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L'origine de Poulaine



Les souliers à la poulaine

Si l'on était bien persuadé, dit l'auteur d'un ouvrage intitulé la Pogonologie ou histoire philosophique de la barbe, que la plupart des modes nouvelles sont inventées pour couvrir quelques secrètes imperfections du corps, peut-être y attacherait-on moins d'importance. Geoffroi Plantagenet, comte d'Anjou, un des plus galants et des plus beaux hommes de son siècle, avait au bout du pied une excroissance de chair considérable ; il imagina de porter des souliers dont le bout était recourbé : cette mode fut si avidement accueillie, que les différentes longueurs de ces bouts de souliers distinguaient les différents états des citoyens. Ces souliers, qu'on nommait à la poulaine, n'avaient chez les gens du commun qu'un bout de six pouces de longueur ; ceux des gens de qualité n'avaient jamais moins de deux pieds. De là est venu le proverbe, Etre sur un grand pied... On fit des sermons et des ordonnances contre ces souliers ; le clergé les anathématisa, et Charles V les fit défendre expressément.
En parlant de cette armée de croisés français, anglais et flamands qui, en 1396, marchèrent, sous les ordres du comte de Nevers, au secours du roi de Hongrie menacé par les Turcs, M. de Barante, dans son Histoire des ducs de Bourgogne, dit : « Leur camp était devenu un séjour de plaisir... Le luxe des habillements était surtout merveilleux. On se piquait de suivre les modes les plus nouvelles ; et, par exemple, tous les jeunes seigneurs portaient à leurs souliers ces espèces de becs qu'on nommait poulaines, qui avaient parfois plus de deux pieds de long, et venaient se rattacher au genou avec une chaîne d'or. » Et on lit plus bas : « Aussitôt les chevaliers, chauds de vin et de courage, se hâtèrent de revêtir leurs armures et de monter à cheval. Ils laissèrent là leurs vêtements d'or et de soie, et coupèrent les poulaines de leurs souliers, etc. »


La poulaine en lien avec la Pologne

Dans l'Histoire de Charles VII, attribuée à Alain Chartier, à l'année 1443, et dans plusieurs autres endroits, le roi de Pologne, dit Millin, est appelé le roi de Poulaine ; c'est ce qui a fait penser à plusieurs auteurs que l'expression à la poulaine veut dire à la polonaise. Rabelais parle de ventre à la poulaine, pour dire un ventre qui se jette extrêmement en dehors, comme la poulaine ou bouline, autrement appelée la proue, le bec, l'éperon du vaisseau. Les poulaines avaient encore vogue du temps de Rabelais, et il semble même que les amants de ce temps-là en avaient inventé de plus ridiculement grandes qu'on n'en eût encore porté.

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