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L'origine de Nom propre



Les premiers noms propres chez les Hébreux

D'abord les individus n'eurent chez les Hébreux qu'un seul nom propre, qui exprimait ce que les parents désiraient à l'enfant, ou qui procédait de quelque occasion ou de quelque événement. Ainsi, Adam signifie homme de terre rouge, parce qu'il fut formé du limon de la terre ; Abel, rien ou vanité, parce qu'il n'eut point de lignée ; Seth, résurrection, car il fut choisi pour réparer la perte d'Abel ; Edom, qui veut dire sanguin et rouge, était un des noms d'Ésaü, qui était roux, etc.
On ne voit pas dans l'Écriture que les Hébreux aient connu l'usage des surnoms. En général, il n'y avait chez eux, comme de tout temps chez les Arabes, qu'un moyen pour distinguer les familles, et ce moyen consistait à exprimer à la suite de son nom de qui on était fils. On disait : Saül, fils de Cis ; David, fils d'Isaï. Si, dans la suite, comme le veulent quelques écrivains, ils en prirent jusqu'à trois, ce ne fut probablement qu'après leur commerce avec les nations étrangères, après la dispersion des tribus, et surtout lorsque la Judée devint une province romaine : encore le rabbin Abravanel remarque-t-il que cette multiplicité de noms n'avait lieu qu'en faveur de ceux qui excellaient par leurs vertus ou leurs talents, et ne date-t-il cet usage que depuis la construction du second temple.
Il paraît, par l'exemple de Zacharie, que l'on imposait aux enfants le nom de leurs pères. Aussi voulait-il que son fils portât son nom, et non pas celui de Jean. La réflexion des parents : « Il n'y a personne dans votre famille qui soit ainsi nommé », prouve qu'on prenait quelquefois le nom d'une personne de la parenté.


L'attribution des noms propre chez les Grecs

Aristote nous apprend que, chez les Grecs, le nom se donnait le septième jour de la naissance ; suivant d'autres, les noms étaient imposés le dixième jour. A Athènes, une loi donnait au père le droit d'imposer le nom à son enfant : c'était assez souvent celui du grand-père, que l'on choisissait, surtout s'il avait été illustre. On donnait au fils aîné le nom de l'aïeul paternel ; en second, celui de l'aïeul maternel, et ceux qui les suivaient portaient le nom de l'agnation et de la cognation. L'usage de porter deux noms remontait chez eux à la plus haute antiquité ; on en trouve divers exemples dans Homère, et entre autres celui du fils d'Hector, dont le nom ordinaire était Scamandrius, et que son père avait appelé Astyanax ; de Pâris, qui s'appelait Alexandre ; d'Andromaque, qui ne prit ce nom qu'après être devenue l'épouse d'Hector, etc.
Les surnoms se divisaient en surnoms proprement dits, et en sobriquets. Les premiers se liraient pour l'ordinaire d'une action mémorable, de l'éclat des victoires, de la supériorité de courage ou de lumières, de quelque avantage corporel, d'une prospérité marquée, etc. Quant aux seconds, on sent que, chez un peuple aussi spirituel et aussi railleur que l'étaient les Grecs, ils durent être extrêmement prodigués.
Lorsque deux époux croyaient avoir obtenu par leurs prières la naissance d'un fils, ils ajoutaient au nom de la divinité protectrice le mot doran, qui veut dire présent. C'est ainsi que se sont formés les noms de Théodore, Diodore, Olympiodore, etc. ; c'est-à-dire présent des dieux, de Jupiter, du dieu d'Olympie, etc. On donnait le nom de Théogène à celui qui se croyait descendre des dieux : Diogène signifie né de Jupiter. Ces noms ayant passé successivement dans les différentes classes des citoyens, offraient souvent des contrastes fort piquants avec le caractère ou l'état de ceux qui les avaient reçus dans leur enfance.


Le principe des noms propres chez les Romains

Les Romains, comme tous les autres peuples, n'eurent vraisemblablement, dans le principe, qu'un seul nom propre. Ils ne commencèrent, suivant Eutrope, à en prendre deux, qu'après leur mélange avec les Sabins ; époque où le traité de paix entre les deux nations porta que, pour ne faire qu'un même peuple, ils emprunteraient réciproquement les noms les uns des autres, que le Romain ajouterait au sien celui d'un Sabin, et le Sabin celui d'un Romain.
Quoique l'on se contentât d'abord du nom de sa famille, les Romains ne laissèrent pas, dans la suite, de porter trois noms et quelquefois quatre :

  • 1° Le nom de famille, qui s'appelait proprement le nom, nomen, était commun à tous les descendants d'une même maison, gentis, et à toutes ses branches, comme Julius. C'était probablement le nom propre du premier auteur de la maison puisque les Jules descendaient, ou prétendaient descendre d'Iulus, fils d'Énée.
  • 2° Le prénom, qui distinguait les personnes d'une même famille, prœnomen.
  • 3° Le surnom, cognomen, était pour quelques-uns un titre honorable, ou un terme significatif des vices ou des perfections propres à ceux qui les portaient.
  • 4° Le quatrième nom, quand il y en avait, s'appelait agnomen, autre espèce de surnom.

Dans le principe, c'était au moment de la naissance que les Romains donnaient à leurs enfants le nom de leur famille ; dans la suite, on imposait le nom aux enfants le jour de leur purification : c'était le huitième après leur naissance pour les filles et le neuvième pour les garçons ; mais l'empereur Antonin ordonna de nommer les enfants le troisième jour, et de faire inscrire le même jour ce nom dans les registres publics ; ordonnance renouvelée par François Ier, roi de France, en 1549.


Les noms propres chez les Français

Il est difficile de rien dire de positif sur l'origine des noms chez les Français. Les guerres entre les Romains et les Gaulois les irruptions des Francs, des Sicambres, des Goths, des Lombards et des Danois, ont nécessairement altéré l'ancien idiome ; de sorte qu'il reste bien peu de mots dont on puisse donner une interprétation qui ne prête pas à plus d'une objection.
Il paraît cependant qu'originairement les Francs n'avaient qu'un nom en langue vulgaire, propre à exprimer la charge dont on était revêtu, la vertu dont on était doué, ou la chose qu'on désirait. C'est ainsi que Marcomir signifie gouverneur d'un pays ; Pharamond, homme véritable ; Clovis et Louis, fort, valeureux ; Clotilde, bien-aimée ; Dagobert, renommé aux armes, etc.
Chez les Français d'au-delà de la Loire, du moins dans les temps voisins de leur établissement dans les Gaules, on retrouve bien l'usage de porter plusieurs noms, à la manière des Romains ; mais communément les Français d'en-deçà de la Loire n'en avaient qu'un. Charlemagne introduisit en quelque sorte la coutume d'en prendre deux, par les noms qu'il donna aux grands hommes de son temps avec lesquels il était en relation : c'est peut-être la première origine des surnoms français qui se multiplièrent sur la fin du Xe siècle, et au commencement du XIe.


Le nom des nobles

Les noms n'étaient pas toujours héréditaires pour les grands seigneurs, mais seulement attachés à leurs fiefs ; ils se confondirent ensuite avec les surnoms, dont l'usage commença vers la fin de la seconde race de nos rois de France. Lorsque la noblesse française prit les siens de ses principaux fiefs, on leur donna le nom qu'elle portait. Il y a même des écrivains qui prétendent qu'aucun nom n'était héréditaire ; il n'y avait, selon eux, que les grands seigneurs qui ajoutassent à leur nom de baptême celui de leur terre et de leur apanage, ce qui insensiblement est devenu le nom de famille ; en sorte que les cadets, qui prenaient le nom de la terre qu'on leur donnait pour apanage, sont devenus insensiblement chefs de différentes maisons, et ont oublié la tige dont ils étaient sortis.
Si l'on en croit d'anciens historiens, tels qu'André Duchesne et Pierre Matthieu, les familles nobles n'avaient aucun surnom avant les rois Hugues-Capet et Robert, son fils (en 987 et 997), et ce fut de leur temps qu'elles commencèrent à les prendre des terres principales qui étaient en leur possession ; mais cet usage ne fut ni constant ni régulier. Aussi ces mêmes historiens remarquent-ils que les plus grandes familles de l'Europe ont oublié leurs premiers noms ou surnoms, pour continuer ceux qui étaient attachés à leurs partages, apanages et successions.
« Ce ne fut guère, dit Mézeray, que vers la fin du règne de Philippe-Auguste, que les familles commencèrent à avoir des noms fixes et héréditaires. Les seigneurs et gentilshommes les prirent le plus souvent de leurs terres, et les gens de lettres du lieu de leur naissance. Les Juifs convertis en firent autant, et les riches négociants empruntèrent les leurs des villes où ils faisaient leur résidence. »


Le nom des roturier

Quant aux roturiers, leurs noms, dans l'origine, paraissent avoir été tirés, les uns de la couleur, les autres des défauts du corps ; ceux-là des habits, ceux-ci de l'âge, de la profession ou de l'office ; quelques-uns des meubles, des instruments, des degrés de consanguinité, des mois et des jours de la semaine ; d'autres, enfin, de leurs bonnes ou mauvaises qualités. Voilà pourquoi nous retrouvons dans la roture les noms suivants : le Bel, le Bègue, Prud'homme, Sauvage, Ménager, Petit, Têtu, le Doux, le Prieur, le Moine, Châtelain, Vavasseur, Champion, Prévôt, le Riche, le Fèvre, le Charpentier, le Brun, le Blanc, l'Ami, le Gendre, le Normand, Lombard, Martel, Lachaise, Chaudron, Panier, Mortier, Béguin, l'Enfant, le Jeune, le Vieux, Neveu, Cousin, Beaufils, Filleul, Janvier, Février, Jeudi, etc.
Plusieurs noms ont été dus aux événements, tel qu'Apelvoisin, Crèvecœur, Eveillechien, etc.
Un grand nombre est provenu de l'agriculture, tel que Rosier, des Noyers, de l'Orme, du Fresne, Buisson, Hautefeuille ; sans parler des bourgeois qui, possesseurs d'un petit quartier de terre, ont quitté leur nom de famille, pour prendre ceux de la Saussaye, de Ducoudray, de la Haye, etc ; vanité que Molière a ridiculisée dans ces vers de l'Ecole des femmes :

Quel abat de quitter le vrai nom de ses pères.
Pour en vouloir prendre un bâti fur des chimères !
De la plupart des gens c'est la démangeaison ;
Et, sans vous embrasser dans la comparaison,
Je sais un paysan qu'on appelait Gros-Pierre,
Qui, n'avant pour tout bien qu'un seul quartier de terre,
Y fit tout à l'entour faire un fossé bourbeux,
Et de monsieur de l'Isle en prit le nom pompeux.


Après le Xe siècle

Dans les titres au-dessus de l'an 1000, on ne trouve guère les personnes désignées autrement que par leur nom propre ou de baptême ; c'est de là peut-être que les prélats ont retenu l'usage de ne signer que leur nom propre avec celui de leur évêché, parce que, durant les siècles précédents on ne voyait point d'autres souscriptions dans les conciles.
Dans les actes publics, pour mieux désigner une personne, on écrirait au-dessus de son nom, en interligne, le sobriquet qu'elle portait, et là se trouve l'étymologie du mot surnom.

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