant que ce n'était pas toujours les mystères de la religion qu'on représentait, mais c'était au moins la vie de quelque Saint, comme de Saint Nicolas, de Saint Christophe, de Sainte Barbe. On divisait ces pièces en plusieurs journées.
Les diables étaient les personnages ridicules et bafoués de ces sortes de farces. Ils ne laissaient pas d'y jouer quelquefois des rôles assez importants, et de s'y divertir aux dépens des hommes.


Un exemple de mystère

Voici un extrait des lettres patentes que, dans le mystère de l'Assomption, Lucifer fait expédier à Satan pour mettre obstacle au triomphe de Marie.

Lucifer, prince général
De l'horrible gouffre infernal.
Pour salutation nouvelle,
Malédiction éternelle.
Savoir faisons qu'en nostre hostel,
Où y a maint tourment cruel,
En personne sont comparus
Un grand tas de diables plus drus
Que moucherons en air volant.
Devant nous ; en constituant
Leur procureur irrévocable,
Fondé en puissance de diable,
Satan nostre conseil féal,
Lui donnant pouvoir général...
De procurer pour gens d'église,
En symonie, en convoitise,
Soient évêques ou prélats,
Curés, prêtres de tous catats,
Qui sont subjects à nostre court,
Et de procurer brief et court
Pour haultains princes terriens,
Qui se gouvernent par moyens,
D'orgueil et de présomption,
Qui ne quièrent que ambition
Pour vivre en plaisance mondaine ,
Et n'ont jamais leur bourse pleine..., etc.

C'était communément aux gens d'église que la satire s'adressait. On en peut juger par ce mystère de saint Christophe. C'est Satan qui parle à Lucifer, en lui apportant l'âme d'un prêtre :

Lucifer, veci venaison
Qui ne veult que vin et vinaigre.
Je ne sais s'elle (si elle) est de saison ;
C'est un bigard qui est bien maigre.
Je l'ai empoigné à ce vespre.
Si lui faut faire sa raison,
Puisqu'on tient, le maistre prestre ;
Car il est pire que poison..., etc.


La fin des mystères

Telle est l'origine de nos théâtres, où les acteurs, qu'on nommait confrères de la Passion, commencèrent à jouer leurs pièces dévotes en 1402 : cependant comme elles devinrent ennuyeuses à la longue, les confrères, intéressés à réveiller la curiosité du peuple, entreprirent, pour y parvenir, d'égayer les mystères sacrés, et ils mêlèrent aux sujets les plus respectables, les plaisanteries les plus basses.
Enfin le magistrat ouvrit les yeux et se crut obligé, en 1545, de proscrire sévèrement cet alliage honteux de religion et de bouffonnerie. Alors naquit la comédie profane qui, livrée à elle-même et au goût peu délicat de la nation, tomba sous Henri III dans une licences effrénée et ne prit le masque honnête qu'au commencement du siècle de Louis XIV.

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