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L'origine de Récitatif



La façon de prononcer un discours

Il y a, dit Millin, un débit passionné du discours qui tient le milieu entre le chant proprement dit et la déclamation ordinaire ; il se fait, comme le chant, par des tons déterminés et qui appartiennent à une gamme, mais sans observer le mètre ni le rythme du véritable chant : c'est ce qu'on appelle le récitatif. Ce nom vient de ce qu'on l'applique à la narration, au récit, et de ce qu'on s'en sert dans le dialogue dramatique.


Le récitatif dans l'antiquité

Les anciens ont distingué ces trois manières de débiter le discours, en attribuant au chant des tons détachés ou séparés ; à la déclamation, des tons continus ; et en faisant tenir le milieu au récitatif. Martianus Capella les nomme genus vocis continuum, divisum, médium ; et il ajoute que ce dernier genre, que nous appelons récitatif, est employé pour le débit des poésies.
D'après cela on peut dire que, chez les anciens Grecs et Romains, les poèmes étaient débités comme notre récitatif ; leur langue étant mélodieuse, il suffisait d'ajouter la cadence du mètre à la récitation soutenue pour rendre cette récitation tout-à-fait musicale, d'où vient que chez les anciens l'étude de la musique était inséparable de celle de la poésie, et que ceux qui versifiaient appelaient cela chanter. Cet usage, passé ridiculement dans les autres langues, fait dire encore au poète, Je chante, lorsqu'il ne fait aucune espèce de chant.


Le choix entre parler et chanter

Les Grecs pouvaient chanter en parlant ; mais chez nous il faut parler ou chanter : on ne saurait faire à la fois l'un et l'autre. C'est cette distinction même, dit J.-J. Rousseau, qui nous a rendu le récitatif nécessaire. La musique domine trop dans nos airs, la poésie y est presque oubliée ; nos drames lyriques sont trop chantés pour pouvoir l'être toujours. Il faut donc couper et séparer les chants par de la parole ; mais il faut que cette parole soit modifiée par la musique : or le récitatif est le moyen d'union du chant et de la parole ; c'est lui qui sépare et distingue les airs, qui repose l'oreille étonnée de celui qui précède , et la dispose à goûter celui qui suit; enfin c'est à l'aide du récitatif que ce qui n'est que dialogue, récit, narration dans le drame, peut se rendre sans sortir de la langue donnée, et sans déplacer l'éloquence des airs. Nous nous servons du récitatif dans les oratorio, dans les cantates, et dans les opéras.


Le récitatif dans l'opéra

Lorsque de la tragédie on a fait l'opéra, on a voulu à la fois jouir des plaisirs de l'esprit, de l'âme et de l'oreille. Il a donc fallu rendre la déclamation non seulement expressive mais encore mélodieuse. De là cette abondance de ports de voix, de cadences, de tenues dont l'emploi plus ou moins heureux enrichit ou surcharge le chant. Chez les Italiens le récitatif est plus rapide et plus simple. Le dialogue, légèrement cadencé, est seulement soutenu par quelques accords formés par le violoncelle, la contre-basse et le forte-piano, instrument qui fait partie de tous les orchestres d'Italie. Mais ce récitatif précède rarement les morceaux de chant, notamment dans l'opéra séria. Le maestro prélude aux aria, duetti, terzetti, etc., par une espèce de récitatif qu'on appelle obligé, parce que le mouvement et la mesure y sont prescrits ; l'orchestre entier accompagne la voix, et de grandes masses d'harmonie, disposées avec art, viennent fortifier ces sortes de chant, dont une expression énergique est le caractère principal.

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