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L'origine de Soie


Soie, du latin sericum, probablement parce que ce fil fin et léger, ouvrage d'une espèce de chenille qu'on nomme ver à soie (en latin bombyx), est venu d'abord de la Sêrique, pays des anciens Sacques, que Ptolémée a placé à l'orient de la Scythie, et auquel il a donné l'Inde pour limite du côté du midi.


La méconnaissance du ver à soie dans l'antiquité

Le ver à soie est originaire de ce pays, dont au temps d'Auguste les Romains et les Grecs, suivant d'Hancarville, ne connaissaient que le nom. Ils ne connaissaient pas davantage, ajoute cet auteur, la manière de recueillir la soie, puisqu'ils croyaient qu'on la tirait de l'écorce de certains arbres, comme le coton et le byssus se recueillent sur des arbustes. On n'en savait guère plus sous le règne de Titus, à qui Pline dédia son histoire ; car cet auteur écrit que la soie croissait sur des feuilles dont on était le duvet au moyen de l'eau. Au temps de de Vespasien et de Titus, les Romains avaient un commerce ouvert avec l'Inde, où ils portaient leur argent ; il montre à la fois que la soie qu'ils en pouvaient tirer y venait d'ailleurs, et, comme ils le disent eux-mêmes, de la Sérique ; car si on l'eût recueillie dans ce pays ou dans la Perse, qu'ils connaissaient également, ni Strabon, ni Pline n'eussent dit qu'on la tirait de l'écorce ou du duvet des arbres ; et l'on peut dire que, dans le premier siècle de notre ère, la culture du ver à soie était entièrement inconnue à l'Inde, à la Perse, à toutes les îles de la mer Rouge, et qu'enfin tous les peuples avec qui les Romains et les Grecs furent en liaison ignorèrent la manière dont les Sères recueillaient la soie qu'on allait chercher chez eux.
Les livres que nous avons de Pausanias ne furent finis que vers l'an 193 de notre ère. On savait alors que la soie était travaillée par un insecte, mais on le connaissait si peu qu'on le prenait pour une sorte d'araignée appelée sères. On la nourrissait, disait-on, pendant quatre ans, et dans la cinquième année on lui donnait à manger du roseau vert ; après sa mort on tirait de son corps quantité de filets de soie. Ce discours montre que les gens de qui Pausanias prit ces notions n'étaient guère bien instruits de la manière dont la soie se produisait : ils savaient cependant que la soie est produite par un insecte et non par un arbre ; ils n'ignoraient pas que cet insecte se trouvait dans le pays des Sères, et que ces Sères, ainsi que leurs voisins, étaient des Scythes.


La découverte de l'art de travailler la soie

Les anciens ne connaissaient ni les usages de la soie ni la manière de la travailler. Pamphylie, habitante de l'île de Cos, fut la première, suivant Aristote et Pline, qui inventa l'art de la façonner. Cette découverte passa bientôt chez les Romains, qui n'en retirèrent des avantages certains que bien longtemps après. Cette précieuse production, qui pendant plus de 250 ans fut vendue à Rome au poids de l'or, y était réservée aux vêtements des femmes, mais plus tard, et après que le dissolu Héliogabale en eut donné l'exemple, les hommes se permirent de porter des étoffes de soie.
Ce ne fut qu'à la suite d'un événement arrivé au VIe siècle de l'ère chrétienne que la véritable nature de la soie fut connue en Europe. Voici comme cet événement est rapporté dans le Dictionnaire universel de la géographie commerçante, par J. Peuchet :
« L'empereur Justinien, désirant affranchir le commerce de ses sujets des exactions des Perses, s'efforça, par le moyen de son allié, le roi chrétien d'Abyssinie, d'enlever aux Perses une partie du commerce de la soie. Il ne réussit pas dans cette entreprise ; mais, au moment où il s'y attendait le moins, un événement imprévu lui procura jusqu'à un certain point la satisfaction qu'il désirait. Deux moines perses, ayant été employés en qualité de missionnaires dans quelques unes des églises chrétiennes qui, comme le dit Cosmas, étaient établies en différents endroits de l'Inde, s'étaient ouvert un chemin dans le pays des Sères, ou la Chine. Là ils observèrent les travaux du ver à soie, et s'instruisirent de tous les procédés par lesquels on parvenait à faire de ses productions cette quantité d'étoffes dont on admirait la beauté La perspective du gain, ou peut-être une sainte indignation de voir des nations infidèles seules en possession d'une branche de commerce aussi lucrative, leur fit prendre sur-le-champ la route de Constantinople. Là ils expliquèrent à l'empereur l'origine de la soie, et les différentes manières de la manufacturer et de la préparer. Encouragés par ses promesses libérales, ils se chargèrent d'apporter dans la capitale un nombre suffisant de ces étonnants insectes aux travaux desquels l'homme est si redevable. En conséquence ils remplirent de leurs œufs des cannes creusées en dedans, on les fit éclore dans la chaleur d'un fumier, on les nourrit des feuilles d'un mûrier sauvage, et ils multiplièrent et travaillèrent comme dans les climats où ils avaient attiré pour la première fois l'attention et les soins de l'homme.
On éleva bientôt un grand nombre de ces insectes dans les différentes parties de la Grèce, et surtout dans le Péloponnèse. Dans la suite (en 1130), et avec le même succès, la Sicile essaya d'élever des vers à soie, et fut imitée, de loin en loin, par les différentes villes d'Italie. Il s'établit dans tous ces endroits des manufactures considérables, dont les ouvrages se faisaient avec la nouvelle soie du pays. On ne tira plus de l'Orient la même quantité de soie ; les sujets des empereurs grecs ne furent plus obligés d'avoir recours aux Perses pour s'approvisionner, et il se fit un changement considérable dans la nature des rapports commerciaux de l'Europe et de l'Inde. »


L'introduction de l'art de fabriquer de la soie en France

Les Siciliens portèrent donc l'art de fabriquer la soie dans l'Italie et dans l'Espagne, d'où il se communiqua dans les provinces méridionales de la France, telles que le Languedoc, la Provence, et le comtat d'Avignon. Louis XI, en 1470, établit à Tours des manufactures de soieries ; mais les ouvriers appelés dans ces manufactures venaient de Gènes, de Venise, de Florence, et même de la Grèce. Néanmoins ce ne fut que longtemps après que ces ouvrages devinrent communs parmi les Français ; car le roi Henri II fut le premier qui porta des bas de soie ; ce fut aux noces de sa sœur, en 1559.
Henri IV établit des manufactures de soie, à Paris, au château des Tuileries, et à celui de Madrid. C'est encore à ce prince que la ville de Lyon doit l'établissement de ses manufactures de soie. Il traita avec des entrepreneurs pour élever les vers à soie, dont chaque année on allait chercher les œufs en Espagne. Il fit planter une grande quantité de mûriers blancs, et élever des pépinières dans les paroisses circonvoisines. Dès l'an 1599, il avait défendu l'introduction des étoffes de soie venant de l'étranger, à la sollicitation des marchands, qui se flattaient déjà d'en fabriquer assez pour le royaume ; mais il révoqua cet édit sur les remontrances de ceux de Lyon.
Octavio Ney, négociant de Lyon, trouva, vers le milieu du XVIIe siècle, la manière de donner du lustre aux soies, ce qu'on appelle leur donner l'eau. En 1717, le sieur Jurines, maître passementier de la même ville, inventa un métier très commode pour la fabrique des étoffes ; et, vers l'année 1738, M. Falcon imagina une mécanique fort iugéuicuse pour le métier pénibie des tireuses de corde.


La soie sina

Nous n'élevions autrefois que le ver qui produit la soie jaune ordinaire, laquelle ne peut servir aux tissus blancs qu'après avoir subi des opérations qui en diminuent la force et la durée. Ces procédés, perfectionnés, en 1809, par un de nos manufacturiers les plus savants en chimie, M. Roard, ne peuvent empêcher un déchet qui dépasse encore vingt-cinq pour cent. Enfin le blanc qu'on obtient s'altère à la longue ; il reprend, avec les années, une teinte jaunâtre.
On trouve à la Chine un ver qui, donne de la soie d'un blanc parfait, et qu'à raison de son origine ou nomme soie sina ; sa force et sa blancheur la rendent surtout précieuse pour la fabrication des crêpes et des tulles. L'éducation du ver qui produit cette espèce de soie fut introduite en France au XVIIIe siècle. Depuis cette époque on l'avait presque entièrement abandonnée ; elle fut reprise, en 1808, par les soins du gouvernement, et d'après les conseils éclairés du comité consultatif des arts et manufactures.

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