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L'origine de Serment


Les serments commencèrent à s'établir presque en même temps que les hommes commencèrent à tromper ; aussi les poètes disent que le serment est fils de la discorde. Lorsqu'on ne se reposa plus sur de simples promesses, non seulement le serment devint le gage des protestations, mais ce gage lui-même ne présentant pas un appui suffisant à la sincérité, le serment dans la suite eut besoin d'être accompagné de certaines formes, de certaines cérémonies, qui en garantissaient l'inviolabilité.


La religion comme base du serment

Abraham dit au roi de Sodome : J'en lève la main devant le Seigneur, le Dieu très haut, le possesseur du ciel et de la terre. Abimélech ayant exigé de ce patriarche qu'il lui jurât par le nom de Dieu qu'il ne lui ferait aucun mal, le père d'Isaac lui répondit : Je vous le jure. Eliézer fit serment à Abraham par le Seigneur du ciel et de la terre, et Jacob jura à Laban par le Dieu que son père redoutait. La religion fut toujours la base du serment ; et quand elle dégénéra en idolâtrie on jura par les idoles.
C'est ainsi que les Égyptiens jurèrent non seulement par leurs dieux Isis et Osiris, mais encore par Anubis, par le bœuf Apis, par le crocodile, par l'ail, par le poireau, objets de leur culte superstitieux. Les Perses prenaient le soleil à témoin ; les Scythes juraient par l'air et par le cimeterre, leurs deux principales divinités. A Athènes, on jurait le plus souvent par Minerve, déesse tutélaire de cette ville ; à Lacédémone, par les fils de Jupiter, Castor et Pollux, descendus par leur mère des rois du pays ; en Sicile, par Proserpine. Les vestales juraient par Vesta, à qui elles étaient consacrées ; les femmes mariées par Junon, qui présidait à la paix et au bonheur du ménage ; les laboureurs par Cérès ; les vendangeurs par Bacchus ; les chasseurs par Diane ; les amants par Vénus et par son fils, etc.
On jurait non seulement par les divinités, mais encore par tout ce qui relevait de leur empire, par leurs temples, par les marques de leur divinité, par les armes qui leur étaient particulières. Juvénal nous présente une longue liste des armes des dieux par lesquelles les jureurs de profession tâchaient de donner du poids à leurs paroles. Un homme de caractère, dit-il, brave dans les serments les rayons du soleil, et les foudres de Jupiter, et le glaive de Mars, et les traits d'Apollon, et les flèches de Diane, et le trident de Neptune, et l'arc d'Hercule, et la lance de Minerve, et enfin, ajoute ce poète avec une emphase qui ne se dément pas, tout ce qu'il y a d'armes dans les arsenaux du ciel.


Le serment en France

Quand les anciens Francs partaient pour la guerre, ils juraient de ne se point faire la barbe qu'ils n'eussent vaincu leurs ennemis : c'est ce qu'ils firent quand Clovis les conduisit contre Alaric. L'usage était encore de tirer, d'agiter et de secouer leurs épées, quand ils s'engageaient par serment de faire observer quelque chose.
Les Français, après avoir embrassé le christianisme, juraient communément dans quelque lieu saint, sur l'Évangile, sur la croix, ou sur les reliques des saints. Ils étaient à genoux, et ils élevaient la main pour toucher l'autel et ce qu'on y avait placé, soit l'Évangile, soit la croix, etc.
Les évêques et les prêtres ne touchaient point les choses sur lesquelles ils juraient, ce qu'on appelait jurare inspectis sacris, c'est-à-dire jurer en présence des choses saintes ; et l'autre manière s'appelait jurare super sacra, ce qui signifie jurer sur les choses saintes. C'est de là sans doute que nous est restée la coutume de lever la main en faisant serment, et pour les prêtres de la tenir étendue sur la poitrine.


Les serments et jurons des rois français

Plusieurs de nos rois avaient un serment qui leur était particulier. Le serment ou plutôt le juron de Philippe-le-Hardi était par Dieu qui me fit ; Philippe-Auguste jurait par les saints de France ; un des serments favoris de Louis XI était pâques Dieu, ainsi que celui qu'il faisait sur la croix de Saint-Lô d'Angers; celui de Charles VIII était jour de Dieu ; celui de Louis XII, le diable m'emporte ; celui de François Ier, foi de gentilhomme ; celui de Charles IX était par le sang-Dieu, par la mort Dieu ; celui de Henri IV était ventre-saint-gris.
Tous leurs successeurs ont également juré. Louis XIV jurait encore dans sa jeunesse ; mais il rougit de cette habitude grossière, et parvint à la surmonter. On voit par notre histoire que quelques particuliers de marque, distingués autant par leur naissance que par leur bravoure, avaient aussi des serments qui leur étaient familiers et propres, comme si c'eût été une devise. La Trémouille, qui, en 1613, soutint contre les Suisses le siège de Dijon, jurait par le vrai corps de Dieu ; Charles de Bourbon, par sainte Barbe ; Philibert, prince d'Orange, par saint Nicolas ; La Roche du Maine, tête de Dieu pleine de reliques.


La répression des jurons par saint Louis

« L'usage fort ancien, dit M. Dulaure dans son Histoire de Paris, qui s'est constamment maintenu, et qui se maintient encore, de prendre Dieu ou quelques objets sacrés à témoin, pour affirmer un fait, parut aux yeux de saint Louis un très grand crime. Tous les rois ses prédécesseurs avaient adopté un juron ; lui-même jurait par tous les saints de céans ; mais, s'étant défait de cette habitude ; il voulut que chacun l'imitât. Il punissait très rigoureusement les jureurs et blasphémateurs, qui, pour la plupart, l'étaient sans réflexion et sans intention de blasphémer. Dans son ordonnance, il leur inflige des amendes excessives, la prison au pain et à l'eau, le fouet, le supplice de l'échelle, etc. Ces peines sont graduées suivant la gravité du jurement ou l'âge de celui qui l'a proféré. Il condamne à une amende ceux qui, ayant entendu jurer, ne dénoncent pas le jureur. Il récompense les dénonciateurs, et même ceux qui dénoncent les juges trop indulgents pour ce délit ; il encourage la délation ; il établit l'espionnage.
Les Annales de Guillaume de Nangis et la Vie de saint Louis, par le confesseur de la reine Marguerite, s'accordent à dire que ce roi faisait marquer au front, brûler les lèvres, percer la langue aux jureurs avec un fer ardent. Il avait fait fabriquer pour ce supplice un fer rond, muni d'une baguette au milieu, qu'il faisait appliquer tout rouge sur les lèvres du patient attaché à l'échelle, et qui avait autour du cou des boyaux de bêtes pleins d'ordure ; il leur faisait cuire les lèvres. »

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