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L'origine de Palinod



Une solennité du XVe siècle

Dès l'année 1072, il existait à Rouen une association ou sodalitê érigée sous les auspices de la sainte Vierge, et formée par Jean de Bayeux, transféré de l'évêché d'Avranches sur ce siège archiépiscopal. Les membres de cette association ne s'occupèrent d'abord que d'exercices de dévotion. Mais aussitôt que les lettres commencèrent en France à se dégager des nuages de la barbarie, cette confrérie devint une société mixte, c'est-à-dire qu'elle fut en même temps association religieuse et compagnie littéraire.
En 1486, Daré de Châteauroux, lieutenant-général du bailliage de Rouen, élu prince ou chef de la société, ouvrit une carrière où les meilleurs esprits du temps se disputèrent le prix offert à leur émulation. La lice où se livraient ces combats littéraires fut désignée par le nom de Puy, alors en usage, et pour le distinguer des autres Puys (comme Puys d'amour, etc.), si connus dans les fastes de l'ancienne poésie française, on y ajouta le nom de Palinod, mot dérivé du grec, qui signifie refrain, parce que toutes les pièces offertes au concours devaient finir par un refrain en l'honneur de la Vierge.
« Palinodia, dit Bourgueville (Antiquités de Caen), signifie un chant contraire à un autre. Or, comme certains hérétiques et surtout les protestants de ce temps ont écrit et chanté que la Vierge était tachée du péché originel, on compose à sa louange d'autres chants contraires pour soutenir que sa conception est immaculée ; et voilà ce que c'est que palinod. Le prince du Puy est celui qui y tient le premier lieu, et reçoit les chants ou écrits que l'on présente au puy, dit podium, à pedum positione, qui signifie un lieu haut élevé, comme un théâtre élevé pour une victoire gagnée. »


L'évolution du palinod

Dans la suite, plusieurs prix de poésie furent ajoutés à celui qu'avait proposé le premier fondateur. Dans des temps postérieurs, on ajouta des encouragements pour l'éloquence. Enfin on cessa de proposer au concours les ballades et chants royaux, genre de poésie devenu suranné. On leur substitua l'idylle, l'ode, le poème héroïque. Le temps abolit aussi les dénominations de Puy et de Palinod, et ces mots, devenus peu intelligibles, furent remplacés par le terme clair et précis d'académie.
Un changement notable s'introduisit aussi dans la composition même des morceaux admis au concours. Les premiers juges de l'académie avaient resserré les auteurs dans des bornes étroites ; ils assignaient pour refrain le premier ou le dernier vers du chant royal de la ballade ou du rondeau. Il fallait se traîner les uns après les autres autour du cercle d'une allégorie ou allusion fixe et déterminée. Ces entraves bizarres furent supprimées, et un goût plus sain se contenta d'exiger une prière, un hommage offert à la patronne de l'académie. Cette compagnie religieuse, qui donnait aussi des prix de poésie latine, subsistait encore sous le titre de l'Immaculée conception, en 1784. Le prince de cette académie était à cette époque M. le duc d'Harcourt, gouverneur de Normandie, qui mourut la même année.


Le palinod de Caen

A l'exemple de Rouen, un palinod s'établit aussi à Caen, en l'an 1527. Ce fut un avocat célèbre, nommé M. Jean Lemercier, sieur de Saint-Germain, qui en fut le fondateur et le premier prince. Cette solennité avait lieu le jour de la Conception de Notre-Dame, que l'université de Caen avait célébrée de tout temps avec grande solennité, comme fête des Normands.

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