Accueil > Les origines commençant par P > L'origine de philosophie

L'origine de Philosophie


La première idée qui se présente, lorsque l'on commence à parler de la philosophie, c'est le peu d'accord que l'on trouve entre les idées de ceux qui ont traité de cette science, c'est l'infinie diversité des définitions qu'ils en ont données : cela seul prouve que son objet a toujours été vague et mal déterminé. En effet, écoutez les anciens : La philosophie est la science des choses divines et humaines.


Une science universelle

Les hommes, au lieu d'étudier l'univers dans ses détails, ont commencé par vouloir l'embrasser dans son ensemble. Ceux qu'on appelait sages ont commencé par s'occuper de tout ; ainsi dans l'Inde, dans la Perse, dans l'Egypte, les mages, les brames, les gymnosophistes, les hiérophantes, loin de se borner à un objet spécial, embrassaient l'universalité des connaissances.
Dans la Grèce, patrie du mot philosophie, il en fut de même. Il y eut une science de tout ce qu'on pouvait connaître, qui s'occupaient de tout ; jusqu'à ce que l'un d'eux, Pythagore, dit-on, trouvant ce nom trop ambitieux, prit le nom d'ami de la sagesse, d'où la science fut appelée philosophie. Elle embrassa d'abord le visible et l'invisible, ce que l'homme peut connaître et ce qu'il ne peut qu'ignorer. Elle a été la science universelle, et c'est pour cela qu'on ne s'est jamais accordé sur la nature et l'unité de son objet. Ainsi chaque philosophe a traité séparément des grands problèmes dont elle s'occupe, de Dieu, de l'homme, du temps, de l'espace, etc... Il en a été de même, dans l'antiquité, pour les sciences naturelles : on étudia d'abord le monde physique dans sa totalité, avant de faire de chacune de ses parties l'objet d'une science particulière. Un seul homme eut le bon sens de se livrer à l'observation d'un objet séparé ; c'est par là qu'Hippocrate a créé la science de la médecine, et nous a transmis des connaissances positives.
Il faut procéder d'une manière analogue dans les sciences philosophiques, c'est-à-dire prendre séparément chacun des objets dont elle s'occupe pour en faire la science. Or l'homme étant ce qu'il y a de plus intéressant à ses propres yeux, de bons esprits ont été conduits peu à peu à concentrer la philosophie sur la science de l'homme ; et, comme ils voyaient l'homme dans son âme ou son intelligence plutôt que dans son corps, ils ont donné à cette science nouvelle un nom particulier, celui de psychologie.


Les grandes périodes de la philosophie

L'histoire de la philosophie peut se partager en cinq périodes, correspondantes à ses révolutions principales. La première comprend depuis l'origine de la philosophie jusqu'à Socrate ; la seconde, depuis Socrate jusqu'à la translation de la philosophie grecque en Egypte et à Rome ; la troisième période s'étend de l'école d'Alexandrie à la chute de l'empire d'Occident ; la quatrième, depuis la chute de l'empire d'Occident jusqu'à la renaissance des lettres ; enfin la cinquième période comprend depuis la renaissance des lettres jusqu'à la fin du dix-huitième siècle.
C'est un imposant spectacle que la tradition de ces antiques doctrines, transmises par la haute Asie à la Perse et à l'Egypte, d'où elles viennent éclairer la Grèce et l'Occident, s'allier au christianisme, fleurir avec lui, puis se perdre au moyen âge dans les champs arides de la scolastique, jusqu'à ce que l'esprit humain, réveillé d'un long sommeil, secoue enfin le joug de l'autorité, et rallume le flambeau des sciences, qui ne cesseront plus d'éclairer le monde. Nous allons parcourir rapidement chacune de ces époques, et retracer les traits principaux du vaste tableau qu'elles présentent, en caractérisant les écoles célèbres qui se sont élevées tour à tour.


L'école ionique

Les traditions de l'Asie, de l'Egypte et de la Phénicie ouvrent le premier âge : bientôt les spéculations philosophiques commencent à fleurir dans l'Ionie, la Thrace, et cette partie de l'Italie qui fut appelée la grande Grèce. L'école ionique, fondée par Thalès, et renouvelée ensuite par Anaxagore, presque bornée à l'observation des phénomènes extérieurs, qu'elle voulut trop tôt expliquer, n'a légué aux âges suivants que des essais incertains et une ébauche imparfaite des sciences naturelles. Quant à la Thrace et aux doctrines théologiques d'Orphée, elles ne furent jamais bien connues des Grecs, et ce ne fut qu'à une époque postérieure que des philosophes érudits s'efforcèrent de les ressusciter, comme auxiliaires du paganisme en décadence. Pythagore est le seul de cette époque dont la doctrine, environnée d'éclat et de célébrité pendant sa vie, ait exercé une grande influence sur les âges suivants. Chef de la secte ionique, on peut le regarder aussi comme le père de la philosophie grecque.
De là sortirent l'école d'Élée, qui se partage en deux branches : les éléatiques physiciens et les éléatiques métaphysiciens ; et l'école d'Héraclite. A leur suite, une sorte de scepticisme prend déjà naissance. Les sophistes, abusant des prérogatives de la raison, la décréditent aux yeux des hommes, ou commencent à contester ses droits.


L'école de Socrate

Socrate parait, et, au milieu du débordement des sectes et de leurs opinions contradictoires, il donne à la philosophie grecque un nouveau caractère, il la ramène à l'étude de l'homme lui-même. Sans former d'école proprement dite, il enseigne à ses disciples à interroger leur propre conscience. Athènes devient le foyer des discussions philosophiques, et dans cette droite enceinte s'agitent toutes les questions qui ont exercé les méditations des plus puissants génies.
De l'école de Socrate sortent bientôt les cinq écoles qui contiennent en elles les divers caractères de toute philosophie possible, savoir, l'école platonicienne, l'école péripatéticienne, celle d'Épicure, le stoïcisme et le scepticisme. En effet, en observant avec attention la nature et les facultés de l'esprit humain, on reconnaîtra facilement qu'il n'y a en philosophie que cinq opinions possibles et essentiellement différentes, entre lesquelles il nous faut opter. Ou il faut nier que l'observation puisse apercevoir, et que l'esprit puisse concevoir autre chose que de vaines apparences sans réalité, et c'est le scepticisme ; ou l'on admet une réalité, mais seulement dans les objets extérieurs, et l'on prend le monde physique pour l'univers entier, ce qui est l'opinion d'Épicure ; ou, absorbé dans la contemplation du moi et dans la conscience de la personnalité humaine, l'esprit descend si profondément en lui-même, qu'il ne peut plus rentrer dans le monde extérieur, il nie tout le reste ou le dédaigne ; c'est la doctrine stoïcienne ; ou, comme a fait Aristote, on comprend à la fois la double existence de l'esprit humain et de la nature extérieure, on reconnaît les lois de l'un et de l'autre, et l'on s'abstient de franchir ces limites ; ou enfin, comme Platon, non content d'embrasser l'univers et toutes ses parties, on s'élève à quelque chose de supérieur, à l'unité cachée, à cette cause éternelle, à cette substance universelle qui contient dans son vaste sein et qui anime cet univers, qu'on appelle le monde spirituel et le monde matériel. Telles sont les doctrines opposées dont la lutte et les progrès continuels remplissent le second âge de la philosophie grecque, jusqu'à ce qu'une nouvelle secte s'élève, qui, rapprochant et comparant toutes les doctrines des diverses écoles, travaille à les réunir dans une seule école, dans une seule doctrine.


L'éclectisme d'Alexandrie

Telle fut la tâche que se proposa la troisième époque, ou l'éclectisme d'Alexandrie. Ici nous devons mentionner, en passant, les tentatives faites pour transplanter à Rome les éludes philosophiques. L'académie renaît par les soins de Lucullus, Varron, Cicéron ; le lycée par Cratippe, Andronicus ; Épicure revit dans Lucrèce ; le stoïcisme surtout, introduit par Panétius, conserve une grande autorité, et inspire une mort courageuse à quelques âmes énergiques, jalouses d'échapper à la dégradation générale, après la ruine de la liberté. Toutefois, dans la pratique, la plus grande faveur fut pour l'épicurisme, qui s'accommodait le mieux avec les jouissances grossières des maîtres et l'insouciance des esclaves.
Mais ce fut en Egypte que la nouvelle philosophie établit son siège ; ce fut dans cette ville d'Alexandrie, placée entre l'Asie, l'Afrique et l'Europe, comme une patrie commune ouverte à toutes les langues, à toutes les religions, à toutes les doctrines, et aux hommes distingués de tous les pays, Ce qui caractérise l'école d'Alexandrie, ce sont les efforts qu'elle fit pour concilier et ramener à l'unité les doctrines de Pythagore, de Platon, d'Aristote et de Zénon. Dans cette carrière se distinguent Potamon, Ammonius-Saccas, Platon, Porphyre, Jamblique, Proclus.
Dans le même temps, quelques esprits moins enthousiastes exercent la critique sur ces nombreux systèmes : Anésidémus, Sextus Empiricus, reproduisent le scepticisme, en lui donnant une nouvelle forme et une nouvelle énergie. D'un autre côté, les pères de l'Église chrétienne, initiés aux discussions des sectes d'Alexandrie, les mêlent quelquefois aux dogmes religieux, tandis que les docteurs juifs commentent le Talmud, et le plient aux interprétations les plus diverses.


Une période ténébreuse

Bientôt commence une longue période de ténèbres et de barbarie. Cependant l'esprit humain n'était pas plongé partout dans un sommeil complet ; mais son activité s'épuisait sur de vaines controverses et de frivoles subtilités. Trois nations conservent encore quelques débris de l'antique édifice des sciences : les Arabes, au temps de leur gloire et de leur puissance ; l'empire grec, dans sa décadence continuelle, et les Latins d'Occident. C'est au XIe siècle que la philosophie scolastique commence à se développer; elle s'appuie sur les Arabes et sur Aristote défiguré : la fameuse controverse des réalistes et des nominaux ne tarde pas à partager les esprits.


La révolution intellectuelle

La cinquième période commence an milieu du XVe siècle. Des érudits infatigables ressuscitent les doctrines de l'antiquité : l'arrivée des Grecs fugitifs de Constantinople donne l'impulsion à leurs recherches. En même temps des esprits hardis et originaux s'essaient à penser d'après eux-mêmes. Enfin un vaste génie, frappé du vide des hypothèses qui avaient régné jusqu'alors, conçut la nécessité de porter la réforme dans les études philosophiques. Bacon découvrit la méthode expérimentale et en traça les lois : mais elle ne pouvait être parfaitement comprise que quand les découvertes des sciences physiques en auraient démontré les avantages.
Descartes vint, et, secouant le joug qui pesait encore sur les esprits, il aborda toutes les questions et sonda tous les problèmes avec une indépendance inconnue jusqu'alors. De lui date la révolution intellectuelle. Locke, plus circonspect, donna l'exemple d'un nouvel ordre de recherches, en traçant l'histoire de l'entendement humain. Leibnitz s'illustra par l'étendue de l'esprit et l'universalité du savoir.


La philosophie au XVIIIe siècle

Le XVIIIe siècle, riche des travaux antérieurs, vit s'élever trois grandes écoles. Les ouvrages de Locke obtinrent une grande influence. Berkeley, poussant sa doctrine jusqu'aux dernières conséquences, arriva à l'idéalisme. Hume s'empara des mêmes principes, et ouvrit une nouvelle carrière au scepticisme.
Mais ce fut en France que la philosophie de Locke eut les plus brillantes destinées. Condillac simplifia les idées du maître, et fonda le système de la sensation, à laquelle il rapporte toutes les idées et toutes les facultés humaines. Cette philosophie a régné longtemps sans partage parmi nous. Cependant l'école écossaise, pour remplir les lacunes qu'elle découvrait dans la théorie de Locke, cherchait dans la nature même de l'esprit humain les lois qui doivent le régir. Se bornant à l'observation des faits, son caractère essentiel est son alliance avec le sens commun : ses plus habiles interprètes furent Reid et Dugald-Stewart. M. Royer-Collard, le premier en France, opposa la doctrine écossaise aux opinions de Condillac ; et le discours d'ouverture de la troisième année de son cours à la faculté des lettres contient le résumé le plus substantiel et le plus complet de cette doctrine.
Enfin l'Allemagne s'illustra aussi par ses travaux philosophiques, à la lin du XVIIIe siècle. Kant essaya de renouveler les sciences métaphysiques et de les poser sur des bases plus profondes ; il interrogea notre nature et nos facultés sur ce qu'il est donné à l'homme de comprendre, et il fonda le criticisme, qui a enfanté en Allemagne d'innombrables écoles. Cette philosophie a été importée chez nous par les ouvrages de M. de Villers, et par les leçons publiques de M. Cousin, dans la chaire où il remplaça M. Royer-Collard.

Autres origines :