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L'origine de Pierre



L'opération de la pierre

L'extraction de la pierre hors de la vessie était une opération déjà connue du temps d'Hippocrate.
Au mois de janvier 1474, les médecins et les chirurgiens de Paris représentèrent à Louis XI que plusieurs personnes de considération étaient travaillées de la pierre, colique, passion et mal de côté ; qu'il serait très utile d'examiner l'endroit où s'engendraient ces maladies ; qu'on ne pouvait mieux s'éclaircir qu'en opérant sur un homme vivant ; qu'ainsi ils demandaient qu'on leur livrât un franc-archer qui venait d'être condamné à être pendu pour vol, et qui avait été souvent fort molesté desdits maux. On leur accorda l'objet de leur demande, et cette opération, qui est la première qu'on ait faite en France pour la pierre, se fit publiquement dans le cimetière de l'église de Saint-Séverin. « Après qu'on eut examiné et travaillé, ajoute la chronique, on remit les entrailles dedans le corps dudit franc-archer, qui fut recousu, et, par l'ordonnance du roi, très bien pansé, et tellement qu'en quinze jours, il fut guéri et eut rémission de ses crimes sans dépens, et il lui fut même donné de l'argent. »


Les pierres à feu

Ce fut vers le commencement du XVIe siècle que l'arquebuse à rouet fut inventée. On faisait usage, pour produire les étincelles, d'une pyrite martiale qu'on appelait pierre de mine brute ou pierre d'arquebusade. C'est la pierre à feu des anciens. En 1680 on substitua au mécanisme du rouet la platine, dont on arma le chien d'un silex pyromaque ; alors l'arquebuse prit le nom de fusil, de celui de la pierre à feu (focile en italien).
Les ouvriers qui taillaient ces pierres étaient aussi ceux qui exploitaient les carrières de silex. Cette exploitation donnait généralement lieu à de graves inconvénients. Les ouvriers aspiraient continuellement une poussière siliceuse, laquelle se fixe sur les poumons et détermine la pulmonie, dont ils périssaient de vingt-cinq à quarante ans.
Une pierre à fusil pour les armes françaises a cinq parties : la mèche se termine en biseau presque tranchant ; les flancs ou bords latéraux sont presque toujours irréguliers ; le talon est opposé à la mèche et a toute l'épaisseur de la pierre ; le dessous est uni et un peu convexe ; l'assise ou la face supérieure est la partie entre la mèche et le talon, elle est légèrement concave.
On a l'attention de tenir les pierres à feu dans des lieux frais et fermés afin qu'elles ne s'altèrent point, leur transparence paraissant due à l'eau radicale qu'elles contiennent.
En battant ces pierres avec un marteau d'acier, on détache de petites particules d'acier, qui se fondent en globules par collision. C'est ce que l'on voit évidemment en faisant l'expérience sur une feuille de papier blanc, et en regardant avec le microscope ce qui y tombe. Hook, fameux mathématicien anglais, né en 1635, est le premier qui ait fait cette expérience.


Les pierres de l'air (ou aérolithes)

De toute antiquité on a vu, à diverses époques et de différentes parties du globe, tomber du haut des airs des corps solides, composés de plusieurs substances minérales. Ces masses pyriteuses ont leur surface extérieure noire, comme si le feu l'avait brûlée. L'intérieur est d'un blanc jaunâtre et la forme inégale. La pesanteur spécifique est à peu près la même dans toutes, et peut être évaluée à 3,591, celle de l'eau étant prise pour l'unité. Soumises
à l'analyse chimique, elles ont toujours donné les mêmes substances presque dans les mêmes proportions, ce qui dénote suffisamment une origine commune. Elles sont composées de silice, de magnésie, de soufre, de fer à l'état métallique, de nickel, et de quelques parcelles de chrome. Leur origine doit être étrangère à notre globe, car le fer ne se rencontre jamais à l'état métallique dans les corps terrestres ; il est oxydé dans les productions volcaniques ; le nickel et le chrome, métaux très rares, ne se trouvent pas non plus sur la surface de la terre.
Ces pierres sont produites par des météores que l'on nomme bolides ou globes de feu. Ce sont en effet des globes enflammés qui paraissent tout-à-coup dans l'atmosphère, et qui s'y meuvent avec une grande rapidité dans une direction toujours inclinée à l'horizon. Après avoir jeté quelques instants la plus vive lumière, ils éclatent avec grand bruit, à des hauteurs considérables, et tombent en morceaux sur la terre.
Les physiciens ne sont point d'accord sur l'origine des aérolithes. L'auteur de la Mécanique céleste a pensé qu'ils pouvaient être lancés par les volcans lunaires. M. Poisson a calculé qu'il ne fallait pour cela qu'une force de projection quadruple de celle d'un boulet de calibre lancé avec douze livres de poudre. Cette hypothèse paraît d'autant plus admissible que nos volcans terrestres ont une force de projection beaucoup plus considérable : et en donnant ainsi aux aérolithes une origine commune, elle explique l'identité de composition.
D'autres physiciens croient que ce sont de petites planètes ou fragments de planètes qui, se trouvant engagées dans l'atmosphère de notre globe, s'y enflamment par le frottement, perdent peu à peu de leur vitesse, et tombent enfin sur la terre. Mais cette idée, qui s'accorde assez avec la découverte des quatre dernières planètes, n'explique pas l'identité de composition. L'opinion de M. de Laplace sur ces corps nous paraît donc mieux fondée.


La pierre-ponce

Produit volcanique. Les anciens se servaient de la pierre-ponce pour polir les feuilles de parchemin ou de papyrus sur lesquelles ils écrivaient ; ils se servaient aussi de la pierre-ponce pour se dépiler surtout les jambes et les cuisses.


La pierre philosophale

C'est le nom qu'on a donné à une certaine poudre à la recherche de laquelle les alchimistes ont travaillé durant de nombreuses d'années. Elle est appelée pierre, parce qu'elle se vitrifie et est susceptible de former une masse ; elle est appelée philosophale, parce qu'elle est l'objet des recherches des philosophes ou chimistes.
La difficulté ou plutôt l'impossibilité de découvrir cette prétendue poudre ou pierre philosophale a fait naître des expressions proverbiales, comme chercher la pierre philosophale, trouver la pierre philosophale, pour dire chercher une chose dont la découverte est très difficile ou impossible, trouver une chose qui paraissait introuvable.


Les pierres précieuses

Les vraies pierres précieuses sont le dimant, le rubis, le saphir, la topaze, l'émeraude, la chrysolithe, l'améthyste, l'hyacinthe, le péridot, le grenat, le béryl ou aigue-marine.
On ne peut douter que la découverte des pierres précieuses ne remonte à la plus haute antiquité. Les anciens avaient l'art de les polir, de les monter ; ils connaissaient même l'art de les graver. Bientôt ils en enrichirent leurs vêtements, pour en relever la magnificence ; les dames les firent passer dans leurs coiffures ; les bracelets, les agrafes, les ceintures, les bords des robes en furent parsemés. Des Orientaux cette mode passa chez les Grecs et chez les Romains ; l'empereur Héliogabale porta cet excès si loin, qu'il faisait mettre sur sa chaussure des pierres gravées d'un prix inestimable, et qu'il ne voulait plus revoir celles qui lui avaient une fois servi. Chez les Romains, le diamant (adamas), à cause de son éclat, de sa dureté et de sa transparence, tenait le premier rang. Il est peu certain qu'ils aient su le tailler et même le polir ; du moins cet art s'est perdu, et ne fut retrouvé qu'en l'an 1746, par Louis Berguen, de Brixen.
Le saphir, dont la belle couleur est bleu céleste, était estimé presque à l'égal du diamant. Celui où se trouvent des points d'or s'appelait chrysoprase.


Les pierres précieuses factices

L'extrême rareté des pierres précieuses, et le vif empressement avec lequel on les recherchait dans l'antiquité ne permettant qu'aux personnes riches d'en avoir, l'art, rival de la nature, toujours industrieux dans ses moyens, trouva le secret d'imiter l'éclat des pierres précieuses, au point d'en imposer à l'œil, et de ne pouvoir être distingué des véritables que par le tact et l'expérience des connaisseurs.
On employa le verre, on le travailla, on lui allia divers métaux, et, en le faisant passer par divers degrés de feu, il n'y eut presque aucune pierre précieuse dont on ne lui fît prendre la couleur et la forme. On a retrouvé ce secret dans le XVe siècle, et on est parvenu à faire de ces compositions ou pierres factices que quelques uns appellent pâtes. Leurs couleurs sont dues à des oxydes métalliques : c'est de leur préparation que dépend leur vivacité.


La pierre gravée

L'origine de cet art, dont l'histoire a suivi les différentes époques de la sculpture, ses commencements, ses progrès et sa décadence, se perd dans la nuit des temps ; nous en trouvons les traces les plus anciennes dans l'histoire sacrée, dans le urim et thummim du souverain pontife, et les deux onyx de sa tunique où l'on avait gravé les noms des douze tribus. Les Israélites apprirent sans doute cet art des Égyptiens, dont il était déjà connu ; il ne fut point non plus étranger chez les Éthiopiens, les Perses, et les autres peuples de l'Asie, car nous possédons encore aujourd'hui plusieurs gemmes persanes. Les Étrusques sont plus célèbres à cet égard ; mais ils n'arrivèrent jamais jusqu'à la perfection des Grecs. Cet art naquit probablement chez ce dernier peuple en même temps que la sculpture. Pline cite l'anneau qui servait de cachet à Polycrate, roi de Samos, comme la gemme la plus ancienne et la plus remarquable de l'antiquité. C'était une émeraude sur laquelle était gravée une lyre. Le travail de cette pierre est attribué à Théodore de Samos, qui vivait vers le milieu du XXXVe siècle depuis la création du monde. Cet art, alors très imparfait, fut porté au plus haut degré de perfection sous le règne d'Alexandre-le-Grand, qui permit au seul Pyrgotelès de graver sa figure, comme Apelle eut la faculté de le peindre et Lysippe celle de faire sa statue. Les Romains transportèrent cet art chez eux lorsqu'ils firent la conquête de la Grèce, mais ils n'y excellèrent point.
La manière mécanique dont les anciens traitaient cet art ne nous est point connue ; sans doute que leurs procédés durent se rapprocher beaucoup de ceux employés par les modernes ; mais les gemmes antiques n'ont point été égalées, sous le rapport de la pureté, de la profondeur, de la liberté des contours et du poli. Ces ouvrages se distinguent généralement par l'élégance du dessin et ce haut degré de délicatesse et de fini. Parmi les principales gemmes antiques qui se sont conservées on distingue le cachet de Michel-Ange ; l'éducation de Bacchus, et une très belle tête de Méduse sur une calcédoine ; Bacchus et Ariane sur un jaspe rouge ; et enfin des têtes de Mécène, d'Auguste, de Diomède et d'Hercule, toutes avec le nom de Dioscoride.
Les anciens ont connu, aussi l'art de faire des pierres gravées factices ; mais cet art fut perdu pendant très longtemps. Homberg, de l'Académie des sciences, l'a retrouvé, et en a donné le procédé en 1712.

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