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L'origine de Stance



Une sorte de poésie introduite au XVIe siècle

Stance, de l'italien stanza, venu de stare (s'arrêter, se reposer), parce que à la fin de chaque stance il faut qu'il y ait un sens complet et un repos. Les stances n'ont été introduites dans la poésie française que sous le règne de Henri III, en 1580. Jean de Lingendes, natif de Moulins, est le premier poète français qui ait fait des stances ; on y trouve de la douceur et de la facilité.
« Le sujet des stances, est-il dit dans la Petite encyclopédie poétique, est presque toujours gracieux. Quand la morale s'y présente, ce n'est que sous des dehors aimables, et dépouillée de sa sécheresse et de son austérité. La gaieté n'est point exclue des stances ; tous les rythmes conviennent à ce genre ; mais le vers de huit syllabes est celui qui paraît lui être le plus propre. »
Une pièce de vers composée de plusieurs stances, sur un sujet simple, dans un style doux et naturel, conserve le nom de stances.

Si vous voulez que j'aime encore,
Rendez-moi l'âge des amours :
Au crépuscule de mes jours
Rejoignez, s'il se peut, l'aurore.

Des beaux lieux où le dieu du vin
Avec l'Amour tient son empire,
Le Temps, qui me prend par la main,
M'avertit que je me retire.

De son inflexible rigueur
Tirons au moins quelque avantage ;
Qui n'a pas l'esprit de son âge
De son âge a tout le malheur.

Laissons à la belle jeunesse
Ses folâtres emportements ;
Nous ne vivons que deux moments,
Qu'il en soit un pour la sagesse.

Quoi ! pour toujours vous me fuyez,
Tendresse, illusion, folie,
Dons du ciel qui me consoliez
Des amertumes de la vie !

On meurt deux fois, je le vois bien :
Cesser d'aimer et d'être aimable,
C'est une mort insupportable ;
Cesser de vivre, ce n'est rien.

Ainsi je déplorais la perte
Des erreurs de mes premiers ans ;
Et mon âme, aux désirs ouverte,
Regrettait ses égarements.

Du ciel alors, daignant descendre,
L'Amitié vint à mon secours ;
Elle était peut-être aussi tendre,
Mais moins vive que les Amours.

Touché de sa beauté nouvelle,
Et de sa lumière éclairé,
Je la suivis ; mais je pleurai
De ne pouvoir plus suivre qu'elle.

(Voltaire)

« Rotrou, dit Voltaire, avait mis les stances à la mode (dans la tragédie) ; Corneille, qui les employa, les condamne lui-même dans ses réflexions sur la tragédie : elles ont quelque rapport à ces odes que chantaient les chœurs entre les scènes sur le théâtre grec. Les Romains les imitèrent. Il me semble que c'était l'enfance de l'art. Il était bien plus aisé d'insérer ces inutiles déclamations entre neuf ou dix scènes qui composaient une tragédie, que de trouver dans son sujet même de quoi animer toujours le théâtre, et de soutenir une longue intrigue toujours intéressante. Lorsque notre théâtre commença à sortir de la barbarie, et de l'asservissement aux usages anciens, pire encore que la barbarie, on substitua à ces odes des chœurs qu'on voit dans Garnier, dans Jodelle et dans Baïf, des stances que les personnages récitaient. Cette mode a duré cent années ; le dernier exemple que nous avons des stances est dans la Thébaïde. Racine se corrigea bientôt de ce défaut ; il sentit que cette mesure différente de la mesure employée dans la pièce n'était pas naturelle. »
On a pensé, en effet, que les personnages qui parlent en vers d'une manière déterminée ne devaient jamais changer cette mesure, parce que, s'ils s'expliquaient en prose, ils devraient toujours continuer à parler en prose : or les vers de six pieds étant substitués à la prose, le personnage ne doit pas s'écarter de ce langage convenu. Les stances donnent trop l'idée que c'est le poète qui parle.

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