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L'origine de Noblesse



Depuis la plus haute antiquité

La nature a fait tous les hommes égaux : elle n'a établi de distinction entre eux que celle qui résulte du mérite et de la vertu ; mais des hommes, jaloux
de s'élever au-dessus de leurs semblables, ont été ingénieux à créer des distinctions dont la noblesse est une des principales ; et ce qu'il y a de surprenant, c'est que cette prérogative, qui abaisse les uns en proportion qu'elle élève les autres, se trouve établie dès la plus haute antiquité chez la plupart des nations policées. Il est déjà parlé de noblesse dans le Deutéronome : on entendait par nobles ceux qui étaient connus et distingués du commun, et qui furent établis princes et tribuns pour gouverner le peuple juif ; l'ancienne loi attachait une sorte de noblesse aux aînés des familles et à ceux qui étaient destinés au service des autels.


La noblesse dans la Grèce antique

Thésée, qui donna chez les Grecs la première idée de la noblesse, sépara le peuple d'Athènes en deux classes, et distingua les nobles des artisans, choisissant les premiers pour être chefs de la religion, et les déclarant seuls capables d'être élus magistrats. Avant Lycurgue, on distinguait à Lacédémone deux sortes de citoyens, les grands ou nobles, et les petits ou le peuple.
Mais ce législateur, voulant bannir de sa république le luxe et la tyrannie, abolit toutes les distinctions par le partage des terres qu'il distribua en portions égales entre tous les citoyens. Alors on n'y vit plus ni nobles, ni roturiers, ni riches, ni pauvres ; tous vivaient sans aucune différence dans les habits et dans la nourriture qu'ils prenaient en commun. Le mérite personnel et les services rendus à la patrie y tenaient lieu de noblesse.
Solon, en réformant la république d'Athènes, aurait souhaité pouvoir établir une parfaite égalité entre les citoyens ; mais ayant trouvé des obstacles insurmontables, il laissa les dignités, les commandements, les charges et les honneurs, aux nobles et aux riches qui en avaient toujours été en possession. C'était du corps de la noblesse que se tiraient les archontes, les juges de l'aréopage, le sénat des cinq cents, enfin tous les grands magistrats et les généraux d'armée. Solon ne laissa au peuple que les charges lucratives et peu honorables, avec le droit de suffrage dans les assemblées.


La noblesse dans la Rome antique

La noblesse chez les Romains devait son origine à Romulus. Ce prince, dans le premier partage qu'il fit de ses sujets, régla entre eux les rangs, les honneurs et les emplois. Il forma le corps de la noblesse de personnes distinguées par leur mérite, leurs services et leurs richesses ; il leur donna le nom de pères, et en forma un sénat ou conseil public de la nation. Tout le reste de la nation s'appela peuple, plebs ; c'est de là que vint dans la suite la distinction de patriciens et de plébéiens.
Indépendamment de cette première noblesse composée des patriciens descendus des deux cents premiers sénateurs institués par Romulus, ou, selon quelques-uns, des autres cent sénateurs qui furent ajoutés par Tarquin l'ancien, il y avait encore deux degrés de noblesse attachée à la naissance : le premier se composait de ceux qu'on appelait simplement ingénus ; c'étaient ceux qui étaient nés de parents libres, et qui, eux-mêmes avaient toujours joui de la liberté ; le second se composait de ceux appelés gentiles, c'est-à-dire qui avaient gentem et familiam, qui étaient d'une ancienne famille.
Depuis que les plébéiens furent admis à la magistrature, ceux qui y étaient élevés participèrent à la noblesse qui était attachée à cet emploi, avec cette différence qu'on les appelait novi homines (hommes nouveaux), pour faire entendre qu'ils étaient nouvellement ennoblis.


La noblesse française

En France, la noblesse tire sa première origine des Gaulois, chez lesquels il y avait l'ordre des chevaliers, distingué des druides et du commun du peuple. Les Romains ayant fait la conquête des Gaules, y établirent peu à peu les règles de leur noblesse. Enfin, lorsque les Francs eurent à leur tour conquis les Gaules sur les Romains, cette nation victorieuse forma le principal corps de la noblesse en France.
On sait que les Francs venaient des Germains, chez lesquels la noblesse héréditaire était déjà établie, puisque Tacite, en son livre II des mœurs des Germains, dit que l'on choisissait les rois dans le corps de la noblesse.
Les nobles faisaient tous profession de porter les armes ; ainsi l'on ne peut douter que les Francs, qui étaient un essaim de Germains, et qui aidèrent Clovis à faire la conquête des Gaules, étaient tous nobles d'une noblesse héréditaire, et que le surnom de Francs qu'on leur donna, parce qu'ils étaient libres et exempts de toutes impositions, désigne en même temps leur noblesse, puisque cette exemption dont ils jouissaient était fondée sur leur qualité de nobles.


Les classes dans la noblesse

Il y avait donc, au commencement de la monarchie, trois sortes de nobles : les uns qui descendaient des chevaliers gaulois, qui faisaient profession de porter les armes ; d'autres qui Tenaient des magistrats Romains, lesquels joignaient l'exercice des armes à l'administration de la justice, et au gouvernement civil et des finances ; et la troisième sorte de nobles était les Francs qui faisaient tous profession des armes, étaient exempts de toutes servitudes personnelles et impositions, ce qui les fit nommer francs, à la différence du peuple qui était presque tout serf ; cette franchise fut prise pour la noblesse même ; de sorte que franc, libre ou noble, étaient ordinairement des termes synonymes.
Dans la suite, les Francs s'étant mêlés avec les Gaulois et les Romains, ne formèrent plus qu'une même nation, et tous ceux qui faisaient profession des armes étaient réputés également nobles de quelque nation qu'ils tirassent leur origine. Toute sorte de noblesse fut d'abord exprimée par la seule qualité d'écuyer, laquelle venait des Romains ; on nomma gentilhomme celui qui était noble de race, et chevalier celui qui avait été ennobli par l'accolade, ou qui était de race de chevalier.
On distingua aussi les nobles en trois classes ; savoir : les chevaliers bannerets, qui avaient droit de porter bannière, et devaient soudoyer cinquante hommes d'armes ; le bachelier était un chevalier qui, n'ayant pas assez de bien pour lever bannière, servait sous la bannière d'autrui ; l'écuyer proprement dit portait l'écu du chevalier.
La haute noblesse fut elle-même divisée en trois classes : dans la première, étaient compris les princes ; dans la seconde, les ducs, les marquis, les comtes et les barons ; dans la troisième, les simples chevaliers.


L'attribution du titre de noble

Il ne faut pas croire que le titre de noble se donna jadis a tous ceux dont nous venons de parler ; il paraît au contraire qu'il était réservé aux grands seigneurs. Les comtes de Flandre, de Champagne, de Brienne, etc., les ducs de Bretagne même ne s'intitulaient que nobles hommes, et les plus illustres princesses que nobles femmes. Pierre de Courtenay, reconnu pour prince du sang de France, est appelé seulement noble homme, monsieur Pierre de Courtenay. L'épitaphe de Duguesclin porte : noble homme, messire Bertrand du Guesclin.
Il y avait autrefois en France, quatre voies différentes pour acquérir la noblesse : la première, par la profession des armes ; la seconde, par l'investiture d'un fief ; la troisième, par l'exercice des grands offices de la couronne et de la maison du roi, et des grands offices de judicature ; la quatrième enfin, par des lettres d'ennoblissement. Mais, déjà longtemps avant la révolution, la profession des armes n'ennoblissait pas indistinctement tous ceux qui l'exerçaient ; la noblesse militaire n'était acquise que par certains grades, et après un certain temps de service ; la possession des fiefs, et même des dignités n'ennoblissait plus. Il y avait cependant encore quatre sources différentes d'où l'on pouvait tirer la noblesse ; savoir de la naissance ou ancienne extraction ; du service militaire, lorsqu'on était dans le cas de l'édit du mois de novembre 1750 ; de l'exercice de quelque office de judicature ou autre qui attribuait la noblesse ; enfin par des lettres-patentes d'ennoblissement moyennant finance, ou sans finance.


L'abolition de la noblesse

Tel était l'état des choses avant l'époque où le gouvernement républicain succéda à la monarchie : comme il était de son essence de détruire les prérogatives et les distinctions qui s'opposaient à l'égalité de droit et de fait, il dut abolir et abolit en effet toute espèce de noblesse. On ne reconnut donc plus de nobles sous le directoire et sous le consulat ; mais Napoléon Bonaparte, s'étant emparé du suprême pouvoir, sentit la nécessité d'établir, entre le peuple et le trône, un corps privilégié qui, en même temps qu'il est étranger aux intérêts du peuple, a tout à espérer des faveurs du prince. Mais il faut l'avouer, si cette nouvelle noblesse ne comptait pas toujours dans ses rangs les hommes les plus vertueux, elle était du moins composée, en grande partie, de personnages d'un mérite distingué, et d'une valeur à toute épreuve.
Après la chute de l'empereur, l'ancienne dynastie, ayant ressaisi les rênes du gouvernement, réhabilita l'ancienne noblesse qui l'avait si longtemps servie, et par une sage politique crut devoir conserver la nouvelle, composée, il est vrai, d'hommes dont les talents et le courage avaient puissamment contribué aux succès de la république et à l'illustration de l'empire, mais dont les services et la fidélité ont justifié la confiance généreuse de nos rois.

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