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L'origine de Pomme de terre



L'introduction de la pomme de terre en Europe

Le célèbre président de la Société royale de Londres, sir Joseph Banks, a publié sur l'époque de l'introduction des pommes de terre en Europe des observations dont nous allons faire connaître les résultats.
« La pomme de terre, dit-il, dont on fait actuellement un usage si étendu, fut apportée en Angleterre par les colons que sir Walter Raleigh avait envoyés, en vertu d'une patente de la reine Elisabeth, pour découvrir et cultiver en Amérique de nouvelles contrées non possédées par les chrétiens. Quelques uns des navires de sir Walter, qui firent voile en 1584, apportèrent probablement avec eux la pomme de terre en 1586.
On peut conclure assez légitimement des différents témoignages qu'a recueillis M. le chevalier Banks que les pommes de terre ont été apportées en Europe, pour la première fois, des parties montueuses de l'Amérique méridionale dans le voisinage de Quito. Et comme les Espagnols étaient les seuls possesseurs de ce pays, on ne peut guère douter qu'ils n'aient d'abord apporté la pomme de terre en Espagne ; mais comme il fallait, quelque temps avant, que son usage fût introduit dans le pays, et qu'ensuite elle fût assez connue des Italiens pour recevoir d'eux un nom particulier, on a tout lieu de croire que cette racine était connue depuis plusieurs années en Europe avant qu'on l'eût envoyée à Clusius. »


L'étymologie du mot Patate

Le nom qu'on donne à cette racine dans l'Amérique méridionale est papas, et on l'appelait en Virginie openank. Il est donc évident qu'on lui a donné en anglais le nom de potato, à cause de sa ressemblance avec la patate ou pomme de terre douce. Et la nôtre paraît avoir été distinguée de cette racine par la dénomination de potato de Virginie, jusqu'à l'an 1640, si ce n'est même plus longtemps.


Une culture longtemps dédaignée par la France

Cette plante ne fut d'abord cultivée, dans quelques jardins, que comme un objet de curiosité ; mais après deux siècles d'insouciance, les nations du nord, éclairées par la raison et par l'expérience, commencèrent à ouvrir les yeux ; l'Angleterre, l'Allemagne, la Hollande, cultivèrent à l'envi ce précieux végétal.
Mais la France, si habile à s'approprier les arts, enfants d'un luxe frivole, dédaigna encore pendant longtemps cette moisson souterraine, placée par la nature à l'abri des orages et de l'inconstance des éléments, et qui seule devait rendre la famine désormais impossible. De nombreux préjugés s'élevaient contre elle. Comme elle appartient à la famille des solanées, presque toutes douées de propriétés vénéneuses, les savants disaient : « Cette racine, de quelque manière qu'on l'apprête, est toujours dangereuse et fade ; on ne pourra jamais la compter au rang des aliments agréables. » Le peuple n'était pas moins prévenu contre elle. Un cuisinier eût cru déshonorer son maître s'il en eût servi sur sa table. Au fort de la révolution, cette prévention n'était point encore tout-à-fait dissipée. On en jugera par ce fait : dans une assemblée populaire, on allait au scrutin pour une place à laquelle l'estime publique semblait porter M. Parmentier. « Ne la lui donnez pas, s'écrie un orateur de faubourg, il ne nous ferait manger que des pommes de terre ; c'est lui qui les a inventées. »


Finalement adoptée grâce à M. Parmentier

C'est en effet Parmentier, qui, par ses nombreux écrits, par les efforts soutenus de la plus active philanthropie, vint à bout de généraliser dans toute la France cette intéressante culture. Il prouva, par des expériences répétées, que la pomme de terre n'avait aucune des propriétés nuisibles de la famille de plantes à laquelle elle appartenait, qu'elle pouvait flatter les goûts les plus délicats, et enfin qu'on pouvait la cultiver dans les terrains les plus stériles et au milieu des plantes incultes où la charrue n'avait jamais pénétré. Il demanda la plaine des Sablons, jusqu'alors inculte, où il se proposait de cultiver la pomme, de terre. Ce terrain lui fut accordé, mais il ne put obtenir que le prince, à l'exemple de l'empereur de la Chine, y traçât le premier sillon. Cependant le roi accorda toute sa protection à la nouvelle culture ; il parut, le jour d'une fête solennelle, devant toute sa cour, portant à sa boutonnière un bouquet de fleurs de pommes de terre, et dès ce moment la vogue du nouveau végétal fut assurée.
Le gouvernement en envoya des semis dans les provinces les plus éloignées, nos terres incultes s'enrichirent partout de ce nouveau trésor, et la reconnaissance publique a confirmé à ce tubercule le nom de solanée parmentière, que M. le comte François de Neuf-château lui a donné.


Les différents usages de la pomme de terre

Depuis Parmentier, non seulement on est parvenu à tirer de l'eau-de-vie du solanum tuberosum, mais on en a retiré encore de ses baies. M. Former a proposé un moyen de rectifier celle-ci, dans le Journal de pharmacie, année 1818. M. Dubuc, à Rouen, a démontré que les cendres de la plante entière fournissaient une grande quantité de potasse. M. Fouques a tiré de son eau de végétation une couleur grise très tenace. Un chimiste de Copenhague a tiré de sa fleur une couleur jaune très belle. On a vu, à une exposition des objets d'industrie, du papier de pomme de terre propre à l'emballage.


La découverte d'une nouvelle espèce

En 1809, une nouvelle espèce de pomme de terre a été découverte en Amérique, par don Eloi Valenzuela, curé d'un faubourg, dans la Nouvelle-Grenade, partie de l'Amérique méridionale, au Pérou. Comme elle croît à plus de 1600 toises d'élévation au-dessus du niveau de la mer, la région qu'elle habite, quoique voisine de l'équateur, n'est pas fort chaude : il serait donc très facile, disent les auteurs du Journal universel des sciences médicales (août 1816), de l'acclimater eh Europe. Cette plante a été nommée solanum papa (le mot papa désigne communément la pomme de terre en Amérique). Ses feuilles sont pinnées (5 paires) ; son fruit est oblong, très lisse, et ses fleurs naissent en grappes ; sa tige est couchée et très rameuse ; ses tubercules, sans devenir extrêmement volumineux, sont de forme allongée. M. Decandolle, qui a reçu la première notice de cette nouvelle pomme de terre, propose de la nommer solanum Valensuelœ.


La découverte de la conversion de la fécule en matière sucrée

M. Kirchoff, de Saint-Pétersbourg, a été le premier à convertir la fécule ou l'amidon de la pomme de terre en une matière sucrée, fermentescible, en la traitant avec l'acide sulfurique faible, par une longue ébullition. L'industrie s'est emparée de ce résultat, et en a fait la base d'un procédé avantageux pour disposer la fécule à la fermentation et en extraire de la bonne eau-de-vie.
Ce procédé, dit M. Chaptal, dans sa Chimie appliquée à l'agriculture, s'est tellement perfectionné en France que les produits des établissements de ce genre peuvent soutenir aujourd'hui la concurrence des eaux-de-vie de vin, quoique celles-ci soient à très bas prix dans le commerce.

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