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L'origine de Politesse



La politesse dans la Grèce antique

Si la politesse consiste, dit Furgault (Recueil historique d'antiquités grecques et romaines), dans une manière agréable et délicate d'agir, de parler et d'écrire, il faut convenir que les Grecs, en général, ont été les peuples les plus polis de l'antiquité. Athènes fut toujours regardée comme le centre de la politesse, des sciences et des beaux-arts. On peut en juger par les écrits des philosophes, des poètes et des orateurs qu'elle a produits ; par l'habileté de ses artistes ; par la finesse, la douceur et l'élégance de la langue attique ; et si l'on ajoute à l'agrément des manières la bonté et l'humanité qui faisaient le fond du caractère des Athéniens , on reconnaîtra sans peine que, comme ils étaient les plus spirituels et les plus ingénieux, ils étaient en même temps les plus polis des Grecs.


La politesse dans la Rome antique

On sait que les premiers Romains, formés de l'amas confus de plusieurs nations peu policées, furent très grossiers, et vécurent entre eux avec plus de probité que de cérémonie. Les travaux de la guerre et de la vie champêtre entretinrent longtemps leur rusticité naturelle ; mais dans la suite la politique commença à les civiliser, et le commerce qu'ils eurent avec les Grecs, en leur inspirant du goût pour les sciences et les beaux-arts, acheva d'adoucir leurs mœurs, de polir leur langage et leurs manières.


Le salut dans l'antiquité

A Athènes, comme à Rome, la nécessité rendit le petit peuple soumis et respectueux, et l'ambition rendit affables les riches et les grands : c'est cette distinction qui forma entre les uns et les autres une obligation de devoirs, de politesse et d'honnêteté, dont personne ne se dispensait. C'était un usage presque général d'aller tous les matins au lever des personnes de qualité à qui on était ou à qui on voulait paraître attaché ; le citoyen, souvent même le magistrat, courait de porte en porte souhaiter le bonjour à un grand, qui allait à son tour rendre le même hommage à un plus grand.
En souhaitant le bonjour, les anciens mettaient la main sur la bouche, et l'avançaient vers celui qu'ils saluaient ; c'est ainsi qu'on saluait les dieux, avec cette différence qu'on ne se découvrait point pour les dieux, et qu'il fallait être tête nue devant les grands. C'était pareillement une marque de politesse et de respect de baiser la main de celui qu'on saluait. Les gens de guerre saluaient en baissant les armes ; le salut n'était accompagné d'aucune inclination de corps ni d'aucune génuflexion.
A Rome on venait aux salutations du matin en robe de cérémonie, e'est-à-dire avec la toge blanche qui était l'habit propre des Romains. Le vestibule de la maison était le lieu d'assemblée où les clients préludaient entre eux de politesse jusqu'à ce que le patron fût visible ; s'il sortait publiquement, le cortège des clients se répandait autour de lui ou de sa litière, chacun cherchant à le voir et à en être vu.
Il était de la politesse d'un inférieur de se lever quand un grand paraissait dans quelque assemblée, de se tenir découvert en sa présence, de lui laisser la place du milieu qui était la plus honorable, de lui donner la droite quand il passait, de lui laisser le chemin libre et le haut du pavé quand il le rencontrait dans la rue.
Si l'on rendait une visite, il fallait se faire annoncer sous une certaine formule, et être admis dans la chambre par une espèce d'introducteur en titre d'office. On n'était dispensé de cette contrainte qu'en certains jours solennels, comme le premier jour de janvier et celui de la naissance du patron, parce qu'alors il s'offrait de lui-même aux compliments de tout le monde.
En général, les Romains ne se rencontraient jamais dans les rues sans se saluer par ce mot ave (bonjour), si c'était le matin ; par celui de salve (je vous salue), si c'était le soir ; et par celui de vale (portez-vous bien), en se quittant. Ces formules de salutation, chez les anciens, ne s'étaient point avilies par le fréquent usage et n'avaient rien de trop familier ; ils en usaient avec les personnes les plus respectables. Il faut observer que les Romains étaient dans l'usage de se couvrir la tête d'un pan de leur toge pour se garantir des injures de l'air, mais qu'ils la découvraient aussitôt que quelqu'un les abordait. C'était une politesse parmi eux de se donner un baiser sûr la bouche et sur les yeux, en saluant et en se faisant compliment sur quelque dignité ou sur quelque heureux événement.


La politesse au cours des repas dans l'antiquité

Les repas n'étaient pas moins soumis aux règles de la politesse que les autres actions de la vie. Si l'on avait l'honneur de donner à manger à un grand, on lui laissait le choix des convives, on les priait en sou nom ; si l'on était invité chez lui, on s'y rendait en robe de cérémonie. La civilité ne consistait pas à vouloir se mettre à la dernière place, mais à prendre celle que le maître avait marquée pour chacun. Un écuyer-tranchant coupait les viandes avec art, et les distribuait aux convives, qui les prenaient délicatement avec les doigts, parce qu'on n'avait pas encore l'usage des fourchettes.


Les autres marques de politesse

Comme on ne parvenait aux charges que par les suffrages du peuple, les prétendants étaient obligés de faire politesse à tout le monde et de caresser jusqu'aux moindres citoyens. Ils allaient solliciter par la ville, habillés de blanc, accompagnés de leurs proches et de leurs amis ; ils saluaient par leur nom et embrassaient tous ceux qu'ils rencontraient en chemin ou qu'ils trouvaient dans la place publique, qui était le rendez-vous où les citoyens faisaient entre eux un commerce assidu de caresses et de protestations de service.
Les autres devoirs de politesse, que la bienséance avait introduits dans la vie civile, consistaient à envoyer des présents à ses amis le jour de leur naissance, à passer ce jour avec eux dans la joie et les plaisirs, à leur rendre des visites, à leur faire des compliments particuliers dans toutes les occasions qui le demandaient, à se trouver aux mariages et aux festins quand on y était invité, à boire réciproquement et souvent dans le même verre à la santé les uns des autres, à se porter celle de leurs amis présents ou absents.


La politesse envers les femmes

Mais tous les raffinements de politesse étaient réservés pour les dames, tant en public qu'en particulicr. Les anciens se faisaient un devoir de vivre avec elles dans la plus grande retenue, sans jamais se permettre en leur présence aucune parole qui pût alarmer la pudeur, sans même se permettre une équivoque ; partout on ne leur montrait que des égards et des complaisances. En public, quand on les rencontrait dans les rues, on leur cédait toujours le haut du pavé, ce qui était observé même par les premiers magistrats dans les jeux publics ; dans les spectacles les places les plus distinguées leur étaient destinées ; enfin elles jouissaient de plusieurs prérogatives considérables, entre autres de se faire porter en litière par la ville, et d'avoir après leur mort une oraison funèbre.
C'est par cette sorte de politesse, d'autant plus aimable qu'elle affecte moins de se montrer, dit Rousseau, que se distinguèrent autrefois Athènes et Rome dans les jours si vantés de leur magnificence et de leur éclat ; c'est par elle sans doute que notre siècle et notre nation l'emporteront sur tous les temps et sur tous les peuples. Des manières naturelles et pourtant prévenantes, également éloignées de la rusticité tudesque et de la pantomime ultramontaine ; voilà les fruits du goût acquis par de bonnes études et perfectionné dans le commerce du monde.
On remarque généralement que la politesse des hommes est plus officieuse et celle des femmes plus caressante. Il n'en coûte guère aux femmes d'être polies et aux filles d'apprendre à le devenir : la nature leur donne la première leçon ; l'art ne fait plus que la suivre et déterminer sous quelle forme elle doit se montrer.

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