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L'origine de Roman


La langue romance ou le romanum rusticum, c'est-à-dire la langue romaine ou latine rustique, corrompue, ayant été la langue dominante en France, jusqu'au VIIIe siècle, les premières histoires, soit vraies, soit fabuleuses, furent écrites en ce jargon. De là il nous est resté le mot de roman, qui ne se dit plus que des histoires feintes.


Les inventeurs du roman

On croit que les Égyptiens, les Arabes, les Perses, les Syriens et les Indiens sont les premiers inventeurs des romans, et que de chez eux ces fictions ont passé chez les Grecs et chez les Romains. Antoine Diogène écrivit les Amours de Dinace et de Déocillis ; c'est, dit-on, le premier des romans grecs. Jamblique a peint les Amours de Rhodanis et de Simonide. Achille Tatius composa le Roman de Leucippe et de Clitophon ; enfin Héliodore, évêque de Trica, dans le IVe siècle de notre ère, raconta les Amours de Titéagène et de Chariclée.


Les premiers romans français

Les premiers romans héroïques et amoureux furent, selon Winckelmann, composés en France par les Provençaux, dans le moyen âge. Ces romans donnèrent naissance à ceux des autres peuples, même des Italiens.
Le plus ancien roman écrit en langue romance ou vulgaire française est celui qui a pour titre Garin le Lohérans ou le Lorrans. L'auteur vivait en 155o, sous le règne de Louis VII, dit le Jeune : il y chante en vers les beaux faits de Heruis, duc de Metz, fils du duc Pierre, et père de Garin ou Guérin le Lohérans, aussi duc de Metz et de Brabant.
Les romans dans le genre de celui de Perceforest commencèrent en France environ l'an 1200. Ils étaient en rimes grossières, et ce n'est que depuis qu'on les mit en prose. Celui de Perceforest est de beaucoup le plus long de tous nos vieux romans ; c'est aussi le plus digne d'être lu, selon H. Estienne. Vigenère n'a pas fait difficulté de donner à l'auteur le nom d'Homère français.


Les romans chevaleresques

Nos premiers romans ont été des romans de chevalerie ; et ces productions, qui semblent n'être qu'un jeu de l'imagination en délire, n'ont fait que charger la peinture de mœurs originairement très véritables. Ces châteaux enchantés défendus par des géants, où gémissaient des beautés captives, où des chevaliers languissaient dans les ténèbres des cachots, n'existaient pas seulement dans la tête des romanciers : il n'y avait de leur invention que les enchantements et les géants ; mais d'ailleurs, dans ce chaos de l'anarchie féodale, les forteresses étaient en effet le repaire du brigandage ; et tout noble qui avait pu bâtir sur un rocher, ou s'entourer de fossés, était impunément oppresseur et ravisseur. L'avantage de la taille, la force du corps, l'armure de fer, les tours, les créneaux, ne servaient que trop souvent à écraser le faible, à dépouiller le pauvre, à violer l'innocence. Celui qui, avec les mêmes moyens de puissance, ne s'en servait que pour défendre la faiblesse et repousser l'injustice, était un digne chevalier, et ses premiers serments étaient toujours faits au sexe le plus exposé à l'insulte.
Voilà l'origine de la chevalerie, qui était la police des temps barbares ; voilà l'explication de ces fables, dont le fond semble toujours le même, et offre toujours des combats et du merveilleux. Les combats tenaient lieu de lois et de justice ; le merveilleux prenait sa source dans l'ignorance et les erreurs de ces siècles grossiers. Les romanciers voyaient partout des enchanteurs, parce que les juges voyaient partout des sorciers ; et la même contradiction qui déshonorait les tribunaux se retrouvait dans ces productions informes : car il n'est pas plus absurde de voir des enchanteurs toujours tués par des chevaliers, que de voir des sorciers toujours brûlés par le bourreau.

O l'heureux temps que celui de ces fables,
Des bons démons, du esprits familiers,
Des farfadets aux mortels secourables !
On écoutait tous ces faits admirables.
Dans son château, près d'un large foyer :
Le père et l'oncle, et la mère et la fille,
Et les voisins, et toute la famille,
Ouvraient l'oreille à monsieur l'aumônier,
Qui leur faisait des contes de sorcier.
On a banni les démons et les fées :
Sous la raison les grâces étouffées
Livrent nos cœurs à l'insipidité.
Le raisonner tristement s'accrédite ;
On court, hélas ! après la vérité.
Ah ! croyez-moi, l'erreur a son mérite.

(Voltaire)

C'est à peu près du règne de Charlemagne que datent les romans de chevalerie ; celui de Turpin, archevêque de Rheims, a été composé, selon l'opinion commune, sur la fin du XIe siècle. On prétend qu'un certain moine, nommé Robert, écrivit ce roman pendant le concile de Clermont, assemblé par Urbain II en l'année 1095. L'objet de cette chronique était d'échauffer les esprits, de les animer à la guerre contre les infidèles, tandis que Pierre l'Ermite prêchait la première croisade. Les idées et les ouvrages romanesques passèrent de France en Angleterre ; Geoffroy de Montmouth paraît être l'original de Brut.
Le roman de Saugréal, composé par Robert de Brown, donna lieu aux principales aventures de la cour du roi Artus. Bientôt les ouvrages de chevalerie devinrent à la mode sous le règne de Philippe-le-Bel, et l'on vit éclore les Amadis de Gaule, les Palmerin d'Olive, et tant d'autres, jusqu'au temps de Cervantes, qui, par son admirable Don Quichotte, combattit avec le plus grand succès toutes ces productions romanesques, et triompha, par l'arme du ridicule, de ces conceptions bizarres, nées des temps de barbarie, où la force seule constituait le droit des gens.


Le goût des romans

Ce sont les Arabes qui ont communiqué aux Espagnols le goût des romans, et les Italiens sont les derniers qui se soient appliqués à ce genre d'ouvrages. En France, Honoré d'Urfé est le premier qui ait donné, au commencement du XVIIe siècle, un roman bien conduit, sous le titre d'Astrée. Ce roman a joui d'une grande célébrité, et fut fort estimé des gens du goût le plus exquis, bien que la morale en fût vicieuse, ne prêchant que l'amour et la mollesse, et allant quelquefois jusqu'à blesser la pudeur. Le grand succès de ce roman échauffa tellement les beaux esprits d'alors, qu'ils en firent à son imitation beaucoup d'autres. Plus tard on remarqua particulièrement celui de Cyrus et la Clélie de mademoiselle de Scudéri, le Cassandre et la Cléopâtre de La Calprenède, Polexandre de Gomberville.
L'esprit de la cour de Louis XIV, pendant la jeunesse de ce prince, favorisa d'abord ce goût des fictions outrées ; mais bientôt le ridicule fit passer de mode tous ces fatras héroïques, dont l'Espagne principalement nous avait inondés. Le premier roman qui présenta des aventures raisonnables et écrites avec goût fut celui de Zaïde. Gonzalve et Zaïde s'aiment tous les deux dans le désert, ignorent la langue l'un de l'autre, et craignent tous deux de s'être vus trop tard. Cette situation est fort attachante, et les incidents qu'elle fait naître sont une peinture heureuse et vraie des mouvements de la passion. La Princesse de Clèves, autre production de madame de La Fayette, offre encore plus d'intérêt. Les combats de l'amour contre le devoir y sont tracés avec une extrême délicatesse. Scarron dans un autre genre a fait un ouvrage qui survivra à ses autres écrits : c'est le Roman comique. Les caractères en sont piquants, vrais et bien tracés ; la gaieté y abonde, et le style ne manque ni de naturel, ni de verve. Il y a loin de là au Virgile travesti, à Jodelet et à dom Japhet, trois œuvres dégoûtantes, et indignes d'avoir vu le jour.


Les romans au XVIIIe siècle

Le XVIIIe siècle a vu paraître un nombre considérable de romans. Ceux de Le Sage sont une peinture assez naturelle des mœurs et des caractères : la diversité des aventures, l'originalité des portraits, une critique vive et ingénieuse, se font remarquer dans le Bachelier de Salamanque, et plus encore dans le Diable boiteux. Mais Gil Blas est le roman que Le Sage a le plus empreint de cet esprit d'observation qui le distingue même dans ses moindres écrits ; Gil Blas est son chef-d'œuvre.
Parmi les romanciers du XVIIIe siècle, Marivaux et l'abbé Prévost tiennent un rang distingué. La Marianne attarde par l'intérêt des situations et le charme des caractères ; on lui reproche avec vérité l'affectation dans le style, et un néologisme précieux et recherché qui choque la langue et le goût. L'abbé Prévost a composé plusieurs romans ; Manon Lescaut est le meilleur. Le défaut de cet écrivain est d'entasser événement sur événement, et de faire perdre de vue les personnages qui intéressaient pour en introduire de nouveaux. Les premières pages de son Cleveland sont fort attachantes, les caractères sont d'une touche sombre et vigoureuse ; mais les longues réflexions dans lesquelles il se perd et le peu de vraisemblance de quelques aventures refroidissent la curiosité, et anéantissent l'intérêt. Les romans de Crébillon fils, où la corruption était érigée en système et l'indécence en bon air, durent un instant de vogue à ce libertinage hardi que la régence avait alors mis à la mode ; mais aujourd'hui le Sopha, Tanzaï et les Égarements sont tombés dans l'oubli. Le Comte de Comminges de madame de Tencin est un roman, plein de goût et d'intérêt ; la Comtesse de Savoie de madame Fontaine a mérité également le succès qu'il obtint ; les Lettres péruviennes immortaliseront le nom de madame de Graffigny.
Mais parmi les ouvrages que le sexe a produits dans le XVIIIe siècle, ceux de madame Riccoboni peuvent disputer la palme. « Les romans, dit Laharpe, sont de tous les ouvrages d'esprit celui dont les femmes sont le plus capables ; l'amour, qui en est toujours le sujet principal, est le sentiment qu'elles connaissent le mieux. Il y a dans la passion une foule de nuances délicates et imperceptibles qu'en général elles saisissent mieux que nous, soit parce que l'amour a plus d'importance pour elles, soit parce que, plus intéressées à en tirer parti, elles en observent mieux les caractères et les effets. »
« Nos mœurs, qui conviennent aux scènes de la comédie, a dit M. de Chateaubriand, sont peu propres aux intrigues du roman ; tandis que les mœurs anglaises, qui se plient à l'art du roman, sont rebelles au génie de la comédie. La France a produit Molière, l'Angleterre Richardson. Faut-il nous plaindre ou nous féliciter de ne pouvoir offrir de personnages au romancier et de modèles à l'artiste? Trop naturels pour les premiers, nous le sommes trop peu pour les seconds. Il n'y a guère que la mauvaise société dont on ait pu supporter le tableau dans les romans français ; Manon Lescaut en estla preuve. Le Sage, J.-J. Rousseau, Bernardin de Saint-Pierre, ont été obligés pour réussir d'établir leurs théâtres et de prendre leurs personnages hors de leur temps ou de leur pays. »

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