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L'origine de Siège



Les sièges dans l'antiquité

La forme qu'avaient anciennement les sièges dans la Grèce ne nous est pas bien connue. On présume qu'ils étaient entièrement de bois, et n'avaient qu'un simple dossier sans bras. Ces sièges étaient toujours accompagnés d'un marchepied, soit qu'on s'en servît dans les appartements pour la conversation, soit même à table pour manger. Chez les grands on les couvrait de peaux, de tapis et d'étoffes couleur de pourpre. La même magnificence éclatait sur les bois des sièges, comme sur les bois des lits ; ils étaient travaillés avec soin et revêtus de beaucoup d'ornements.
La forme des sièges a beaucoup varié chez les différents peuples de l'antiquité ; chez les Romains elle était la marque de la dignité.


La chaise curule

La chaise curule était un siège d'ivoire, pliant et sans dossier, sur lequel s'asseyaient les rois, et dans la suite les premiers magistrats, tels que les dictateurs, les consuls, les proconsuls, les censeurs, les préteurs et les grands édiles ; ceux des sénateurs qui avaient été honorés des grandes dignités de la république, conservaient toute leur vie le droit de s'asseoir sur la chaise curule, tant au sénat que partout ailleurs. « On remarque principalement, dit Millin, la sella curulis (chaise curule) sur les médailles des familles Lollia, Cornelia, Cestia ; et cette espèce de banc particulier aux édiles, aux questeurs et aux magistrats inférieurs, sur les médailles des familles Sulpicia et Critonia. Les empereurs, faisant assis des largesses ou des allocutions, sont toujours sur la chaise curule. Ce n'est que dans le bas-empire que les empereurs d'Orient et les consuls ont pris l'usage des sièges à dos et des marchepieds, comme on en voit sur les diptyques ; tel est aussi le fauteuil de Dagobert au cabinet des antiques de la Bibliothèque royale ; mais le siège conserva toujours la forme de la sella curulis. »


Le siège d'une ville

Cette partie de l'art militaire qui concerne l'attaque et la défense des places, n'était pas absolument inconnue dans l'Asie. Il est parlé dans l'Écriture de plusieurs sièges ; ceux de Samarie, de Tyr et de Jérusalem peuvent nous fournir quelques lumières sur les moyens dont les Asiatiques faisaient usage pour réussir dans ces sortes d'opérations. On voit que leur manière ordinaire d'attaquer une place consistait à l'environner de fossés et de murailles si exactement qu'aucun des habitants ne pût en sortir ; on faisait ensuite approcher les béliers pour renverser les portes et les murs ; lorsque la brèche était jugée assez considérable on tentait l'assaut. Pour favoriser et faciliter celle manœuvre, on élevait des terrasses qu'on garnissait d'archers et de frondeurs qui écartaient les assiégés de la brèche : on employait aussi la sape pour renverser les murs de la place. Voilà quelle était dans les siècles qui se sont écoulés depuis l'établissement de la royauté chez les Hébreux jusqu'à leur retour de la captivité, et quelle a presque toujours été autrefois la manière dont on se rendait maître des places qu'on assiégeait.
A l'égard de la défense de ces mêmes places, elle consistait dans la force et l'épaisseur des murailles qui souvent étaient terrassées, dans la largeur du fossé qui les environnait,, dans la hauteur des tours, et dans les différentes machines qu'on employait pour lancer au loin de longues flèches et jeter de gros quartiers de pierre. Ces moyens étaient suffisants alors pour mettre une place en état de tenir longtemps. Le siège de Tyr par Nabuchodonosor dura treize ans, et celui d'Azoth par Psammétique vingt-neuf. Ces faits n'ont rien d'absolument incroyable, si l'on fait réflexion que la situation d'une place, aidée de quelques ouvrages, pouvait autrefois la rendre imprenable. D'ailleurs on ne doit envisager les sièges de Tyr et d'Azoth que comme des blocus ; c'était la seule ressource qu'on pût employer pour se rendre maître de pareilles villes : il fallait les réduire par la famine, et ce moyen n'était pas aisé dans un temps où la plupart des grandes villes renfermaient autrefois dans leur intérieur un certain espace de terres labourables.
Lorsque les assiégeants avaient ouvert une brèche aux murailles de la place, les assiégés pour se défendre se servaient assez souvent d'arbres coupés qu'ils étendaient sur le front de la brèche, fort près les uns des autres, afin que les branches s'entrelaçassent ; outre cela, les troncs étaient attachés ensemble par de forts liens, de façon qu'il était impossible de les séparer, ce qui formait une haie impénétrable derrière laquelle on rangeait des soldats armés de lances et de pertuisanes. Si les assiégés se trouvaient tout d'un coup ouverts, alors, pour avoir le temps de se remparer, ils jetaient au bas et sur les décombres de la brèche une quantité prodigieuse de bois sec et de matières combustibles, auxquelles ils mettaient le feu pour empêcher les assiégeants d'en approcher.
Les Grecs et les Romains, indépendamment des moyens qui viennent d'être indiqués, faisaient un usage fréquent de l'escalade : il y en avait de deux sortes ; dans l'une on employait des échelles, et on avait soin qu'elles fussent au moins deux pieds plus hautes que les murs qu'on voulait escalader ; dans l'autre on escaladait les murailles quand elles n'étaient pas fort élevées. Alors les soldats s'avançaient par pelotons au pied des murailles en se serrant et se couvrant la tête de leurs boucliers, de façon que les premiers rangs se tenant debout, les suivants se baissant un peu, et les derniers étant à genoux, leurs boucliers arrangés les uns sur les autres comme des tuiles formaient une espèce de toit que les Romains appelaient tortue (testudo). Cette voûte était si ferme et si solide que tout ce qu'on y jetait du bain des murs glissait sans la rompre et sans blesser les soldats qui étaient dessous. On faisait monter sur ce toit de boucliers d'autres soldats qui, se couvrant de même, en formaient un second qui égalait quelquefois la bailleur des murs de la ville ; alors ces soldats avec leurs javelines tâchaient d'écarter ceux qui y paraissaient pour les défendre.
Les anciens faisaient aussi un grand usage des tours mobiles qu'ils élevaient sur un assemblage de poutres et de forts madriers. Leur hauteur était proportionnée à leur base ; elles avaient quelquefois trente pieds en carré, et quelquefois quarante ou cinquante ; elles étaient si hautes qu'elles surpassaient les murailles et même les tours des villes.


Les moyens utilisés dans les sièges français

Les premiers Français se servaient dans les sièges à peu près des mêmes machines que les Romains, ainsi qu'on peut le voir par ce que rapporte Grégoire de Tours de celui de Comminges, fait par Leudégésile, commandant de l'armée de Gontran, roi de Bourgogne. Ils avaient, comme nous, des places de guerre destinées à arrêter l'ennemi, et qui furent longtemps appelées fermetés (firmitates), et ensuite fertés : de là vient que plusieurs villes portent encore le nom de ferté, comme la Ferlé-Milon, la Ferté-sur-Aube, etc. Ils faisaient des retranchements avec les roues de leurs chariots, qu'ils enfonçaient dans la terre jusqu'au moyeu ; ils construisaient, comme les Romains, des tours de bois, à la différence que ces tours n'étaient pas mobiles ; dans la suite on substitua à ces tours de simples redoutes ou des forts de distance en distance, et l'on donna à ces redoutes le nom de bastides. On assiégeait par bastides, lorsqu'on n'avait pas assez de troupes pour faire une circonvallation entière. Les forteresses se bâtissaient ordinairement sur les montagnes ou sur les lieux de difficile accès, d'où viennent ces noms, si communs en France, de Rochefort, Montfort, et autres semblables. Plusieurs forteresses avaient un donjon flanqué de trois ou quatre tours pour servir de retraite aux assiégés, s'il arrivait qu'ils fussent emportés d'assaut.
Depuis Charles V, la figure angulaire parut flanquer mieux que la figure ronde qui avait été adoptée jusqu'alors, et l'on s'aperçut qu'on pouvait faire des faces un feu plus grand que celui qu'on faisait des tours ; on s'y prit donc autrement pour fortifier les places : on fit de nouvelles enceintes avec des bastions. Landrecy et le nouvel Hesdin, dans l'Artois, furent les premières villes ainsi fortifiées.

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