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L'origine de Seigneur et seigneurie



L'évolution de l'emploi du mot Seigneur en France

Seigneur vient du latin senior (vieillard) ; mais il a reçu dans les temps modernes une signification différente de celle qu'avait chez les Latins le mot dont il tire sou étymologie. Dans nos mœurs les seigneurs sont des hommes distingués par leur naissance ou par leurs titres, et qui composent les cours des monarques de l'Europe. Dans le Ve siècle on donnait cette qualification non seulement aux hommes, mais même aux saints ; elle fut par la suite accordée aux princes, aux papes, aux évoques, aux abbés et aux moines.
Avant la révolution on appelait seigneur celui qui tenait en fief la justice d'un lieu, ou qui possédait un héritage soit en fief, soit en franc-aleu. Les grands du royaume et ceux qui possédaient des seigneuries titrées prenaient le titre de haut et puissant seigneur.


La seigneurie dans l'antiquité

Chez les Hébreux, les Grecs, les Romains, et autres peuples de l'antiquité, il n'y eut d'autre seigneurie et supériorité que celle qui était attachée à la souveraineté, ou aux offices qui faisaient partie de la puissance publique. Ceux que, dans les Gaules, on appelait principes regionum atque pagorum étaient des gouverneurs de provinces et de villes, ou des magistrats et des juges ; mais, par succession de temps, les seigneuries, qui n'étaient que de simples offices, furent converties en propriétés.
Lorsque les Francs eurent achevé la conquête des Gaules, ils ne furent pas en assez grand nombre pour posséder toutes les terres ; ils n'en prirent que le tiers, qui fut divisé en terres saliques, en bénéfices militaires et en domaines du roi. Les Gaulois qui se soumirent conservèrent le reste, et ce fut le plus grand nombre. Les terres saliques étaient celles qui échurent en partage à chaque Franc, et qui par conséquent devinrent héréditaires. Les bénéfices militaires étaient des terres qui demeuraient à l'état, et que les rois devaient distribuer, pour récompenses viagères, à ceux qui en méritaient par leurs actions ou par l'ancienneté de leur service. Les domaines du roi étaient les parts considérables qu'avait eues le chef dans le partage général. Ces parts dispersées dans tout le royaume, et au nombre de plus de cent soixante, composaient le principal revenu des rois de la première et de la seconde race. Il consistait, non comme aujourd'hui, en des maisons de plaisance avec de vastes jardins embellis par l'art, mais en de bonnes métairies, situées ordinairement au milieu des forêts, où l'on tenait des haras, où l'on nourrissait des bœufs, des vaches, des veaux, des moutons, de la volaille, etc. Ces rois, pour leur plaisir et leur amusement, voyageaient toute l'année de l'une à l'autre de ces métairies, y vivaient même du produit de ces terres, et les provisions qui n'étaient pas consommées dans leur palais étaient vendues à leur profit. Charlemagne faisait vendre les poulets des basses-cours de ses métairies et les légumes de ses jardins. Ce qu'on appelait une terre ou une métairie, sous la première et la seconde race, n'était pas seulement une certaine quantité d'arpents et quelques bâtiments, mais encore les bestiaux et les esclaves qui la mettaient en valeur.
Il y avait aussi des terres attachées aux grandes et aux petites magistratures. Les juges étaient tous militaires, et la loi salique leur ordonnait de passer leur bouclier à leur bras quand ils prononçaient un jugement.


La formation de fiefs et d'arrière-fiefs

Comme les comtes et les ducs profitèrent des troubles du royaume pour convertir leurs titres et leurs commissions en dignités héréditaires dans leurs familles, comme ils se firent seigneurs et propriétaires des provinces et des villes qui ne leur avaient été confiées que pour un temps, ceux qui se trouvèrent revêtus de magistratures moins considérables, ou de bénéfices militaires, suivirent bientôt leur exemple. Ils se soutinrent les uns et les autres dans leurs usurpations ; et voilà, si l'on en croit la plupart des légistes, l'origine des fiefs et arrière-fiefs. C'est ce qui fit que les deux derniers rois de la seconde race ne furent pas les plus riches seigneurs de leur royaume ; car il ne leur restait plus pour tout domaine que les villes de Laon, de Soissons et de Compiègne.
Le règne de Louis II, surnommé le Bègue, mort en 879, et qui ne régna que dix-huit mois, est l'époque de tant de seigneuries, de duchés, de comtés, qui furent possédés par des particuliers ; et celui de Charles-le-Simple, en 898, est celle de toutes les petites souverainetés qui se formèrent insensiblement dans l'état. Elles n'étaient originairement que des commissions amovibles possédées par des seigneurs ; on souffrit qu'elles passassent du père au fils ; insensiblement on s'accoutuma à regarder comme un propre ce qui n'avait été confié qu'à titre de place ; on en vint enfin jusqu'à vouloir faire une souveraineté de ce qui n'était d'abord qu'un simple gouvernement.
Les principaux usurpateurs furent le duc de Frioul, petit-fils, par sa mère, de Louis-le-Débonnaire ; Gui, duc de Spolette, arrière-petit-fils de Charlemagne par une fille de Pépin, roi d'Italie ; Louis, fils de Boson, petit-fils, par Hermengarde, de l'empereur Louis II ; Rodolphe, fils de Conrad, comte de Paris, petit-neveu de l'impératrice Judith, femme de Charles-le-Chauve ; et Eudes, fils du fameux Robert-le-Fort, comte d'Anjou, qui, suivant quelques généalogistes, descendait de Childebrand, frère de Charles-Martel, et oncle de Charlemagne.

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