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L'origine de Saint-Christophe



Les statues colossales de Saint Christophe

L'un des dieux pour lesquels les Gaulois avaient le plus de vénération était Hercule, qui s'appelait dans leur langage Ogmius ; ils le représentaient sous la figure d'un vieillard noir, ridé et hâlé, comme un nautonier, ressemblant plutôt à Caron qu'à l'Hercule des Grecs et des Romains.
Cette manière de représenter Hercule a été suivie jusqu'à nos jours par les artistes chargés de faire ces statues colossales, connues sous le nom de saint Christophe. Il est même à présumer que dans l'origine ces statues étaient celles de l'Hercule gaulois.
En effet, on les voyait toujours près de la porte dans les églises qui n'étaient pas sous l'invocation de ce saint. C'était sans doute par une sorte de capitulation avec les restes du paganisme, et pour attirer dans les églises, lors de l'établissement du culte du vrai Dieu, les habitants des campagnes, qui sont toujours les derniers à adopter les innovations dans les usages civils et religieux. En venant dans les villes, et en apercevant à la porte des nouveaux temples la divinité qu'ils révéraient le plus, le grand Ogmius, qui faisait croître et mûrir leurs moissons, ils se seront peu à peu enhardis à pénétrer dans l'intérieur.


Hercule renommé Christophe

Pendant les premiers temps de son entrée dans les églises, Hercule aura conservé son nom ; mais dans la suite, le culte étant bien établi, on aura cherché les moyens d'effacer de la mémoire du peuple le nom d'une divinité qui lui rappelait la religion de ses ancêtres ; et, pour le faire sans l'effaroucher, on aura sanctifié son simulacre en plaçant sur ses épaules la figure du Christ enfant ; on se sera familiarisé avec cette nouveauté, et Hercule aura pris le nom de Christophoros, Christophe, c'est-à-dire Porte-Christ.
Cette opinion était celle de l'auteur du Ménagiana, tome IV. « J'ai lu quelque part, dit-il, que nos vieux Gaulois avaient beaucoup de vénération pour Hercule, parce qu'il était grand et fort, et qu'ayant témoigné, lorsqu'ils se firent chrétiens, qu'une de leurs plus grandes peines serait de ne plus voir son image, on les consola, en leur disant que les chrétiens avaient un saint qui, pour la grandeur et la force, valait six Hercules, »


Un culte maintenu assez longtemps

La vénération toute particulière que les peuples d'Anjou avaient pour l'image de saint Christophe, ajoute M. Bodin, peut faire présumer que le culte d'Hercule s'y est maintenu plus longtemps qu'ailleurs. Le nombre des églises que l'on voit dans l'ancienne généralité de Tours, sous l'invocation de saint Christophe, semble appuyer cette conjecture. Toutes ces églises sont dans les campagnes, et la plupart étaient environnées de bois et de forêts.
Saint Christophe était aussi honoré sur le bord des rivières. On voyait autrefois sa statue colossale dans l'église de Saint-Pierre du Marais à Saumur ; elle attirait toujours un grand concours de villageois, particulièrement ceux du Poitou ; sa hauteur était d'environ sept mètres. Elle a été détruite en 1793. On en voit encore deux dans cet arrondissement, mais en peinture : l'une dans l'église de Cunault sur le bord de la Loire, et l'autre dans celle des Bénédictins à Montreuil, sur le bord du Thouet. Les positions des églises sous son invocation, et des autres où il était seulement honoré, sont semblables à celles que choisissaient les Gaulois pour adorer le grand Ogmius, auquel ils consacraient les forêts, les îles et les fontaines.
Saint Christophe, à qui les artistes donnaient quelquefois, au lieu de massue, un mât de bateau pour s'appuyer, était toujours représenté les pieds dans l'eau. Celui qu'on voit dans l'église de Cunault est dans une mer l'emplie de poissons ; ce qui achève sa ressemblance avec l'Hercule gaulois (le soleil), qui était considéré comme le principe de la fécondité sur la terre et dans les eaux.
Dans quelques endroits de cette contrée, le peuple conserve encore une vieille tradition sur la grandeur gigantesque de saint Christophe : les habitants des villages qui avoisinent la prairie de Chacé près de Saumur racontent qu'une pierre-fiche, ou peulvan (sorte d'obélisque consacré au culte des druides, qui se voit dans cette prairie, et dont la hauteur est de quatre mètres et demi, et la largeur à sa base de deux sur un d'épaisseur), est un grain de sable tombé de l'un des sabots de saint Christophe, lorsqu'il les secoua en mettant le pied dans cette prairie. Ce saint, disent-ils, était si grand, mais si grand, qu'il faisait le tour de la terre en vingt-quatre enjambées. Sous l'enveloppe de ce conte populaire, ne retrouve-t-on pas Hercule, c'est-à-dire l'emblème du soleil et la division du jour ?


Une autre interprétation des statues de saint Christophe à l'entrée des églises

M. de Paulmy (Mélanges tirés d'une grande bibliothèque) donne une autre interprétation à l'usage de placer cette statue à l'entrée des grandes églises. Cet usage, dit-il, ne vient pas de ce qu'on a un respect plus particulier pour ce saint géant que pour tout autre, mais d'une espèce de jeu de mots. Christophoros en grec signifie porte-christs ainsi la statue de ce saint a été placée à la porte des églises pour montrer aux fidèles qu'ils doivent porter Dieu dans leur cœur, comme le saint porte l'enfant Jésus sur ses épaules.
En 1784, on voyait encore à l'entrée de la cathédrale d'Auxerre une statue colossale de saint Christophe, de vingt-neuf pieds de haut et de seize de large, tenant à la main une colonne de pierre figurée eu tronc d'arbre de trente-deux pieds de haut.
Une idée superstitieuse avait contribué à multiplier ces statues. On s'était imaginé qu'il suffisait de regarder le matin cette image, pour être sûr qu'on ne mourrait ni ce jour-là ni le suivant. Ce fait, attesté par Thiers, dans son Traité des superstitions, est consacré par ce distique :

Jamais le jour où tu verras le colosse de saint Christophe la cruelle mort ne pourra te nuire.


La statue de saint Christophe devant la cathédrale de Paris

Paris a eu longtemps la statue colossale de saint Christophe, qu'on voyait, suivant un rébus du seigneur Des Accords, debout, assis, à genoux, en un mot comme on voulait le voir. Elle était adossée au second pilier de l'église de Notre-Dame, en entrant à droite. La sculpture de cette statue était du commencement du XVe siècle, et d'un fort mauvais goût. « Si les arts, dit Hurtaut dans son Dictionnaire de la ville de Paris, étaient alors dans la barbarie, les esprits étaient aussi dans une profonde ignorance. Cette figure en est un exemple. Selon les légendes, saint Christophe fut martyrisé pour la foi sous l'empereur Dèce, l'an 254, le 25 juillet, jour auquel sa fête est célébrée dans toutes les églises latines, et cependant on lui fait porter Jésus-Christ, dans son enfance, par un anachronisme de plus de deux siècles du temps où il a vécu. »
Ce colosse était l'accomplissement d'un vœu d'Antoine des Essarts, sous-intendant des finances, qui, étant en prison, rêva la nuit que saint Christophe rompait les grilles de sa fenêtre et l'emportait dans ses bras. Ayant été déclaré innocent quelques jours après, il fit élever cette statue, devant laquelle il était représenté à genoux. Mais sa confiance et sa gratitude envers le saint n'empêchèrent pas qu'il eût la tête tranchée en 1413.
Cette figure gigantesque, haute de vingt-huit pieds, et d'un aspect désagréable, blessait la vue des hommes de goût et avait excité la bile de l'auteur de Paris ridicule, qui s'exprime ainsi :

Ce monstre à jambes d'éléphant
Qui porte ce petit enfant
Mériterait cent croquignoles.
Mais pourquoi s'en prendre au quidam ?
Dieu défend d'avoir des idoles ;
Si Paris en dresse, à son dam.

En 1772, lorsqu'il fut question de réparer la cathédrale de Paris, on agita dans le chapitre si on laisserait subsister ce monument gothique d'une piété peu éclairée, l'archevêque de Paris, Christophe de Beaumont, prit à cœur, disent les nouvelles du temps, la conservation de son patron, et le colosse ne tomba qu'en 1784.

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