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L'origine de Supplice



Dès l'Antiquité

Un dictionnaire des différents supplices pratiqués chez tous les peuples du monde ferait frémir la nature. C'est, dit M. d'Origny, un phénomène inexplicable que l'étendue de l'imagination des hommes, en fait de barbarie et de cruauté. De ces supplices, chez les anciens comme chez les modernes, les uns entraînaient la mort des criminels, les autres n'étaient que des châtiments passagers.
Les Perses étouffaient les grands criminels dans de la cendre dont on remplissait une grande tour jusqu'à une certaine élévation, puis on y précipitait le coupable, la tête la première, et avec une roue on remuait cette cendre autour de lui jusqu'à ce qu'il fût étouffé. Les Hébreux avaient inventé une quantité prodigieuse de supplices, dont voici les principaux.


Les différentes sortes de supplice dans l'Antiquité

Quelquefois on mettait à mort le coupable, et ensuite on suspendait son corps à un poteau ou à une croix ; dans des occasions, sans doute plus graves, on le pendait vivant : c'était, suivant les rabbins, le supplice des calomniateurs et des idolâtres. La lapidation était le supplice des blasphémateurs. La loi de Moïse prononçait la peine du feu contre celui qui aurait épousé la mère et la fille, et condamnait les femmes au même genre de mort. Le fouet était un supplice cruel, et quelquefois les criminels expiraient sous les coups. Enfin les Juifs faisaient couper la tête, scier en deux, et précipiter du haut d'un rocher, d'une tour, écraser sous les épines, arracher les yeux et les cheveux, suivant les différents crimes dont les coupables étaient convaincus.
Chez les Grecs on punissait de mort le sacrilège, la profanation des mystères, les entreprises contre l'état et surtout contre la démocratie ; on soumettait à la même peine le vol commis de jour quand la valeur de l'objet volé dépassait cinquante drachmes, et le vol de nuit quelque léger qu'il fût ; on détenait en prison le citoyen accusé de certains crimes jusqu'à ce qu'il fût jugé, celui qui était condamné à mort jusqu'à son exécution, et celui qui devait jusqu'à ce qu'il eût payé. L'exil était un supplice d'autant plus rigoureux pour un Athénien, qu'un citoyen qui lui aurait donné asile aurait été sujet à la même peine.
Chez les Grecs et chez les Romains, la croix était le supplice le plus ordinaire : on y condamnait les esclaves et les gens de la plus vile condition. Avant d'attacher les coupables à la croix, on les fustigeait avec des fouets ou des étrivières armées d'osselets de bêtes ou de petites boules de plomb. Plutarque dit que les malfaiteurs qu'on allait punir étaient obligés de porter leur croix, à laquelle on les attachait lorsqu'elle était élevée et fichée en terre ; c'était ordinairement avec des clous, quelquefois on les y liait avec des cordes. Ce supplice était si commun dans toute l'antiquité, que les Latins ont donné au mot crux (croix) et à ses dérivés cruciatus et cruciare une signification qui s'étend à toutes sortes de peines et de tourments, soit du corps, soit de l'esprit, comme on le voit dans Plaute, Térence, Cicéron et autres auteurs.
La fourche était un supplice qui quelquefois n'était que passager, et quelquefois allait à la mort. On mettait la fourche au cou des esclaves qu'on voulait châtier, et on les promenait ainsi dans les rues pour leur faire honte et les exposer à la risée du peuple ; de là est venu le mot latin furcifer (pendard). La fourche devenait un supplice mortel quand, après avoir pris le cou du coupable entre ses branches, on lui liait les pieds et les mains ; on le fouettait ensuite jusqu'à ce qu'il expirât sous les coups.
Le chevalet était une machine dont la forme n'est pas très connue : on croit qu'elle ressemblait à un petit cheval. On attachait les coupables sur cette machine pour les tourmenter à coups de fouet et de scorpion. On pendait chez les anciens, non à des potences, mais à des arbres : pendant le supplice on voilait le visage du criminel.
On pendait quelquefois les coupables par un pied seulement, et on leur attachait un poids au cou ; on les pendait aussi par un bras ou par les deux, et on les fouettait avec violence jusqu'à ce qu'ils rendissent l'âme.
On se servait aussi d'un cordon ou lacet pour étrangler les criminels, comme on en usa à Rome à l'égard de Lentulus et des autres complices de la conjuration de Catilina : ce genre de mort était si infamant et si ignominieux que les lois des pontifes défendaient d'enterrer ceux qui l'avaient subi.
La coutume de couper la tête avec des haches est fort ancienne : les Romains en usèrent dès le temps de la fondation de leur ville ; c'est pour cela que les licteurs des premiers rois et dans la suite ceux des magistrats portaient des haches dans leurs faisceaux de verges. Il paraît qu'on empalait chez les Romains, comme on faisait par la suite chez les Turcs. « Pense à la prison, dit Sénèque, pense à différentes sortes de croix, et à un homme percé par le milieu du corps d'un pieu qui lui sort par la bouche. »
A Athènes et à Rome on punissait les traîtres à la patrie en les précipitant, à Athènes, dans une fosse profonde, et, à Rome, du haut de la roche Tarpéïenne. Métius Suffetius, dictateur des Albains, fut écartelé par ordre de Tullus Hostilius, troisième roi de Rome, pour avoir violé l'alliance qu'il avait faite avec les Romains.
Le supplice du poison et de la ciguë était aussi fort en usage dans l'antiquité, surtout chez les Grecs, et particulièrement à Athènes.
A Rome les parricides étaient cousus dans un sac où l'on renfermait, dit-on, avec eux un singe, un coq et un serpent, après quoi ou jetait le sac dans la mer, ou dans un gouffre hérissé de pointes tranchantes, pour hâter leur trépas. Un supplice très commun chez les anciens, était d'exposer les coupables aux bêtes dans l'amphithéâtre ; ce qui se faisait de deux manières, soit en les obligeant de combattre contre les bêtes, et alors on leur donnait des armes pour se défendre, soit en les exposant sans défense pour être dévorés.


Les supplices en France en Allemagne et en Angleterre

Les Francs, peuples durs et barbares, apportèrent avec eux dans les Gaules la cruauté des supplices. Les druides, qui avaient gouverné ce pays avant l'arrivée des Francs, n'eurent point recours aux bourreaux pour punir ceux qui refusaient de leur obéir et d'acquiescer à leur jugement ; ils se contentaient (ce qui était un grand supplice pour eux) de leur interdire les mystères de leur religion : les coupables n'étaient plus admis aux charges et aux dignités ; les magistrats n'osaient leur rendre la justice, et ils passaient pour scélérats et pour impies.
Le supplice de la roue fut introduit en Allemagne dans les temps d'anarchie, où ceux qui s'emparaient des droits régaliens voulaient épouvanter, par l'appareil d'un tourment inouï, quiconque oserait attenter contre eux.
En Angleterre on ouvrait le ventre d'un homme convaincu de haute trahison ; on lui arrachait le cœur, on lui en battait les joues, et le cœur était jeté dans les flammes. « Mais quel était, dit Voltaire, ce crime de haute trahison ? C'était, dans les guerres civiles, d'avoir été fidèle à un roi malheureux, et quelquefois de s'être expliqué sur le droit douteux du vainqueur. »
Enfin les mœurs s'adoucirent ; il est vrai qu'on a continué d'arracher le cœur, mais c'est toujours après la mort du condamné : l'appareil est affreux, mais la mort est douce, si elle peut l'être. Sous la première race, Clotaire Ier. fit périr par le feu son fils Chramne, qui s'était deux fois révolté contre lui, et s'était réfugié dans une chaumière où il fut brûlé avec sa femme et ses enfants.
Frédégonde fit empaler, rouer et brûler un seigneur nommé Mummole, et plusieurs femmes et filles simplement soupçonnées d'avoir fait périr ses enfants par sortilège. La même reine fit cruellement mourir Riculfe, ecclésiastique, et Laudaste, gouverneur de Touraine, pour avoir parlé du commerce qu'elle avait avec Bertrand, évêque de Beauvais.
Clotaire II fit attacher à la queue d'un cheval indompté la reine Brunchaut, fille, sœur, femme et mère de rois.
La lapidation, que nous avons vue employée chez les Juifs, le fut par Sigebert, roi d'Austrasie, qui s'était emparé de Paris, contre des Allemands qui en avaient ravagé les environs. Charlemagne, en 785, se contenta de faire crever les yeux au comte Astrade, chef d'une conspiration tramée contre sa personne. Ce genre de châtiment fut emprunté des Orientaux, chez qui il était alors très commun. Au commencement de la troisième race le supplice d'enfouir tout vivant était employé contre les Juifs. La roue était en usage au commencement du XIIIe siècle, et le feu, la décapitation, la potence, le pilori, suivant les crimes, l'étaient dans le XIVe et le XVe, ainsi que l'essorillement et la hart.
En faisant le tableau des mœurs dans le XVe siècle, M. Dulaure, dans son Histoire de Paris, s'exprime ainsi : « Les Français avaient conservé leur cruauté originelle, et les jugements des tribunaux contribuaient beaucoup à la maintenir. La justice, dans les peines qu'elle infligeait, n'avait aucune règle certaine ; les supplices étaient arbitraires, et semblaient ordonnés par le caprice des juges. Les délits les plus ordinaires se punissaient par le feu ; on brûlait, on enterrait tout vifs les voleurs. Deux femmes coupables de vols furent, en 1440, enterrées toutes vives. Dans le troisième volume de Sauval (Antiquités de Paris), on trouve des exemples très fréquents de ces supplices qui accoutumaient les Parisiens à la férocité... On plongeait dans une grande chaudière pleine d'eau bouillante les faux monnayeurs. Ces exécutions, fréquentes à Paris, avaient lieu au Marché-aux-Pourceaux, près la porte Saint-Honoré. Pour les moindres délits on coupait les oreilles. Les rois ordonnaient de temps en temps de noyer dans la Seine les seigneurs dont ils avaient à se plaindre, tandis que les meurtriers étaient seulement condamnés à fonder des chapelles et à faire des pèlerinages. »


L'adoucissement des peines

En 1789, la roue, le feu, la potence, le pilori, le fouet, la marque et les galères étaient encore les supplices qu'on infligeait en France aux criminels, selon la diversité des délits ; mais, comme la rigueur des châtiments est toujours en raison inverse des progrès des lumières et de la civilisation, nos lois pénales ont adouci les supplices ; elles ont remplacé la roue, le feu et la potence par la guillotine, et ont conservé la marque, les galères, en y ajoutant toutefois un nouveau genre de peine qu'on nomme les travaux forcés.

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