Accueil > Les origines commençant par S > L'origine de sculpture

L'origine de Sculpture


Scupture, du latin sculpo, sculptum (graver, tailler au ciseau). C'est un art qui, par le moyen de la matière solide et du dessin, imite les objets palpables de la nature. On emploie à cet effet le bois, la pierre, le marbre, l'ivoire ; quelques métaux, tels que l'or, l'argent, le cuivre ; les pierres précieuses, comme l'agate, la cornaline, et autres. La sculpture comprend aussi la fonte, qu'on subdivise en l'art de faire des figures de cire et en celui de les fondre de toutes sortes de métaux.


Une origine indéterminée

Il est difficile de démêler, dans l'obscurité des siècles éloignés, les premiers inventeurs de la sculpture ; son origine, comme celle de la peinture, doit remonter à la plus haute antiquité. Partout l'homme, bientôt devenu idolâtre, a cherché à se représenter ses dieux. Les premiers qui pétrirent de la terre et taillèrent du bois furent les inventeurs d'un art grossier : un tronc d'arbre, une masse de terre, surmontés d'une forme arrondie, étaient pour eux une imitation suffisante des divinités ou des héros qu'ils voulaient représenter.
Moïse parle d'ouvrages de sculpture faits dans des siècles bien antérieurs à ceux où il écrivait ; il paraîtrait même, d'après la Genèse, que l'art de fondre les métaux et de les faire servir à des imitations de la nature fut connu des Israélites dans des temps fort reculés. Béséléel, encore dans le désert, orna le propitiatoire de deux figures de chérubins. Rien ne relèverait tant le mérite de la sculpture qu'une si noble destination, si elle l'avait remplie fidèlement ; mais longtemps avant la construction du tabernacle elle s'était vendue à l'idolâtrie. On voit dans l'Ecriture qu'une des causes qui ont donné le plus de cours à ce culte impie a été l'extrême beauté que les ouvriers s'efforçaient à l'envi de donner aux statues. Il paraît également avéré que la sculpture ne contribua pas peu à la corruption des mœurs par la nudité des images, et par des représentations contraires à la pudeur, comme les païens mêmes l'ont reconnu. Mais revenons sur nos pas.


La sculpture dans l'antiquité égyptienne

Les Égyptiens se glorifient d'avoir découvert la sculpture ; mais des obstacles s'opposèrent à ce qu'ils pussent la perfectionner : ces obstacles existaient principalement dans les lois, qui prescrivaient une continuité de principes et de pratique qui ne permettait pas aux artistes de rien ajouter à ce qu'avaient fait leurs prédécesseurs ; aussi leurs statues conservèrent-elles toujours une position raide et les bras pendants sur les côtés, attitude des porteurs de brancards, la seule qu'ils connussent.
L'anatomie, science si utile aux peintres et aux sculpteurs, était inconnue aux artistes de l'Égypte : l'étude en était interdite ; ceux même qui ouvraient les corps pour les embaumer étaient obligés de fuir pour se soustraire à la fureur du peuple : déplorable égarement de la superstition, essentiellement nuisible aux progrès des arts.
Malgré la constance des Égyptiens dans l'imitation de leurs anciens ouvrages, on distingue cependant chez eux, selon Winckelmann, deux styles différents, qui appartiennent à deux époques bien marquées : la première conduit jusqu'à la conquête de l'Egypte par Cambyse ; la seconde depuis Cambyse jusqu'à la domination des Grecs. Dans le premier style, les lignes de contour sont droites et peu saillantes, la position raide et gênée. Les figures assises ont les pieds serrés l'un contre l'autre, et les jambes parallèles ; les figures qui sont debout posent sur leurs pieds, l'un avance plus que l'autre ; et les bras adhérents aux côtés s'opposent à tout mouvement. Les figures de femmes ont le bras droit pendant sur le côté, et le bras gauche plié sous le sein ; les os et les muscles sont faiblement indiqués, ainsi que les vêtements, qui le sont seulement par un bord saillant qui entoure les jambes et le cou. En général les draperies de ces figures sont si peu apparentes, qu'on pourrait croire qu'elles n'ont aucune sorte de vêtement.
Les statues des hommes sont presque nues ; un tablier court, à petits plis, et attaché autour des hanches, est leur seul vêtement.
Dans les têtes égyptiennes les yeux sont plats et tirés obliquement ; l'os sur lequel posent les sourcils est aplati ; l'os de la joue est saillant et fortement prononcé ; le menton est toujours rapetissé et tiré. Ces caractères constants doivent au surplus être attribués au genre particulier de physionomie qui était le plus général dans la nation.
Les lois n'avaient rien prononcé relativement à la représentation des animaux ; aussi voit-on des sphinx et des lions égyptiens dans lesquels on admire un bon travail, et même un travail savant : variété de contours, coulant des formes, attachement des parties, sentiment des muscles et des veines.
Dans le deuxième style, les mains ont plus d'élégance, les pieds sont plus écartés l'un de l'autre ; quelques statues ne sont pas, comme celles de l'ancien style, appuyées à une colonne. Les vêtements, quoique plus apparents, tiennent encore du premier style.
Les statues égyptiennes, ordinairement exécutées en granit ou en basalte, sont toutes polies avec le plus grand soin, aussi bien celles qui sont placées sur les obélisques que celles qui devaient être vues de près. Quelques artistes inséraient souvent dans les yeux des statues des prunelles d'une matière précieuse. Les Indiens ont conservé cet usage, qui a été pratiqué quelquefois par les Grecs.


L'art de la sculpture chez les Étrusques

Les Étrusques, qui avaient donné une certaine perfection à la sculpture avant les Grecs, imprimèrent à leurs ouvrages la dureté de leurs mœurs ; le mouvement y est indiqué jusqu'à l'exagération. Ils eurent, comme les Égyptiens, deux styles bien distincts : dans le premier, les attitudes sont raides et forcées ; les têtes sont grêles, et n'offrent aucune idée de la beauté. Le second style se fait remarquer par la force de l'expression, et l'indication très ressentie des parties rendues avec quelque exagération. Cette seconde époque de l'art, chez les Étrusques, répond, selon Winckelmann, à celle où il parvint à la perfection chez les Grecs, c'est-à-dire au temps de Phidias.


La sculpture dans la Grèce antique

L'amour des Grecs pour la beauté, et les honneurs accordés aux vainqueurs dans les jeux publics, devaient nécessairement favoriser les progrès de la sculpture ; les occasions d'élever des statues étaient souvent répétées ; la religion et les lois civiles les multipliaient ; et les récompenses étant presque toujours décernées à la force, au courage et à la beauté, les ouvrages des artistes devaient être et furent en effet des modèles pour tous les peuples à venir.
Ainsi de grands talents se formèrent parmi ce nombre considérable de personnes qui cultivaient les arts, et les siècles de Périclès et d'Alexandre produisirent Phidias, Polyclète, Myron, Lysippe, Praxitèle, Scopas.
On assigne à l'antiquité grecque quatre styles différents : le style ancien, qui dura jusqu'à Phidias ; le grand style, qui fut imprimé à l'art par ce célèbre statuaire ; le style de la grâce, introduit par Praxitèle, Apelles et Lysippe ; enfin le style d'imitation, pratiqué par la foule des artistes qui furent les imitateurs de ces grands maîtres.
Les ouvrages de l'ancien style ne se distinguent ni par la beauté de la forme, ni par la proportion de l'ensemble. Le dessin des yeux est allongé et aplati ; la section de la bouche va en remontant vers les côtés ; le menton est pointu ; les boucles des cheveux ressemblent aux grains serrés d'une grappe de raisin, et l'on ne reconnaît point à quel sexe appartient la tête.
On voit par les médailles que les artistes des anciens temps recherchaient les attitudes outrées ; ils atteignirent à la finesse des détails avant de connaître la beauté de l'ensemble. La Pallas en marbre de la Villa-Albani en offre la preuve ; la forme du visage est barbare et mesquine ; mais la draperie est tout ce que l'on peut voir de plus soigné et de mieux fini.
Le second style se distingue par la grandeur ; mais il est dépourvu de cette grâce qui donne le charme à la beauté. Phidias, Polyclète, Scopas, Myron, et d'autres maîtres se rendirent célèbres par la réforme qu'ils firent en passant des parties trop prononcées et trop tranchantes d'une figure à des contours plus libres et plus coulants. On cite comme les monuments les plus considérables de cette époque Niobé et ses filles, et une Pallas qui se trouve aussi dans la Villa-Albani, mais qu'il ne faut pas confondre avec celle dont il est parlé plus haut.
Le caractère qui distingue le troisième style est la grâce. Lysippe fut peut-être celui qui ouvrit cette carrière nouvelle, en s'attachant plus que ses prédécesseurs à imiter ce que la nature a de doux, de pur et d'agréable ; mais, en se vouant aux grâces, il ne sacrifia de la première grandeur que ce qu'elle avait d'exagéré. Les statuaires du beau style empruntèrent des peintres cette grâce qui caractérise les ouvrages de la troisième époque, et que l'on distingue surtout dans ceux de Praxitèle.
C'est ici que commence le quatrième style. La grande réputation d'Apelles et de Praxitèle nuisit à l'émulation de leurs successeurs ; ceux-ci, désespérant de les surpasser et même de les atteindre, bornèrent leur ambition à les imiter. Bientôt même ce ne fut plus Praxitèle que l'on prit pour modèle, mais ceux qui l'avaient imité avec le plus de succès. C'est ainsi que l'on marcha vers la dégradation de l'art, chez les anciens comme chez les modernes. On cessa de chercher le beau pour se distinguer dans le fini des détails, et l'art retourna sur ses pas au lieu d'avancer. Cependant l'école dégénérée, et presque expirante, conservait encore quelque chose de la grandeur et de la simplicité de son style, et ses derniers ouvrages nous donnent d'utiles leçons.


Le déclin de la sculpture dans la Rome antique

Après la chute des républiques grecques, les beaux-arts furent transportés à Rome ; mais il est difficile d'établir dans quel temps ils y ont fleuri. On ne trouve point de bonnes statues avec des noms latins ; et, tout en admettant que les artistes romains aient grécisé leurs noms comme les modernes italianisent le leur, on n'a pas de données suffisantes pour assigner une époque précise de la splendeur de l'art à Rome. Cet empire demeura longtemps dans la simplicité rustique de ses premiers dictateurs et de ses consuls, qui n'estimaient et n'exerçaient d'autres arts que ceux qui servent à la guerre et aux besoins de la vie. On ne commença à montrer du goût pour les statues et les autres ouvrages de sculpture qu'après que Marcellus, Scipion, Flamininus, Paul-Emile et Mummius, eurent exposé aux yeux des Romains ce que Syracuse, l'Asie, la Macédoine, Corinthe, l'Achaïe et la Béotie avaient de plus beaux ouvrages en sculpture. Rome vit avec admiration les tableaux, les bronzes, les marbres, et tout ce qui sert de décoration aux temples et aux places publiques. On se piqua d'en étudier les beautés, d'en discerner toute la délicatesse, d'en connaître le prix ; et cette intelligence devint un nouveau mérite, mais en même temps l'occasion d'un abus funeste à la république.
Jusqu'à Néron les arts n'eurent que peu d'éclat à Rome ; mais de beaux ouvrages furent exécutés du temps de ce prince. On attribue à des artistes grecs la plupart des chefs-d'œuvre produits sous Trajan et sous Adrien ; on y trouve la simplicité des contours, l'accord des proportions et les beaux caractères de têtes ; en un mot le style des anciens.
La république de Rome, au temps de sa plus grande gloire, n'ayant donné de considération qu'aux gens de guerre, les artistes tombèrent dans le découragement ; ils renoncèrent à l'étude de l'art, qui devint alors une sorte de métier, et fut enfin plongé dans un abandon total. S'il se releva quelque temps, sous des princes qui l'aimaient, les révolutions de l'empire, l'abolition des images, l'invasion des barbares, portèrent les derniers coups au bon goût en détruisant ce qui restait encore des chefs-d'œuvre des anciens.


La redécouverte de l'art de sculpter dans l'Italie à partir du XIVe siècle

Il appartenait à la Toscane, qui avait donné les premiers peintres parmi les modernes, de produire aussi les premiers sculpteurs. Donato, plus connu sous le nom de Donatello, parut à la fin du XIVe siècle, et étonna sa patrie par son premier essai en sculpture : c'était une Annonciation en pierre. André Verrochio imagina le premier, entre les modernes, ce qu'avaient pratiqué les anciens, de mouler le visage des personnes mortes, pour conserver leur parfaite ressemblance. Il exécutait lui-même la foute de ses ouvrages. Son élève, Jean-François Austia, devint un des plus habiles sculpteurs de son temps ; il fit plusieurs ouvrages remarquables. Mais celui qui contribua le plus à faire sortir du néant la sculpture fut sans contredit Michel-Ange, qui, né vers la fin du XVe siècle, rappela chez les modernes le talent des Praxitèles en imitant si parfaitement les anciens maîtres grecs, que les plus savants y furent trompés : on sait que son Cupidon fut vendu pour une antique au cardinal de Saint-Grégoire.
Le degré de perfection donné à l'art par Michel-Ange a été soutenu par beaucoup d'artistes italiens : on cite, entre les plus célèbres, Guillaume Della Porta, inventeur de la méthode de fondre par les bras les grandes statues en bronze, méthode qui empêche le métal de se refroidir ; Bernini, qui approcha le plus du talent de Michel-Ange, quoique avec un style maniéré ; Camille Rusconi, mort au commencement du XVIIIe siècle, et dont les ouvrages rappelaient le style antique ; et le célèbre Canova, surnommé le Delille de la sculpture.


La sculpture en France

La France ne devait pas rester en arrière de l'Italie ; taudis que l'art de la sculpture florissait à Rome et à Florence, Jean Goujon, statuaire français, préparait une nouvelle gloire à sa patrie. Le goût prononcé de François Ier pour les beaux-arts favorisait les progrès de la sculpture, et encourageait les artistes. Les bas-reliefs de la fontaine des Nymphes (la fontaine des Innocents), chefs-d'œuvre de Goujon, méritent d'être cités entre les ouvrages modernes, comme se rapprochant le plus des sculptures anciennes. Au nombre des statuaires français qui se sont placés au premier rang des artistes modernes, on cite Jean de Bologne, mort au commencement du XVIIe siècle ; Jacques Sarazin, qui possédait de grandes parties de l'art, l'élégance et les grâces jointes à la sévérité, et qui fut le chef d'une école féconde en sculpteurs célèbres, parmi lesquels on compte Legros et Léranbert. Ces belles cariatides que l'on voit dans une des galeries du Louvre sont de Sarazin.
François Anguier, encouragé par les bienfaits de Louis XIII, fut l'un des premiers sculpteurs français qui ait donné le sentiment à la pierre ; on lui reproche cependant une manière un peu ronde et pesante. Son frère, Michel, acquit aussi une grande réputation ; elle fut couronnée par les statues et les bas-reliefs de la porte Saint-Denis, ses derniers travaux. Pierre-Paul Puget, peintre, architecte et sculpteur, est auteur de la célèbre statue de Milon, placée dans le parc de Versailles. Depuis Michel-Ange, aucun artiste peut-être n'avait reçu plus que lui le génie de la sculpture. François Girardon est, de tous les statuaires employés pour le faste de Louis XIV, l'artiste qui a laissé le nom le plus célèbre. Le mausolée de Richelieu, qu'il fit pour l'église de la Sorbonne, ajouta encore à sa réputation, ainsi que la statue équestre de Louis XIV, érigée sur la place Vendôme. Son vieil Anchise tenant par la main son petit-fils Ascagne est compté parmi ce que les statuaires français ont produit de plus précieux. Guillaume Coustou, élève de l'antique et de la nature, a perfectionné par l'inspiration de celle-ci les principes puisés dans l'autre. Entre les morceaux qui assurent sa réputation, on met dans un rang distingué le fronton du château d'eau vis-à-vis le Palais-Royal.
N'oublions pas Edme Bouchardon, auteur de la fontaine de la rue de Grenelle, à Paris, et de la statue équestre de Louis XV ; ce sculpteur, dont la sagesse et la pureté caractérisent le talent, a rassemblé toutes les perfections de l'art et les beautés de l'antique.
Enfin, de nos jours, parmi le grand nombre de statuaires qui enrichissent notre école, la postérité en placera sans doute au premier rang plusieurs qui cherchent à nous rappeler dans leurs ouvrages les grands maîtres tant anciens que modernes.


La sculpture en bois

En l'an XI (1802), M. Lenormand inventa un procédé à l'aide duquel il est parvenu à mouler les sculptures en bois, avec une pâte composée de râpure de bois tamisée, de colle de Flandre et de colle de poisson. « Ces moulures, est-il dit dans les Annales des arts et manufactures, imitent parfaitement le bois sculpté à la manière ordinaire et peuvent être dorées facilement. Par un procédé analogue l'auteur est parvenu à mouler ainsi des figures qui n'éprouvent aucune altération de l'humidité ou de la sécheresse de l'air, enfin de la chaleur jusqu'à cinquante degrés du thermomètre de Réaumur. Ces sculptures ont la solidité du bois ; elles sont même préférables, parce qu'elles ne sont pas susceptibles de s'enlever par parties. »

Autres origines :