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L'origine de Sobriquet


Sorte de surnom ou d'épithète burlesque qu'on donne le plus souvent à quelqu'un pour le tourner en ridicule. Ce ridicule ne naît pas seulement d'un choix affecté d'expressions triviales, propres à rendre ces épithètes plus significatives ou plus piquantes, mais de l'application qui s'en fait souvent à des noms de personnes considérables d'ailleurs, et qui produit un contraste singulier d'idées sérieuses et plaisantés, nobles et viles, bizarrement opposées.


Les sobriquets attribués aux rois et aux princes

Il y a des sobriquets qui ne sont que des jeux de mots, comme celui de Biberius Mero donné à Néron, à cause de sa passion pour le vin ; et celui de Cacoergète, donné à Ptolémée VII, roi d'Egypte, pour le qualifier de mauvais prince, par imitation d'Evergète qui signifie un prince bienfaisant ; tel est encore celui d'Epimane donné à Autiochus IV, qui, au lieu d'Epiphane ou roi illustre, dont il usurpait le titre, ne signifie qu'un furieux.
Il y en a souvent dont la malignité consiste dans l'emprunt du nom de quelque animal ou de quelques personnes célèbres notées dans l'histoire par leurs figures ou par leurs vices. Les Syriens tirèrent de la ressemblance du nez crochu d'Antiochus VIII au bec d'un griffon le sobriquet de Gryphus, qui lui est resté ; et l'on connaît assez dans l'histoire ancienne les princes et les personnes célèbres à qui on a donné ceux de bouc, de cochon, d'âne, de veau, de taureau, d'ours, comme on donne aujourd'hui ceux de Silène, d'Esope, de Sardanapale et de Messaline aux personnes qui leur ressemblent par la figure ou par les mœurs.
Les sobriquets de Pogonate ou Barbe longue donnés à Constantin V, empereur de Constantinople ; de Crépu, à Boleslas, roi de Pologne ; de Grise gonelle, à Geoffroi Ier, comte d'Anjou ; de Courtemantel, à Henri II, roi d'Angleterre ; de Longue épée, à Guillaume, duc de Normandie, n'ont jamais pu blesser la réputation de ces princes. Les surnoms de Bras de fer et de Cotte de fer donnés, l'un à Baudouin Ier, comte de Flandre, et l'autre à Edmond II, roi d'Angleterre, sont de vrais éloges de la force du corps dont ces princes étaient doués. Celui de Temporiseur fait pour Fabius l'apologie de sa politique militaire, comme celui de Sans-peur marque, à l'égard de Richard, duc de Normandie, et de Jean, duc de Bourgogne, leur intrépidité.


Les sobriquets des habitants d'une ville

Les sobriquets que se donnent réciproquement les habitants d'une ville, d'un bourg ou d'un hameau, ne consistent ordinairement qu'en quelques épithètes si triviales que personne ne peut s'en offenser : un particulier ne doit pas prendre pour lui ce qui ne se dit qu'en général.
Au sujet des bossus d'Orléans, un poète a dit que la nature ayant purgé de montagnes la Beauce, les avait transportées sur le dos des Orléanais ; mais c'est un badinage. On lit dans un vieux rituel d'Orléans que le curé demandait à Dieu de préserver ses paroissiens de bosses ; ces bosses étaient une espèce de galle, mal épidémique, clous, feux, etc.
Si l'on dit les sots de Ham, c'est qu'il y avait dans cette ville une compagnie de fous ou de sots : leur chef était nommé le prince des sots. Ces fous montaient sur un âne, tenaient la queue au lieu de bride ; on ne pouvait faire des folies sans la permission de ce prince, sous peine d'amende.
On donne aux habitants de Chauny le sobriquet de singes, parce que l'étendard des arquebusiers de cette ville offre la représentation d'un singe fort laid.
On a dit les larrons de Vermand. Levasseur, dans ses Annales de Noyon, prouve que Vermand a été ville. Quand quelqu'un de cette ville passait par les villages d'alentour, et était reconnu, chacun le houpait, c'est-à-dire le huait et criait après lui : Voilà un des larrons de Vermand. Le même Levasseur rapporte aussi qu'un doyen de Noyon disait, en 1633, Noyon la sainte, Saint-Quentin la grande, Péronne la dévote, Chauny la bien-aimée, Ham la bien placée, Nesle la noble, et Athie la désolée.


La multiplication des sobriquets

Vers la fin de la seconde race, les sobriquets commencèrent à se multiplier ; on y eut même recours pour distinguer ceux qui portaient des noms semblables. Dans la suite des temps les surnoms se perpétuèrent, et devinrent ce qu'ils sont de nos jours.
Quant à l'origine de ces surnoms, il est inutile de la rechercher ailleurs que dans la malignité de ceux qui les donnent, et dans les défauts réels ou apparents de ceux à qui on les impose : cette malignité éclate surtout à l'égard des personnes dont la prospérité ou les richesses excitent l'envie, ou dont l'autorité, quelque légitime qu'elle soit, paraît insupportable ; elle ne respecte ni la tiare ni la pourpre ; c'est une ressource qui ne manque jamais à un peuple opprimé, et ces marques de sa vengeance sont d'autant plus à craindre que non seulement il est impossible d'en découvrir l'auteur, mais que ni l'autorité, ni la force, ni le laps de temps ne sont capables de les effacer.

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