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L'origine de Saint-Barthélémi


C'est le nom qu'on a donné à la journée du 24 août 1572, où plusieurs milliers de huguenots furent massacrés à Paris, sous le règne de Charles IX.


La préparation du complot

On sait que le feu des guerres civiles avait embrasé la France sous la minorité de Charles IX : la religion en était le sujet parmi les peuples et le prétexte parmi les grands. La reine-mère, Catherine de Médicis, avait plus d'une fois hasardé le salut du royaume pour conserver son autorité, armant le parti catholique contre le protestant et les Guises contre les Bourbons pour accabler les uns par les autres. Charles IX avait pris le pli qu'elle voulait, étant aveuglément soumis à ses volontés.
Le duc d'Anjou, qui fut depuis Henri III, était absolument dans ses intérêts ; elle ne craignait d'autres ennemis que Jeanne d'Albret, Coligni et les protestants ; elle crut qu'un seul coup pouvait les détruire tous, et rendre son pouvoir immuable : elle pressentit le roi, et même le duc d'Anjou, sur son dessein. Tout fut concerté, et les pièges étant préparés, une paix avantageuse fut proposée aux protestants : Coligni, fatigué de la guerre civile, l'accepta avec chaleur. Charles, pour ne laisser aucun sujet de soupçon, donna sa sœur en mariage au jeune Henri de Navarre ; Jeanne d'Albret, trompée par des apparences si séduisantes, vint à la cour avec son fils, Coligni et tous les chefs des protestants. Le mariage fut célébré avec pompe ; toutes les manières obligeantes, toutes les assurances d'amitié, tous les serments si sacrés parmi les hommes, furent prodigués par Catherine et par le roi : le reste de la cour n'était occupé que de fêtes, de jeux, de mascarades.


L'exécution du complot

Enfin l'exécution du complot fut fixée au 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélemi. La veille, Tavanes fit venir en présence du roi le prévôt des marchands, Jean Charon, et Marcel, son prédécesseur, qui avaient grand crédit auprès du peuple ; il leur donna l'ordre de faire armer les compagnies bourgeoises, et de les tenir prêtes pour minuit à l'hôtel-de-ville. Ils promirent d'obéir ; mais quand on leur dit le but de l'armement, ils tremblèrent et commencèrent à s'excuser sur leur conscience. Tavanes les menaça de l'indignation du roi, et il tâchait même d'exciter contre eux le monarque, trop indifférent à son gré.
« Les pauvres diables, ne pouvant pas faire autre chose, répondirent alors : Eh ! le prenez-vous là, sire, et vous, monsieur ? Nous vous jurons que vous en aurez nouvelles ; car nous y mènerons si bien les mains à tort et à travers, qu'il en sera mémoire à jamais. Voilà, ajoute Brantôme, comme une résolution prise par force a plus de violence qu'une autre, et comme il ne fait pas bon acharner un peuple car il y est après plus âpre qu'on ne veut. » Ils reçurent ensuite les instructions : savoir, que le signal serait donné par la cloche de l'horloge du Palais ; qu'on mettrait des flambeaux aux fenêtres ; que les chaînes seraient tendues ; qu'ils établiraient des corps-de-garde dans toutes les places et carrefours, et que pour se reconnaître ils porteraient un linge au bras gauche et une croix blanche au chapeau.
Tout s'arrange selon ces dispositions, dans un affreux silence. Le roi, craignant de faire manquer l'entreprise par trop de pitié, n'ose sauver le comte de La Rochefoucauld, qu'il aimait. Le voyant sur le soir prêt à sortir du Louvre, Charles l'invite, le presse d'y rester ; le comte refuse : Charles, ne pouvant le retenir sans risquer d'être deviné, l'abandonne à son sort, gémissant au fond du cœur de se voir forcé de le sacrifier à la sûreté de son secret. « Je vois bien, dit-il, que Dieu a résolu sa mort. »
L'ordre devait être donné à la pointe du jour par la cloche du Palais : mais Catherine, impatiente de mettre en mouvement les acteurs de cette sanglante tragédie, trouve que le moment en serait trop retardé par la distance du Palais au Louvre ; et c'est à Saint Germain-l'Auxerrois que le tocsin commence à sonner par ses ordres. Le roi sortit alors de son appartement, entra dans un cabinet attenant à la porte du Louvre, et regarda dehors avec inquiétude.
Le vindicatif Guise avait à peine attendu le signal pour se rendre chez l'amiral. Au nom du roi, les portes sont ouvertes, et celui qui en avait rendu les clefs est poignardé sur-le-champ. Les Suisses de la garde navarroise, surpris, fuient et se cachent : trois colonels des troupes françaises, accompagnés de Petrucci, Siennois, et de Bême, Allemand, escortés de soldats, montent précipitamment l'escalier, et enfonçant la porte de Coligni, A mort ! s'écrient-ils tous ensemble d'une voix terrible, A mort ! Au bruit qui se faisait dans sa maison, l'amiral avait jugé d'abord qu'on en voulait à sa vie ; il s'était levé, et appuyé contre la muraille, il faisait ses prières. Bême l'aperçoit le premier. « Est-ce toi qui es Coligni ? » lui dit-il en lui présentant la pointe de son épée. « C'est moi-même » répond celui-ci d'un air tranquille. « Jeune homme, ajouta-t-il, tu devrais respecter mes cheveux blancs. » Pour réponse, Bême lui plonge son épée dans le corps, la retire toute fumante, et lui coupe le visage ; mille coups suivent le premier, et l'amiral tombe nageant dans son sang. « C'en est fait ! » s'écrie Bême par la fenêtre. « M. d'Angoulême ne le veut pas croire, répond Guise, qu'il ne le voie à ses pieds. » On précipite le cadavre par la fenêtre ; le duc d'Angoulême essuie lui-même le visage pour le reconnaître, et on dit qu'il s'oublia jusqu'à le fouler aux pieds.
Aux cris, aux hurlements, au vacarme épouvantable qui se fit entendre de tous côtés, sitôt que la cloche du Palais sonna, les calvinistes sortent de leurs maisons , demi-nus, encore endormis et sans armes : ceux qui veulent gagner la maison de l'amiral sont massacrés par les compagnies des gardes postées devant sa porte ; veulent-ils se réfugier dans le Louvre, la garde les repousse à coups de piques et d'arquebuses ; en fuyant, ils tombent au milieu des troupes du duc de Guise et des patrouilles bourgeoises, qui en font un horrible carnage. Des rues on passe dans les maisons, dont on enfonce les portes ; tout ce qui s'y trouve, sans distinction d'âge ni de sexe, est massacré ; l'air retentit des cris aigus des assassins et des plaintes douloureuses des mourants. Le jour vient éclairer la scène affreuse de cette sanglante tragédie. « Les corps détranchés tombaient des fenêtres, les portes-cochères étaient bouchées de corps achevés ou languissants, et les rues de cadavres qu'on traînait sur le pavé à la rivière. » (D'Aubigné, tome II)
Le palais du roi fut un des principaux théâtres du carnage ; car le prince de Navarre logeait au Louvre, et tous ses domestiques étaient protestants. Quelques uns d'entre eux furent tués dans leurs lits avec leurs femmes ; d'autres s'enfuyaient tout nus, et étaient poursuivis par les soldats sur les escaliers de tous les appartements du palais, et même jusqu'à l'antichambre du roi. La jeune femme de Henri de Navarre, éveillée par cet affreux tumulte, craignant pour son époux et pour elle-même, saisie d'horreur et à demi morte, sauta brusquement de son lit. A peine eut-elle ouvert la porte de sa chambre que quelques uns de ses domestiques protestants coururent s'y réfugier ; les soldats entrèrent après eux, et les poursuivirent en présence de la princesse. Un d'eux, qui s'était caché sous son lit, y fut tué ; deux autres furent percés de coups de hallebarde à ses pieds : elle fut elle-même couverte de sang.
Le massacre dura trois jours, et il y a peu de familles distinguées qui ne trouvent dans la liste des proscrits quelque infortuné de son nom. La Rochefoucauld, Jean de Crussol, frère d'Antoine et de Jacques, Téligni, Pluviaut, Berny, Clermont, Lavardin, Caumont de La Force, Pardaillan, Lévis, et mille autres braves capitaines, périrent par le poignard. Quelques uns se sauvèrent, entre lesquels on compta Rohan, le vidame de Chartres et Montgommeri, Grammont, Duras, Gamaches, Bouchavannes, obtinrent grâce du roi.
Les Guises en épargnèrent aussi quelques uns, mais ces exemples d'humanité furent rares. « Saignez! saignez ! s'écriait l'impitoyable Tavanes ; les médecins disent que la saignée est aussi bonne en ce mois d'août comme en mai. » Le duc de Guise, le duc de Montpensier et M. d'Angouléme, se promenant dans les rues, disaient que c'était la volonté du roi, qu'il fallait tuer jusqu'au dernier, et écraser cette race de serpents. Excitées par ces exhortations, les compagnies bourgeoises s'acharnèrent au massacre de leurs concitoyens, comme elles l'avaient promis ; et l'on vit un nommé Crucé, orfèvre, montrant son bras nu et ensanglanté, se vanter que ce bras en avait égorgé plus de 400 en un jour.


Une déferlante de violence dans toute la France

Il ne faut pas croire que la religion seule aiguisa les poignards : plusieurs catholiques, reconnus pour tels, périrent dans le tumulte ; des héritiers tuèrent leurs parents, des gens de lettres leurs émules de gloire, des amants leurs rivaux de tendresse, des plaideurs leurs parties. La richesse devint un crime, l'inimitié un motif légitime de cruauté, et le torrent de l'exemple entraîna dans les excès les plus pitoyables des hommes faits pour donner aux autres des leçons d'honneur et de vertu. Brantôme rapporte que plusieurs de ses camarades, gentilshommes comme lui, y gagnèrent jusqu'à dix mille écus.
Les violences commises sous les yeux de la reine Marguerite prouvent que les meurtriers étaient incapables d'égards. Brion, vieillard octogénaire, gouverneur du prince de Conti, frère du jeune prince de Condé, se voyant poursuivi par les assassins, prit entre ses mains son jeune élève, comme une sauvegarde ; mais il n'en fut pas moins poignardé, malgré les efforts du prince, « qui mettait ses petites mains au-devant des coups. » Enfin il n'y eut genre de cruauté qui ne fût commis ; des enfants de dix ans tuèrent des enfants au maillot, et on vit des femmes de la cour parcourir effrontément de leurs yeux les cadavres des hommes de leur connaissance, cherchant matière à des observations libidineuses, qui les faisaient éclater de rire.
Le massacre fut également horrible à Meaux, à Angers, à Bourges, à Orléans, à Lyon, à Toulouse, à Rouen, sans compter les petites villes, les bourgs et les châteaux particuliers, où les seigneurs ne furent pas toujours en sûreté contre la fureur des peuples ameutés. Les cadavres pourrissaient sur la terre sans sépulture, et plusieurs rivières furent tellement infectées des corps qu'on y jetait, que ceux qui en habitaient les bords ne voulurent de longtemps boire de leurs eaux, ni manger de leurs poissons.


Quelques braves hommes

Ajoutons, pour la satisfaction du lecteur, rebuté de tant d'horreurs, que quelques commandants de provinces refusèrent de se prêter à l'exécution de ces ordres sanguinaires : le comte de Tendes, en Provence ; Gorde, en Dauphiné ; Chabot-Charni, en Bourgogne ; Saint-Héran, en Auvergne ; Mandelot, à Lyon ; de La Guiche, à Mâcon ; Tannegui-le-Veneur, Matignon et Villeneuve, en d'autres lieux.
De pareils noms doivent aller à la postérité. Jean Hennuyer, jacobin, évêque de Lisieux, obtint de celui à qui les lettres de la cour étaient adressées qu'il surseoirait au massacre, et par ce sage délai il sauva les calvinistes de sa ville et de son diocèse. Le vicomte d'Orthez, commandant à Bayonne, écrivit au roi : « Sire, j'ai communiqué le commandement de votre majesté à ses fidèles habitants et gens de guerre de la garnison. Je n'y ai trouvé que bons citoyens et braves soldats, mais pas un bourreau ; c'est pourquoi eux et moi supplions très humblement votre majesté de vouloir employer nos bras et nos vies en choses possibles ; quelque hasardeuses qu'elles soient, nous y mettrons jusqu'à la dernière goutte de notre sang. » Saint-Héran s'exprimait en ces termes : « Sire, j'ai reçu un ordre, sous le sceau de votre majesté, de faire mourir tous les protestants qui sont dans ma province. Je respecte trop votre majesté pour ne pas croire que ces lettres sont supposées ; et si, ce qu'à Dieu ne plaise, l'ordre est véritablement émané d'elle, je la respecte encore trop pour lui obéir. »
On respire, en voyant du moins que l'humanité n'était point bannie de tous les cœurs : mais la mort précipitée du vicomte d'Orthez et du comte de Tendes a fait croire que leur générosité fut récompensée par le poison.

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