Accueil > Les origines commençant par P > L'origine de poésie

L'origine de Poésie


Il serait difficile d'assigner un commencement à un art qui a dû naître sitôt que le feu de l'imagination a enflammé l'âme des mortels, sitôt que le pouvoir de l'harmonie s'est fait sentir à leur oreille. « La poésie, dit Laharpe, se partagea d'abord en deux genres, suivant le caractère des auteurs : l'héroïque, qui était consacré à la louange des dieux et des héros ; et le satirique, qui peignait les hommes méchants et vicieux. Dans la suite Vépopée, menant du récit à l'action, produisit la tragédie, et la satire par le même moyen fit naître la comédie. »


La poésie dans l'antiquité

Quelle que soit l'origine de cet art divin, les poètes ont peint avec les plus vives couleurs les services qu'il dut rendre à l'espèce humaine, et les merveilles qu'il enfanta dans son principe.

Avant que la raison, s'expliquant par la voix,
Eût instruit les humains, eût enseigné des lois,
Tous les hommes suivaient la grossière nature,
Dispersés dans les bois couraient à la pâture ;
La force tenait lieu de droit et d'équité ;
Le meurtre s'exerçait avec impunité.
Mais du discours enfin l'harmonieuse adresse
De ces sauvages mœurs adoucit la rudesse,
Rassembla les humains dans les forêts épars,
Enferma les cités de murs et de remparts.
De l'aspect du supplice effraya l'insolence,
Et sous l'appui des lois mit la faible innocence.
Cet ordre fut, dit-on, le fruit des premiers vers.
De là sont nés ces bruits reçus dans l'univers,
Qu'aux accents dont Orphée emplit les monts de Thrace
Les tigres amollis dépouillaient leur audace :
Qu'aux accords d'Amphion les pierres se mouvaient,
Et sur les murs thébains en ordre s'élevaient.
L'harmonie en naissant produisit ces miracles.

(Boileau, Art poétique)

Avant que les hommes pussent transmettre à la postérité les événements remarquables de leur temps, en les rédigeant en corps d'histoire, ils en composaient des espèces de poèmes lyriques qu'ils chantaient à leurs enfants, afin de leur faire aimer la gloire de leur patrie, et de les attacher à elle par une espèce d'orgueil national ; c'était aussi par des chants poétiques qu'ils imploraient la Divinité ou la remerciaient de sa munificence.
Les premiers monuments de l'histoire hébraïque sont des cantiques sacrés ; les poèmes d'Homère nous ont fait connaître les commencements de la Grèce, et le barde Ossian a été le premier historien des Écossais. Les Gaulois ont eu aussi leurs bardes, qui chantaient au milieu des armées et dans les festins : ces poètes subsistèrent jusque sous nos premiers rois ; mais la poésie proprement dite ne jeta quelques lueurs que sous Charlemagne ; puis il n'en fut plus question jusqu'au commencement du XIIe siècle, que les troubadours et les trouverres lui rendirent la vie en allant chanter de tous côtés les belles et les héros.


L'émergence de la poésie en France

Il est probable que la poésie ne commença à être cultivée par les Français, du moins dans la langue vulgaire qu'on parlait alors en France, que vers le temps de Louis VII et de Philippe-Auguste son fils. Pierre Abailard, dit Moréri, fut un des premiers qui mit en rimes ses amours avec Héloïse ; la traduction de la vie d'Alexandre, du latin en français, fut ensuite commencée par Lambert Licors, et achevée par Alexandre de Paris ; le Roman de la Rose parut après. Sous le règne de Charles V on vit paraître les chants royaux, les ballades, les rondeaux, les pastorales et les virelais. Déjà Thibault, comte de Champagne, né en 1201, avait introduit dans notre poésie les vers féminins, quoique ce ne fut que longtemps après que l'on connut l'art de les entremêler et de les alterner : et Villon, du temps de Louis XI, donna aux vers français un tour plus aisé et plus naturel. Sous Louis XII, Saint-Gelais traduisit l'Odyssée d'Homère, l'Enéide de Virgile et les Épîtres d'Ovide. Cependant, il faut l'avouer, si nous sommes quelquefois charmés par un ton de naïveté, par une bonhomie, s'il m'est permis de parler ainsi, qui distingue les essais de nos premiers poètes, nous sommes souvent rebutés par la rudesse des sons, par les inversions forcées, par les enjambements, par les hiatus, en un mot par le défaut de coloris qui défigurait les productions d'hommes qui n'avaient aucune règle fixe et qui écrivaient dans une langue si imparfaite encore.

Durant les premiers ans du Parnasse françois,
Le caprice tout seul faisait toutes les lois,
La rime, au bout des mots assemblés sans mesure,
Tenait lieu d'ornements, de nombre et de césure.
Villon sut le premier, dans ces siècles grossiers,
Débrouiller l'art confus de nos vieux romanciers.
Marot bientôt après fît fleurir les ballades,
Tourna des triolets, rima des mascarades.
A des refrains réglés asservît les rondeaux,
Et montra pour rimer des chemins tout nouveaux.
Ronsard, qui le suivît, par une autre méthode,
Réglant tout, brouilla tout, fit un art à sa mode,
Et toutefois longtemps eut un heureux destin.
Mais sa muse, en français parlant grec et latin,
Vit dans l'âge suivant, par un retour grotesque,
Tomber de ses grands mots le faste pédantesque.
Ce poète orgueilleux, trébuché de si haut,
Rendit plus retenus Desportes et Bertaut.

(Boileau, Art poétique)

Sous le règne de François 1er, notre poésie prit une forme à la fois plus régulière et plus gracieuse ; on lit toujours avec plaisir les pièces légères de Clément Marot, fruits d'un génie facile qui devina les grâces convenables à notre langage. On retrouve bien chez lui les deux vices de versification qui dominèrent longtemps encore, les hiatus et l'inobservation de cette alternative nécessaire entre les rimes masculines et féminines ; mais on remarque chez lui un tour d'esprit, une naïveté, et une délicatesse d'idées et de sentiments qui font le charme de son style. Il a excellé dans le genre du madrigal, de l'épigramme, et personne n'a fait un usage plus heureux du rythme du vers à cinq pieds.
A partir de cette heureuse époque jusqu'à Henri IV, la poésie française ne fit que peu de progrès. Ronsard, qui écrivait trente ans après Marot, séduisit ses contemporains par un style pompeux, étranger à la langue qu'il parlait, mais plus fait pour la dénaturer que pour l'enrichir : il éblouit d'abord parce qu'il était nouveau, et parce que d'ailleurs il ressemblait au grec et au latin dont l'érudition avait établi le règne. Ses écrits sont aujourd'hui tombés dans l'oubli le plus mérité.

Enfin Malherbe vint, et, le premier en France,
Fit sentir dans les vers une juste cadence,
D'un mot mis en sa place enseigna le pouvoir,
Et réduisit la muse aux règles du devoir.
Par ce sage écrivain la langue réparée
N'offrit plus rien de rude à l'oreille épurée.
Les stances avec grâce apprirent à tomber,
Et le vers sur le vers n'osa plus enjamber.
Tout reconnut ses lois ; et ce guide fidèle
Aux auteurs de ce temps sert encore de modèle.

(Boileau, Art poétique)

Deux poètes, élèves de Malherbe, eurent, même de son vivant, une réputation méritée ; nous voulons parler de Racan et de Maynard. Racan a le premier saisi le vrai ton de la pastorale, qu'il étudia dans Virgile : il forma son goût sur celui des anciens, et emprunta souvent leurs idées morales ; mais il paraphrase trop longuement, et s'il parvient à imiter leur naturel, il est loin d'égaler leur précision. Le style de Maynard est plus soigné, mais plus froid ; la langue s'y épure de plus en plus, mais ses vers sont loin d'avoir la grâce aimable de ceux de Racan ; le travail se fait trop sentir chez eux. Sarrasin, faible écrivain, n'a laissé de lui que son ode sur la bataille de Lens ; on a de Gombaud un recueil d'épigrammes, mais le succès en fut éphémère ; Malleville se fit une sorte de réputation par son fameux sonnet de la Belle matineuse, dont le mérite est toutefois fort au-dessous de sa renommée ; enfin Voiture et Benserade durent leur fortune à un esprit aimable et liant et à des talents agréables.
Ce fut sans contredit Malherbe qui prépara le beau siècle littéraire de Louis XIV ; et, comme le remarque un auteur contemporain, la poésie noble n'eût peut-être point encore paru avec tant d'éclat et de correction, si son goût délicat et son oreille difficile n'eussent trouvé et reconnu le vrai génie de notre langue. Ce siècle, si fécond en grands hommes, eut aussi ses grands poètes, qui exploitèrent avec le plus grand succès les divers genres de poésie ; citer les Boileau, les Corneille, les Racine, les Molière, les La Fontaine, les Rousseau, etc., etc., c'est assez dire que la poésie jeta le plus vif éclat. Le XVIIIe siècle peut aussi s'enorgueillir de ses poètes : Lamotte, Racine le fils, Malfilâtre, Thomas, Colardeau, Florian, Lebrun, etc., se signalèrent dans divers genres de poésie, que le génie de Voltaire embrassa tous avec un égal succès.

Autres origines :