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L'origine de Verre


On sait que le verre est un produit qu'on obtient en exposant un mélange de silice et de différentes matières à l'action d'un feu violent et suffisamment continué.


Connu depuis la nuit des temps

Tout porte à croire que le verre fut connu dès les temps les plus reculés. Il en est parlé dans les livres de Moïse et de Job. Aristote demande pourquoi nous voyons au travers du verre, et pourquoi le verre ne peut se plier. Lucrèce est le premier poète latin qui parle du verre et de sa transparence. Pline dit que des marchands de nitre, qui traversaient la Phénicie, s'étant arrêtés sur les bords du fleuve Bélus pour y faire cuire leur viande, mirent, au défaut de pierres, des morceaux de nitre pour soutenir leurs vases, et que ce nitre, mêlé avec le sable, ayant été embrasé par le feu, se fondit et forma une liqueur transparente et claire qui se figea et donna la première idée du verre. On lit également dans Pline, que Sidon fut la première ville fameuse par sa verrerie, et qu'on ne commença à faire du verre à Rome que sous Tibère. Le même historien nous apprend que, sous le règne de Néron, on inventa l'art de faire des vases et des coupes de verre blanc transparent ; ces vases se tiraient d'Alexandrie et étaient d'un prix immense.
Malgré ces passages, de Pauw croit que les Égyptiens sont, de tous les anciens peuples, ceux qui ont le mieux travaillé le verre, et que la verrerie de la grande Diospolis, capitale de la Thébaïde, est, dans l'ordre des temps, la première fabrique régulière de cette espèce. Suivant le même auteur, les Égyptiens ont fait beaucoup d'ouvrages difficiles ; car, sans parler des coupes d'un verre porté jusqu'à la pureté du cristal, ni de celles qu'on appelait alassontes, et qu'on suppose avoir représenté des figures dont les couleurs changeaient suivant l'aspect sous lequel on les regardait, de Pauw ajoute qu'ils ciselaient le verre et le travaillaient au tour. Les Egyptiens savaient encore le dorer.


Le perfectionnement de la verrerie dans l'antiquité

Les anciens, selon Winckelmann, ont porté l'art de la verrerie à un plus haut point de perfection qu'il ne l'a été dans les temps modernes. Outre les vaisseaux dont on se servait pour l'usage ordinaire, et dont il se trouve une grande quantité au cabinet d'Herculanum, on en voit encore qui étaient destinés à conserver les cendres des morts. Sir William Hamilton, ambassadeur d'Angleterre à la cour de Naples, possédait les deux plus grands vases de verre qu'on ait conservés entiers : l'un, passant la hauteur de deux palmes et demi, s'est trouvé dans un tombeau, près de Pozzuoli ; l'autre, plus petit, a été découvert à Cumes.
Indépendamment de ces vases de verre, les anciens, au rapport du même antiquaire, employaient cette matière pour paver les salles de leurs maisons. A cet effet ils ne se servaient pas seulement de verres d'une seule couleur, ils en prenaient aussi de colorés, et en composaient des espèces de mosaïques.
A l'égard du verre composé et coloré, dont Sénèque attribue l'invention à Démocrite, l'industrie des anciens était telle qu'elle a de quoi nous étonner. Deux morceaux de verre, qui ont paru au XIXe siècle à Rome, et qui n'ont pas tout-à-fait un pouce de longueur, sur un tiers de pouce de largeur, attestent ce fait. L'un de ces morceaux offre, sur un fond obscur et colorié, un oiseau ressemblant à un canard. Le contour est résolu et tranchant, les couleurs sont belles et pures, d'un effet très doux, parce que l'artiste y a pratiqué, tour-à-tour, suivant l'exigence des cas, les verres opaques et transparents. Le pinceau le plus délicat d'un peintre en miniature n'aurait pu rendre plus nettement le cercle de la prunelle, ainsi que les plumes apparentes et hérissées de la gorge et des ailes, à l'origine desquelles ce morceau est cassé. Mais ce qui surprend surtout, c'est que le revers de cette peinture offre le même oiseau, sans qu'on puisse remarquer la moindre différence dans les points ou dans les autres détails. On peut conclure, d'après cela, que la figure de l'oiseau est continuée dans toute l'épaisseur du morceau. Cette peinture paraît grenue des deux côtés et faite de pièces de rapport ; mais elle est composée si artistement, qu'on ne saurait apercevoir de jointures, à l'aide même de la meilleure loupe.
Le second morceau, aussi cassé, à peu près de la même grandeur, se trouve exécuté de la même manière. On y voit représentés des ornements de couleurs verte, jaune et blanche, couchés sur un fond bleu. Ces ornements consistent en moulures, en cordons de perles et en fleurons, et se terminent en pointes pyramidales. Tous ces détails sont représentés très distinctement et sans contusion ; mais ils sont d'une si grande finesse que l'œil le plus perçant ne saurait suivre les filaments délicats dans lesquels ces travaux vont se perdre.


L'art de peindre sur le verre

Il paraît, est-il dit dans le Petit dictionnaire des inventions, que ce fut d'un peintre marseillais, qui travaillait à Rome vers l'an 1509, que les Italiens apprirent l'art de peindre sur verre.
François Ier, le père et le restaurateur des lettres et des beaux-arts en France, ne négligea rien pour attirer dans ses états les gens à talents ; il n'oublia point les peintres sur verre, qui produisirent des ouvrages que nous admirons encore. Ces peintres devaient former des élèves ; mais ils se contentèrent de ne leur donner que des secrets d'un certain genre de couleurs, et réservèrent pour eux et pour leurs héritiers leurs belles et précieuses connaissances. D'un autre côté, on abandonna insensiblement les vitraux colorés, qui répandaient une sorte d'obscurité, pour les remplacer par les verres blancs, qui laissent librement passer la lumière ; de manière que l'art se perdit, et que l'on finit par ne plus connaître les anciens procédés de la peinture sur verre.
Ce n'est que depuis peu que l'on a tenté de les retrouver, et les essais qui ont été faits dans ce genre donnent l'espoir de ramener cet art à sa première perfection. Parmi les artistes qui se sont occupés de ce genre de travail, on peut citer en première ligne M. Dihl, quoique son invention n'ait aucun rapport avec l'ancienne peinture sur verre : dans cette dernière les couleurs pénètrent le verre d'outre en outre ; dans celle de M. Dihl les couleurs couvrent seulement la surface qu'elles pénétrent légèrement. Cette nouvelle manière, est-il dit dans les Archives des découvertes et des inventions nouvelles, offre deux avantages remarquables, 1° celui d'être peint sur une seule glace ou sur une pièce de verre ; 2° de présenter une grande perfection dans la fonte des couleurs et dans leur harmonie, ce que les anciens n'ont jamais fait, puisqu'ils ne pouvaient obtenir par leur procédé que les tons tranchés à côté les uns des autres, unis par un corps étranger comme ceux de la mosaïque, qu'ils adoucissaient cependant par des ombres faites d'oxyde de fer, seulement fixées sur le verre.
Fr. Eginton, artiste anglais, mort en 1805, est un de ceux qui ont le plus contribué au perfectionnement de cet art, que plusieurs femmes ont aussi cultivé au XIXe siècle en Angleterre et avec succès.


Le verre ductile et malléable

La ductilité et la malléabilité du verre sont des secrets autrefois connus des anciens, et ignorés parmi nous jusqu'au XIXe siècle. Les témoignages de Pline, de Pétrone, de Ibn-Alhokm, de Jean de Salisbury, d'Isidore, et de quelques autres, ne laissent aucun doute à cet égard.


Le verre perméable à l'eau

On a quelquefois pensé que le verre était perméable à l'eau. M. Campbell vient de vérifier ce fait pendant son voyage dans l'Afrique méridionale. Il avait deux bouteilles sphériques, hermétiquement fermées, il les a fait descendre à la profondeur de douze mille pieds en mer, en les lestant de plomb. Lorsque l'on voulut les retirer de l'eau, dix hommes furent employés à la manœuvre durant un quart d'heure. Les deux bouteilles sont arrivées pleines d'eau, que l'énorme pression du liquide y avait fait entrer. Cette pression, à la profondeur de trois cent soixante mètres, équivaut à trente-six atmosphères environ.


Les verres à boire

Dans le XIVe siècle on ne se servait qu'aux fêtes solennelles de verres à boire, et on n'en connaissait guère alors d'autres que ceux que l'on fabriquait avec la cendre des arbres, des herbes, et principalement de la fougère.


La fabrication du verre

L'art de la verrerie paraît avoir passé successivement d'Italie en France, et de France en Angleterre.
Ce fut en 674 que les fabriques de verre furent introduites de France en Angleterre, à l'occasion de la construction de la nouvelle abbaye de Wiremouth, dont l'église fut bâtie par des maçons et architectes de France, d'après le goût romain. « L'abbé Benedict, dit le vénérable Bède, amena de France en Angleterre plusieurs ouvriers habiles dans la fabrique des verres, art jusqu'alors inconnu en Angleterre : ils ornèrent de vitres les fenêtres de cette église et du monastère, et apprirent aux Anglais l'art de fabriquer le verre ; art qui devint dans la suite de la plus grande utilité, non seulement pour éclairer les églises avec des lampes, mais aussi pour se procurer différents vaisseaux destinés à divers usages. » (Anderson, tome I)
Quoique la France fût depuis des siècles en possession de manufactures de verre, jusqu'au XVIIIe siècle l'art de la verrerie était encore livré à la routine ; mais, depuis celte époque, il s'est formé dans le royaume un grand nombre d'établissements de verrerie, et le verre de toute espèce est devenu beaucoup plus beau et beaucoup moins cher.


Le verre coloré

Les verres de couleur ne sont que des verres ordinaires auxquels on ajoute, quand on les fabrique, une certaine quantité d'oxyde colorant. Ces verres s'emploient comme verres à vitres ; on en remarque beaucoup dans les anciens temples : on les emploie encore pour imiter les pierres précieuses ; et l'art est si avancé à cet égard, qu'on ne peut distinguer les pierres naturelles des artificielles, qu'en ce que celles-ci sont moins dures que celles-là ; telles sont surtout les émeraudes factices.
On colore les verres en rouge par le précipité pourpre de Cassins, mêlé le plus souvent avec de l'oxyde de manganèse ; en bleu, par l'oxyde de cobalt ; en violet, par l'oxyde de manganèse ; en vert, par un mélange d'oxyde de cobalt et de chlorure d'argent ou de verre d'antimoine ; ou bien encore par les oxydes de fer et de cuivre employés, soit seuls, soit avec ceux d'antimoine et de cobalt.

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