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L'origine de Rhétorique



L'art de parler avec éloquence

Quintilien définit la rhétorique comme l'art de bien dire, ars benè dicendi. Laharpe trouve cette définition peut-être meilleure en latin qu'en français, parce que le mot dicere a une toute autre force dans une des deux langues que dans l'autre, et parce que l'auteur entend par bien dire non seulement parler éloquemment, mais ne rien dire que d'honnête et de moral. La rhétorique est la théorie de l'art oratoire ; elle est à l'éloquence ce que la poétique est à la poésie. C'est d'elle que l'histoire tire principalement sa beauté et son agrément ; la philosophie, cette politesse si propre à faire goûter l'austérité de ses préceptes : elle prête également le charme de son éloquence aux sciences, et aide puissamment à l'étude des langues pour les parler purement, pour en découvrir le génie et la beauté.


Les fondements la rhétorique dans la Grèce antique et en Sicile

Les écrivains grecs ne parlèrent pendant les premiers siècles que le langage de la poésie. Ce furent le philosophe Phérécide de Scyros et l'historien Cadmus de Milet qui commencèrent, dit l'abbé Barthélémy, à s'affranchir des lois sévères qui enchaînaient la diction, et quoiqu'ils eussent ouvert une route nouvelle et plus facile, on avait tant de peine à quitter l'ancienne qu'on vit Solon entreprendre de traduire ses lois en vers, et les philosophes Empédocle et Parménide parer leurs dogmes des charmes de la poésie. Il fallut donc beaucoup de temps pour former le style de la prose, ainsi que pour découvrir les préceptes de la rhétorique.
C'est en Sicile qu'on fit les premiers essais de cet art : environ cent ans après la mort de Cadmus, un Syracusain, nommé Corax, assembla des disciples et composa un traité encore estimé du temps d'Aristote, quoiqu'il ne fasse consister le secret de l'éloquence que dans le calcul trompeur de certaines probabilités. Protagoras, témoin de la gloire de Corax, s'adonna à de profondes recherches, et publia sur les différentes parties de l'art oratoire ces propositions générales qu'on appelle lieux communs ; mais, quoique très abondants, ces lieux se réduisent à un petit nombre de classes : aussi peut-on considérer Platon comme le premier qui posa les bases de la vraie rhétorique et de la véritable éloquence. Après lui, Aristote et Socrate, suivant les mêmes principes, composèrent d'amples traités sur cet art. L'école de ce dernier devint la plus célèbre de toute la Grèce ; Cicéron assure qu'elle forma plus de fameux orateurs qu'il ne sortit de héros du cheval de Troie. La rhétorique d'Aristote a joui et jouit encore d'une grande célébrité, tant pour l'ordre merveilleux qui y règne que pour la solidité des réflexions qui accompagnent ses préceptes, et pour la profonde connaissance du cœur humain qui paraît surtout dans son traité des mœurs et des passions.


La découverte de la rhétorique dans la Rome antique

Occupés pendant plusieurs siècles d'affermir leur puissance et de porter au loin leurs conquêtes, les Romains négligèrent tous les arts, et surtout celui de la parole ; la philosophie y était absolument négligée, et l'on n'y connaissait d'autre éloquence que celle qui vient de la nature et d'un génie heureux, sans le secours des préceptes.
Il fallut, comme dit Horace, pour les tirer de cette espèce de barbarie, que la Grèce vaincue vînt au secours de ses vainqueurs. Les philosophes et les rhéteurs grecs qui passèrent à Rome y portèrent le goût des arts ; mais bientôt un édit donné sous le consulat de Strabon et de Messala les contraignit à sortir de la ville : ces exercices, inusités jusqu'alors, avaient donné de l'inquiétude aux dépositaires du pouvoir. Quelques années plus tard des ambassadeurs qu'Athènes envoya à Rome y firent renaître le goût de l'éloquence ; les jeunes Romains prirent même un si grand plaisir à les entendre que Caton, craignant qu'ils ne préférassent la gloire de bien dire à celle de bien faire, employa son crédit à faire devancer l'époque du départ de ces ambassadeurs : « Qu'ils s'en retournent dans leurs écoles, disait-il, et qu'ils instruisent tant qu'ils voudront les enfants des Grecs ; mais que les enfants des Romains n'écoutent ici que les lois et les magistrats, comme ils faisaient avant leur arrivée. » Cependant le départ de ces philosophes n'éteignit point à Rome l'ardeur pour l'étude, et bien loin que cette passion amortît dans les jeunes gens le désir de la gloire militaire, comme l'avait appréhendé Caton, elle servit au contraire à en relever le mérite. Scipion l'Africain, qui vivait dans ces temps-là, pour avoir été un homme lettré, n'en fut pas moins un grand capitaine.
Depuis cette époque l'étude de l'éloquence fut regardée à Rome comme l'un des moyens les plus efficaces pour parvenir aux premières charges de la république ; cependant elle n'était enseignée que par des rhéteurs grecs, et les exercices se faisaient dans une langue étrangère. Cette coutume ne céda que fort tard à la raison, puisque, au rapport de Suétone, L. Plotius Gallus fut le premier qui enseigna la rhétorique à Rome dans la langue latine. Peu de temps après, Cicéron s'illustra dans cet art ; ses trois livres de l'Orateur joignent à la solidité des principes et des réflexions toute la délicatesse et toutes les grâces dont une telle matière est susceptible. Mais l'ouvrage le plus complet que l'antiquité nous ait laissé, c'est sans contredit la rhétorique de Quintilien, intitulée Institutions oratoires. Elles sont écrites avec tout l'art, toute l'élégance et toute l'énergie de style dont la matière est susceptible. Quintilien avait à combattre le mauvais goût qui prévalait de son temps, et auquel Sénèque, plus que tout autre, avait participé en substituant à une éloquence mâle et robuste les subtilités d'un style chargé d'ornements, de pointes, d'antithèses et de pensées plus brillantes que justes. « Quintilien ne rejette point les ornements, dit Rollin, mais il veut que l'éloquence, ennemie du fard et de toute grâce empruntée, n'admette qu'une parure mâle, noble, majestueuse ; il consent qu'elle brille, mais de santé, et qu'elle ne doive sa beauté qu'à ses forces. »
Chez les anciens les jeunes gens entraient en rhétorique à treize ou quatorze ans, et y demeuraient jusqu'à dix-sept ou dix-huit. Ce long espace de temps n'a rien qui doive surprendre, si l'on observe qu'à Rome, aussi bien qu'à Athènes, l'éloquence ouvrant les portes aux premières dignités, l'étude de cet art y devait faire la principale occupation de la jeunesse, et qu'elle embrassait tout ce que dans nos collèges on désigné sous le nom d'humanités, de rhétorique, et même de philosophie.


La rhétorique en France

Transmise par les Grecs aux Romains, la rhétorique passa de chez ces derniers chez nous. « La bonne manière d'apprendre cet art, dit Rollin, serait de le puiser dans les sources mêmes, je veux dire dans Aristote, Denys d'Halicarnasse, Longin, Cicéron et Quintilien. Mais comme la lecture de ces auteurs, surtout des Grecs, est souvent beaucoup au-dessus de la portée des écoliers, les professeurs peuvent se réserver le soin de leur expliquer de vive voix les solides principes qui se trouvent dans ces grands maîtres d'éloquence, dont ils doivent avoir fait une étude particulière, et se contenter de leur indiquer les plus beaux endroits de Cicéron et de Quintilien, où seront traitées les matières qu'ils leur expliqueront ; car il serait, ce me semble, honteux qu'on sortît de rhétorique sans avoir quelque idée et quelque connaissance des auteurs qui ont écrit de cet art avec tant de succès. »
C'est en 1521 que parut la première rhétorique française ; elle était intitulée Le grand et vray art de pleine rhétorique, par Pierre Fabry, natif de Rouen, curé de Mérai. Les Rollin, les Gibert, les Blair, les Condillac, ont ensuite éclairé de leurs lumières l'étude de l'éloquence, sur laquelle MM. Amar, Taillefer et Andrieux ont composé, vers le XIXe siècle, des ouvrages dans lesquels ils se sont attachés à présenter en corps de doctrine les préceptes généraux de la rhétorique.

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