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L'origine de Sort


« Le sort, dit Fontenelle, est l'effet du hasard, et comme la décision et l'oracle de la fortune. Les sorts étaient les instruments dont on se servait pour connaître cette décision. »


L'utilisation des sorts depuis la nuit des temps

Leur usage remonte à la plus haute antiquité. Les Israélites, ainsi que nous l'apprend l'Ecriture, avaient recours à ce moyen. Après la défaite des trois mille hommes qui avaient voulu emporter d'assaut la ville de Haï, Josué, voulant connaître celui dont le crime avait attiré l'anathème sur le peuple de Dieu, et par conséquent causé cet échec, jeta d'abord le sort sur les tribus, et il tomba sur la tribu de Juda. On le jeta ensuite sur les familles de cette tribu, et il tomba sur la famille de Zaré, d'où enfin il vint sur Achan, à qui Josué commanda de confesser la vérité. Achan, voyant sa faute si divinement découverte, crut qu'il était inutile de celer le reste, et avoua que dans le sac de Jéricho il avait pris un manteau d'écarlate avec deux cents sicles d'argent et une règle d'or.
Ce fut le sort qui régla le partage de la terre promise et le lot des lévites. David distribua par le sort les rangs aux vingt-quatre bandes de prêtres qui devaient servir dans les temples. Les instruments dont on se servait pour connaître cette décision de la fortune étaient le plus souvent des billets ou des espèces de dés sur lesquels étaient graves quelques caractères ou quelques mots dont on allait chercher l'explication dans des tables faites exprès.
Les usages étaient différents sur les sorts : dans quelques temples on les jetait soi-même ; dans d'autres on les faisait sortir d'une urne, d'où est venue cette manière de parler si ordinaire aux anciens : le sort est tombé. Ce jeu des dès était toujours précédé de sacrifices et de beaucoup de cérémonies.


Les sorts de Préneste et d'Antium

Les plus célèbres entre les sorts étaient à Préneste et à Antium, deux petites villes d'Italie : à Préneste était la Fortune, et à Antium les Fortunes. Cicéron raconte l'origine des sorts de Préneste. « On lit dans les mémoires des Prénestins, dit-il, qu'un certain Numerius Sufficius, homme de bien et d'une noble famille, avait souvent été averti en songe, et même avec menaces, d'aller en un endroit désigné couper une pierre en deux ; qu'effrayé par des visions continuelles il se mit en devoir d'y obéir, à la vue de ses concitoyens qui s'en moquaient ; et que, quand la pierre fut fendue, on y trouva les sorts gravés, en caractères antiques, sur une planche de chêne. Ce lieu est aujourd'hui enfermé et religieusement gardé, dit le même auteur, à cause de Jupiter enfant qui y est représenté avec Junon, tous deux dans le sein de la Fortune, qui leur donne la mamelle ; et toutes les mères y ont une grande dévotion. C'est dans ce
lieu-là que l'on conserve les sorts, et on les en retire quand il plaît à la Fortune. »


Les sorts des poètes antiques

Dans la Grèce et dans l'Italie, on tirait souvent les sorts de quelque poète célèbre, comme Homère, Euripide : ce qui se présentait à l'ouverture du livre était l'arrêt du ciel. Quelque 200 ans après la mort de Virgile, on faisait déjà assez de cas de ses vers pour les croire prophétiques, et pour les substituer aux sorts qui avaient été à Préneste ; car Alexandre Sévère, encore particulier, et dans le temps que l'empereur Héliogabale lui était contraire, reçut pour réponse, dans le temple de Préneste, cet endroit de Virgile dont le sens est : « Si tu peux surmonter le destin, tu seras Marcellus. »


L'introduction des sorts dans le christianisme

Nous voyons que cet usage passa dans le christianisme, puisque, lorsqu'il fut question de remplir la place de Judas dans l'apostolat, le sort tomba sur saint Mathias. On l'appelait sort des saints et des apôtres. Cette divination se pratiquait en ouvrant un ou plusieurs livres de l'Ecriture, ou autres à l'usage des églises, que l'on mettait sur l'autel un peu avant l'expiration du troisième et dernier jour de jeunes et de prières préparatoires ; après quoi on examinait le passage ou les premières lignes qui s'offraient, et on les regardait comme renfermant et expliquant la volonté et les décrets du ciel, et découvrant infailliblement l'issue de l'affaire sur laquelle on consultait.

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