Accueil > Les origines commençant par Q > L'origine de quinquina

L'origine de Quinquina


Quinquina, corruption de l'indien quina-quina, ou china-china. Ecorce d'un arbre qui croît au Pérou et à Santa-Fé ; son nom botanique est cinchona : cet arbre est de la famille des rubiacées.


Un remède connu depuis longtemps des Indiens

La vertu fébrifuge de ce remède était connue depuis longtemps des Américains, lorsque les Européens arrivèrent dans leur pays : leur manière de s'en servir était de le broyer et de le faire infuser dans l'eau commune pendant un jour ; mais depuis cette époque jusqu'en 1640, les Indiens, conservant une haine implacable contre les Espagnols, avaient pris toutes les précautions imaginables pour empêcher qu'ils ne pussent avoir connaissance des propriétés de cette écorce.
Un Indien, pénétré de reconnaissance pour tous les services que lui avait rendus un Espagnol, résolut enfin de le lui découvrir. La comtesse del Cinchon, vice-reine du Pérou, fut la première qui en fit usage : elle en fit distribuer aux pauvres, et ce remède prit le nom de poudre de comtesse. Vers l'an 1649, le père provincial des jésuites de l'Amérique, revenant en Italie pour l'assemblée générale, apporta avec lui une très grande quantité de cette écorce, qu'il distribua aux religieux de son ordre qui composaient l'assemblée, afin d'augmenter leurs richesses, et de les rendre nécessaires dans les diverses parties du monde où ils iraient : en effet ces pères, de retour dans leur pays, guérissaient comme par enchantement tous les malades attaqués de fièvres intermittentes, et donnèrent ainsi en très peu de temps une réputation prodigieuse à ce remède, ce qui le fit nommer poudre des pères, nom qui lui est resté, surtout en Angleterre, où il était appelé jesuit's powder, poudre des jésuites.


L'introduction du quinquina en France

Le quinquina fut apporté en France par le cardinal Lugo, en 1650 ; mais l'usage ne s'en répandit que vers 1680, lorsque le gouvernement acheta du chevalier Talbot, Anglais, une préparation particulière. Ce fébrifuge, aux vertus duquel plusieurs de nos poètes ont rendu hommage, a mérité que notre bon La Fontaine composât un poème en son honneur.

Ce dieu (Apollon), touché de l'humaine misère,
Produisit un remède au plus grand de nos maux :
C'est l'écorce du kin, seconde panacée,
Loin des peuples connus Apollon l'a placée.
Entre elle et nous s'étend tout l'empire des flots.
Peut-être il a voulu la vendre à nos travaux ;
Peut-être il la devait donner pour récompense
Aux hôtes d'un climat où règne l'innocence.

(La Fontaine, Le Quinquina)

Je reviens à l'usage
D'une écorce fameuse, et qui va tous les jours
Rappeler des mortels jusqu'aux sombres rivages.
Un arbre en est couvert, plein d'esprits odorants,
Bas de tige, étendu, protecteur de l'ombrage :
Apollon a doué de cent dons différents
Son bois, son fruit et son feuillage.
Le premier sert à maint ouvrage ;
Il est ondé d'aurore ; on en pourrait orner
Les maisons où le luxe a droit de dominer.
Le fruit a pour pépins une graine onctueuse,
D'ample volume, et précieuse.
Elle a l'effet du baume, et fournit aux humains,
Sans le secours du temps, sans l'adresse des mains,
Un remède à mainte blessure.
Sa feuille est semblable, en figure,
Aux trésors toujours verts (le laurier) que mettent sur leur front
Les héros de la Thrace et ceux dit double mont.
Cet arbre ainsi formé se couvre d'une écorce
Qu'au cinnamome on peut comparer en couleur.

(Ibidem)


Le quinquina Français

Au commencement du XIXe siècle, à une époque où le quinquina était fort rare et par conséquent fort cher en France, on chercha à le remplacer par divers fébrifuges. Alphonse Leroy, professeur de la faculté de médecine de Paris, parvint à composer avec des végétaux indigènes un quinquina parfaitement semblable à celui du Pérou ; couleur, saveur, produits chimiques, effets semblables, tout s'y rencontre. C'est ce même quinquina qui a été donné à un grand nombre de malades et de fiévreux pendant l'automne et l'hiver de 1807, et qui a servi aux expériences faites à l'Hôtel-Dieu, à la Charité, à la Salpêtrière.
Voici le texte du résumé des observations faites à l'Hôtel-Dieu: « D'après les observations précédentes sur le quinquina de M. Alphonse Leroy, rapportées avec tout le détail que comporte une dissertation, et d'après beaucoup d'autres que nous n'avons pu terminer dans les salles Sainte-Monique, Saint-François et la Crèche, nous croyons pouvoir présenter un aperçu des résultats qu'il nous a offerts. 1° Le quinquina de M. Alphonse Leroy, administré en poudre, en décoctions, en infusion et en lavement, soit à des phtisiques, à des leucophlegmatiques affectés de fièvres intermittentes, soit à des malades dont les fièvres sont devenues adynamiques, nous a paru n'avoir aucun effet nuisible. Presque toujours, au contraire, il en a eu de salutaires. 2° Toutes les fièvres intermittentes qu'on a combattues par son usage ont été arrêtées ou tellement diminuées dès les premiers jours de son administration, que nous devons le regarder non seulement comme fébrifuge, mais encore comme possédant cette qualité à un haut degré, ainsi que celle d'exciter l'appétit des malades. Sans vouloir mettre ce médicament en parallèle avec le quinquina exotique, nous dirons que son utilité pourra être plus générale, en devenant, par la modicité de son prix, le médicament du pauvre et de l'habitant des campagnes, exposés plus particulièrement à ce genre de maladie, et contre lequel on n'emploie le plus souvent que du quinquina sophistiqué. Sous ce double rapport, les amis de l'humanité ne sauraient refuser leur reconnaissance à l'auteur d'une découverte destinée principalement au soulagement de cette partie si intéressante et si utile de la société. »

Autres origines :