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L'origine de Tournoi



L'étymologie du mot tournoi

Il y avait cette différence entre les joutes et les tournois, dit Caseneuve, qu'aux joutes on combattait seul à seul, et qu'aux tournois ou se battait par escadrons. Caseneuve, Ménage et le Duchat dérivent ce mot de tourner, en latin barbare tornare, torneamentum, parce que ces courses se faisaient en tournant et retournant. Torneamentum se trouve en ce sens dans les œuvres de saint Bernard, et tournoyement, pour tournoi, dans Jean le Maire de Belges, dans le dictionnaire de Mouet. On lit dans le roman de la Rose, vers 1185 :

Ce chevalier nouvellement
Fut venu d'ung tournoyement,
Ou il avait fait pour sa mie
Mainte jouste et chevalerie.

« Quelques uns, dit Voltaire (Essai sur les mœurs et l'esprit des nations), prétendent que c'est de la ville de Tours que les tournois tirèrent leur nom, car on ne tournait point dans ces jeux comme dans les courses de chars chez les Grecs et chez les Romains ; mais il est plus probable que tournoi venait d'épée tournante, ensis torneaticus, ainsi nommée dans la basse latinité parce que c'était un sabre sans pointe, n'étant point permis dans ces jeux de frapper avec une autre pointe que celle de la lance. Les armes dont on y faisait usage étaient ordinairement des bâtons ou des cannes, des lances sans fer ou à fer rabattu, des épées sans tranchant, qu'on nommait pour cette raison courtoises ou gracieuses : quelquefois cependant on se servait de lances à fer émoulu, de haches, et de toutes les armes de bataille ; celles-ci s'appelaient armes à outrance. »


L'expansion des tournois

On ne saurait guère, selon la Curne de Sainte-Palaye, assigner des époques sûres aux divers progrès que firent les tournois ; cependant plusieurs auteurs en ont attribué l'invention à Geoffroi de Preuilli, mort en 1066 ; d'autres ont conjecturé plus raisonnablement qu'il n'avait fait que rédiger les lois qui devaient s'y observer ; peut-être aussi imagina-t-il, dans les exercices et les évolutions du tournoi, quelques nouveautés qui les perfectionnèrent, et qui le firent regarder comme l'auteur de ces jeux militaires.
Les exercices guerriers commencèrent à prendre naissance en Italie vers le règne de Théodoric, qui venait de supprimer les combats des gladiateurs. Il y eut ensuite en Italie, et surtout dans le royaume de Lombardie, des jeux militaires, de petits combats qu'on appelait bataillole.
Cet usage passa bientôt chez les autres nations. En 870, les enfants de Louis-le-Débonnaire signalèrent leur réconciliation par une de ces joutes solennelles qu'on appela depuis tournois.
L'empereur Henri-l'Oiseleur, pour célébrer son couronnement en 920, donna une de ces fêtes militaires ; on y combattit à cheval.
L'usage s'en perpétua en France, en Angleterre, chez les Espagnols et chez les Maures. Les lois faites par Geoffroi de Preuilli pour la célébration de ces jeux furent renouvelées dans la suite par René d'Anjou, roi de Sicile et de Jérusalem. Tout se faisait en l'honneur des dames, selon les lois du bon roi René : elles visitaient toutes les armes ; elles distribuaient les prix, et si quelque chevalier ou écuyer du tournoi avait mal parlé de quelques unes d'elles, les autres tournoyants le battaient de leurs épées, jusqu'à ce que les dames criassent grâce.
Ce furent les anciens tournois qui donnèrent naissance aux armoiries, vers le commencement du XIIe siècle.


Les tournois en Grèce

L'empire grec n'adopta que très tard les tournois ; toutes les coutumes de l'Occident étaient méprisées des Grecs : ils dédaignaient les armoiries, et la science du blason leur parut ridicule ; seulement, en 1326, quelques jeunes Savoyards donnèrent à Constantinople le spectacle d'un tournoi, à l'occasion du mariage du jeune empereur Andronic avec une princesse de Savoie.


La fin des tournois

L'usage des tournois se conserva dans toute l'Europe : un des plus solennels fut celui de Boulogne-sur-Mer, en 1309, au mariage d'Isabelle de France avec Edouard II, roi d'Angleterre. Edouard III en fit deux beaux à Londres. Le nombre en fut ensuite très grand jusque vers le temps qui suivit la mort du roi de France Henri II, tué dans un tournoi au palais des Tournelles, en 1559.
Cet accident semblait devoir les abolir pour toujours ; cependant telle était la force de l'habitude et la vie désœuvrée des grands, qu'on en fit un autre, un an après, à Orléans, dont le prince Henri de Bourbon-Montpensier fut encore la victime ; une chute de cheval le fit périr. Les tournois cessèrent alors absolument ; il en resta une image dans les pas-d'armes dont Charles IX et Henri III furent les tenants un an après la Saint-Barthélemy. Il n'y eut point de tournoi au mariage du duc de Joyeuse, en 1581 : le terme de tournoi est employé mal à propos à ce sujet dans le journal de l'Étoile. Les seigneurs ne combattirent point ; ce ne fut qu'une espèce de ballet guerrier, représenté dans le jardin du Louvre, par des mercenaires : c'était un spectacle donné à la cour, mais non pas un spectacle que la cour donnait elle-même. Les jeux que l'on continua depuis d'appeler tournois ne furent que des carrousels.
L'abolition des tournois est donc de l'année 1560, et avec eux périt l'ancien esprit de la chevalerie, qui ne reparut plus guère que dans les romans. Cet esprit régnait encore beaucoup au temps de François Ier et de Charles-Quint. La France, après la mort de Henri II, fut plongée dans le fanatisme et désolée par les guerres de la religion ; l'Allemagne, divisée en sectes religieuses, oublia tous les anciens usages de la chevalerie, et l'esprit d!intrigue les détruisit en Italie.


Une ancienne monnaie de Tours

Cette petite monnaie, ainsi nommée de la ville de Tours, où on la fabriquait, était bordée de fleurs de lis. Il y avait des livres tournois, des sous tournois, des petits tournois, des doubles tournois, que l'on distinguait en tournois blancs ou d'argent, en tournois noirs ou billons. Avant l'établissement du nouveau système des monnaies en France, le tournois n'était plus depuis longtemps qu'une désignation d'une somme de compte, qui était opposée à celle qu'on nommait parisis, laquelle était plus forte d'un quart que celle qu'on nommait tournois.

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