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L'origine de Rondeau


Cette petite pièce de poésie est d'origine française.


Les premiers rondeaux

Les premiers rondeaux dont parle notre histoire littéraire ont été composés par Venceslas de Luxembourg, duc de Brabant, et recueillis par Jean Froissard, l'historien, qui fit aussi des rondeaux, des virelais et des ballades vers la fin du XIVe siècle.
Villon est le premier qui ait trouvé le vrai tour du rondeau, et qui l'ait asservi à des refrains réglés. On trouve de très jolis rondeaux dans Marot et dans Saint-Gelais.


La composition du rondeau

Le rondeau comprend treize vers qui roulent sur deux rimes seulement, dont la première est employée huit fois, et l'autre cinq, en cet ordre : le premier vers, le deuxième, cinquième, sixième, septième, neuvième, dixième et treizième riment ensemble, et sont masculins ou féminins, comme on veut : les autres cinq riment pareillement entre eux, et la rime y est d'espèce différente de celle des autres. On distribue ces rimes dans deux stances de cinq vers, séparées par un tercet, et on ajoute au bout du tercet et de la dernière stance un refrain pris des premières paroles du rondeau, qui tire son nom de ce qu'il semble ainsi se reprendre, et retourner sur lui-même.
Le refrain ou la reprise fait la plus grande beauté du rondeau. Il faut que la chute y soit naturelle et délicate, et que dans les trois endroits où le mot est placé les applications en soient différentes et ingénieuses. (Morgues, Traité de la poésie française, 1685).


Le style du rondeau

La grâce, la finesse, la naïveté, forment le caractère principal de ce genre de poème, auquel le style familier ou marotique conviennent mieux que le style soutenu et sérieux, et où l'on préfère le vers de dix ou de huit syllabes au vers de douze syllabes, dont le rythme est trop noble et trop imposant. Le rondeau suivant, en même temps qu'il explique les règles, peut servir d'exemple :

Ma foi, c'est fuit de moi, car Isabeau
M'a conjuré de lui faire un rondeau.
Cela me met en une peine extrême :
Quoi, treize vers, huit en eau, cinq en ème !
Je lui ferais aussitôt un bateau.
En voilà cinq pourtant en un monceau.
Formons en bruit en invoquant Brodeau ;
Et puis mettons, par quelque stratagème,
Ma foi, c'est fait.
Si je pouvais encore de mon cerveau
Tirer cinq vers, l'ouvrage serait beau.
Mais cependant me voilà dans l'onzième ;
Et si je crois que je fais le douzième,
En voilà treize ajustés au niveau ;
Ma foi, c'est fait.

(Voiture)

La Fontaine et madame Deshoulières sont les derniers qui se soient exercés dans ce genre de poésie. Nos poètes modernes méprisent ce petit poème, parce que le naïf en fait le caractère, et que tout le monde aujourd'hui veut avoir de l'esprit.


Le rondeau redoublé

Il existe une autre sorte de rondeau, qu'on appelle rondeau redoublé. Le roudeau redoublé est ordinairement composé de cinq quatrains ; les quatre derniers se terminent successivement par un vers du premier. On y joint quelquefois un envoi, où se trouvent assez souvent, et par forme de refrain, les deux ou trois premiers mots de tout le poème.

Épris d'amour pour la jeune Climène,
J'ai soupiré pour elle un jour ou deux :
Si l'insensible eût partagé ma peine,
J'aurais longtemps brûlé des mêmes feux.

Depuis l'instant qu'un dépit courageux
M'ôta du cœur celle passion vaine,
Je ne saurais que plaindre un langoureux
Épris d'amour pour la jeune Climène.

Elle croyait me tenir dans sa chaîne ;
Mais quelque sot : pourquoi perdre des vœux ?
Je sais trop bien qu'elle est fière, inhumaine :
J'ai soupiré pour elle un jour ou deux.

Je ne dis pas que mon cœur amoureux
N'eût soupiré pour elle une semaine.
J'aurais nourri cet amour dangereux,
Si l'insensible eût partagé ma peine.

Divin Bacchus, ta liqueur souveraine
M'a garanti d'un incendie affreux.
Sans ton secours, élève de Silène,
J'aurais longtemps brûlé des mêmes feux.

Envoi
Garder six mois une fièvre quartaine
Est, à mon sens, un mal moins rigoureux
Que d'adorer une fille hautaine
Qui de mépris relance un malheureux
Épris d'amour.

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