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L'origine de Robert-le-Diable



Les vestiges d'un château

Sur la rive gauche de la Seine, non loin du village de Moulineaux, en Normandie, on aperçoit des masses de pierres entassées qui indiquent à peine l'usage des anciennes constructions, et qu'on prétend être les restes du château de Robert-le-Diable. Des souterrains, disent les auteurs d'un ouvrage intitulé Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France (1820), qui se seraient étendus, s'il fallait en croire la tradition, jusqu'aux rives de la Seine, attestent l'ancienne importance de ce monument. Quelques uns sont encore revêtus d'ouvrages de maçonnerie qui remontent au moins à l'époque des dernières invasions des Danois ou des Anglais, etc.


Un lieu hanté par le fantôme de Robert-le-Diable

« Aucun souvenir historique, est-il dit dans l'ouvrage cité, n'est lié à la topographie de cet étrange monument, le plus mal conservé peut-être, mais un des plus imposants que nous aurons à observer. Une chronique, une romance, un fabliau, les dits des vieillards et des bergers, voilà sur ce qui le concerne toutes les autorités du passé pour l'instruction de l'avenir. Robert-le-Diable n'est désigné, dans ces annales équivoques du moyen âge, que leur titre classe parmi les mémoires des historiens, et leur caractère parmi les ingénieux mensonges des romanciers, que comme le fils d'un ancien gouverneur de Neustrie, dont la place chronologique est même assez indécise. Toutefois le bruit de ses déportements a retenti plus longtemps dans la contrée que la renommée de sa race.
Son nom même y éveille encore ce sentiment de crainte respectueuse qui ne résulte ordinairement que des impressions récentes... Tout le monde connaît, aux environs du château de Robert-le-Diable, et ses exploits aventureux, et ses amours désordonnées, et ses violentes victoires, et les infructueuses rigueurs de sa pénitence, qui ne put désarmer le ciel. Les cris de ses victimes résonnent souvent dans les souterrains du nord, et viennent le glacer d'effroi dans ses promenades nocturnes, car Robert est condamné à visiter longtemps les ruines de son château et le tombeau de ses maîtresses. Quand les lunes d'automne, balançant leurs rayons bleuâtres sur les hauteurs de la montagne, les font pleuvoir en traits mouvants à travers le feuillage plus rare des noisetiers, ou les étendent en nappe ondoyante sur la mousse aux soies argentées, tout-à-coup au bruit éloigné de la Seine qui pousse un long gémissement suivi d'un long silence, au souffle des brises qui murmurent dans les feuilles sèches, au cri des arbres morts qui se rompent, un loup apparaît sur le coteau dans un sentier qui n'est pratiqué que de lui. Il s'avance lentement, s'arrête, regarde la forteresse, et remplit l'air d'affreux hurlements, en se souvenant de sa gloire et de ses conquêtes.
C'est toujours dans l'endroit le plus évident qu'il vient se placer ; mais il n'y a jamais été surpris par le chasseur. En vain les habitants des hameaux voisins ont multiplié, sur la porte de leurs maisons, comme autant de trophées, les dépouilles encore formidables des loups de la forêt ; le loup qui est animé par l'esprit de Robert subit, malgré toutes leurs embûches, sa malheureuse immortalité. On le reconnaît à son poil blanchi par l'âge, à l'attention douloureuse avec laquelle il regarde ses anciens domaines, et à sa voix plaintive qui ressemble à une voix d'homme.
Quelquefois même, s'il faut en croire les plus anciens de la contrée, on a vu Robert, encore vêtu de la tunique flottante d'un ermite, comme le jour où il fut enseveli, parcourir les environs de son château, et visiter, les pieds nus, la tête échevelée, ce petit recoin de la plaine où devait être placé le cimetière. Quelquefois un pâtre égaré dans le taillis voisin, à la recherche de ses troupeaux dispersés par un orage du soir, a été frappé de l'aspect redoutable du fantôme qui errait à la lueur des éclairs, au milieu de ces fosses. Il l'a entendu, dans les intervalles de la tempête, implorer la pitié de leurs muets habitants, et le lendemain il s'est détourné de ce lieu avec horreur, parce que la terre nouvellement remuée s'y est ouverte de toutes parts pour effrayer les yeux de l'assassin par d'épouvantables débris. »

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